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ATP : la révolution des années 2000

Focus sur les quarts de finale du Masters 1000 de Montréal.

Ben Shelton / Huitièmes de finale - Masters 1000 Montréal 2026
 - Marion Theissen

Quel est le point commun entre Luciano Darderi, Arthur Fils, Rafael Jodar, Jakub Mensik, Daniel Merida, Brandon Nakashima, Ben Shelton et Learner Tien ? Ils sont tous encore en lice dans le tournoi canadien et nés dans les années 2000 ! Une première dans l’histoire d’un tournoi ATP.

Les "habitués"

Malgré leur jeune âge, ils font figure de patrons dans ce "final 8". Respectivement âgés de 23 et 20 ans, Ben Shelton et Jakub Mensik sont les seuls à avoir déjà remporté un titre dans cette catégorie de tournois.

Justement, l’Américain – ancien n°5 mondial – est le tenant du titre. Avant de soulever le plus grand trophée de sa carrière à Toronto en août dernier, il n’avait encore jamais franchi le stade des quarts de finale en Masters 1000. Mais il s’avance désormais avec le costume d’habitué. Joueur le mieux classé encore en lice, il est en quête d’un quatrième titre cette saison après Dallas, Munich et Stuttgart et n’a toujours pas concédé le moindre set à Montréal après notamment une victoire solide contre Joao Fonseca. "Ce que j’aime, c’est réussir à produire un tennis agressif. Je regarde le filet, j’essaie d’y monter rapidement et je pense que je l’ai bien fait aujourd’hui (ce dimanche, ndlr), a-t-il analysé après son succès contre le Brésilien. Je suis parvenu à sortir les meilleures volées aux bons moments et c’est grâce à ça que je gagne."

C’est une arme dont devra se méfier le Tchèque à l’occasion de leur confrontation ce mardi. Lui aussi fait presque figure de vieux briscard dans ce "final 8" inédit. En 2025, c’est dans cette catégorie de tournois qu’il avait soulevé le tout premier trophée de sa jeune carrière. Depuis, il n’a plus dépassé le stade des quarts de finale.

Face à Botic Van de Zandschulp pour son huitième, il s’est montré particulièrement solide mentalement. À deux points de concéder la deuxième manche, il a su se servir de l’expérience de ce premier sacre contre Novak Djokovic pour remporter trois jeux de suite et décrocher son ticket pour poursuivre l'aventure. "Ce n’était pas une situation évidente pour moi, en sachant qu’il servait pour le set. J’ai eu du mal à trouver mon rythme, mais plus j’étais sur le court, mieux je me sentais" a-t-il expliqué après la rencontre. "Big Ben" est prévenu.

Les grands espoirs

Décidément, cette tournée nord-américaine sur dur est pleine de surprises et de rebondissements. Si les deux protagonistes du circuit ATP cités précédemment sont peut-être les moins surprenants, les derniers crus Next Gen ont décidé de faire du bruit, pour le plus grand plaisir des passionnés.

Rafael Jodar, d’abord. Finaliste la semaine dernière à Washington – pour sa deuxième finale sur le circuit à seulement 19 ans ! –, l’Espagnol dispute sa toute première saison au plus haut niveau. S’il a éclos au printemps dernier après avoir soulevé un premier trophée à Marrakech, il a ensuite rapidement confirmé avec trois quarts de finale consécutifs à Madrid, Rome puis Roland-Garros. Mais depuis quelques semaines, le Madrilène prouve qu’il est également redoutable sur dur où son jeu complet et son coup droit puissant lui permettent de se sortir de n’importe quelle situation périlleuse. Classé au-delà de la 500e place il y a un an, il pointait au 168e rang au début de la saison 2026 et fait désormais partie du Top 15 mondial. Le résultat de performances de plus en plus régulières. "Je suis super content de ma performance, a-t-il d’ailleurs détaillé après sa dernière sortie contre Jiri Lehecka. J’ai joué beaucoup de matchs ces dernières semaines, mais j’essaie de les prendre un par un, en sachant qu’ils sont tous compliqués, quel que soit l’adversaire, parce que tout le monde joue différemment."

Et justement, celui qui s’avance dans chaque tournoi avec une étiquette de favori qui s’agrandit un peu plus chaque semaine sera opposé à un autre membre de cette Next Gen. Finaliste à l’occasion de sa première participation en 2023, Arthur Fils est décrit depuis ses premiers pas sur le circuit pro comme l’étoile montante du tennis français. Malgré plusieurs mois ponctués de blessures (fracture de fatigue au dos à l’aube de son troisième tour de Roland-Garros 2025 puis blessure à la hanche en mai dernier), il réalise l’une des plus belles saisons de sa carrière. Finaliste à Doha, vainqueur à Barcelone et demi-finaliste de deux des trois premiers Masters 1000 de la saison, le francilien de 22 ans semble être de retour au sommet de son art et fait désormais preuve de patience et de maturité. S’il n’a jamais dépassé le troisième tour au Canada, il s’avance désormais contre l’Espagnol avec le statut de chouchou du public. "J’ai vraiment l’impression d’être à la maison ici, ça pousse derrière moi ! Chaque point est célébré comme si j’avais gagné le match, c’est vraiment incroyable, a-t-il expliqué en conférence de presse avant d’évoquer son futur adversaire : Jodar, je le connais, on s’est joué deux fois, ça fait un partout. Ça va être un gros match, c’est l’homme en forme et je vais voir ce que je vaux sur ce match. Je suis pressé de rentrer sur le terrain". Et nous aussi !

Discret de nature, le tenant du titre de la Next Gen 2025 ne fait quant à lui pas beaucoup de bruit. Mais ses derniers résultats parlent pour lui ! Tombeur de Gaël Monfils – à qui il a demandé un autographe après la rencontre – pour son entrée en lice, Learner Tien est devenu le plus jeune Américain à atteindre les quarts de finale au Canada depuis Andy Roddick en 2002, à 19 ans. Fort d’un premier titre cette année, le protégé de Michael Chang disputera le deuxième quart de finale de sa carrière en Masters 1000 après Indian Wells, en mars dernier.

Une chance en or

Le plus "vieux" des derniers joueurs en lice a 25 ans. Brandon Nakashima a su garder les nerfs solides après une interruption d’1h46 à cause d’une météo capricieuse en huitièmes. Lui qui n’a plus soulevé de titre sur le circuit depuis 2022 se retrouve face à une situation rêvée presque à domicile : il tentera de poursuivre sa belle aventure nord-américaine à l’occasion de son premier quart de finale en Masters 1000.

Sur cette marche, il retrouvera Luciano Darderi. À 24 ans, lui aussi a déjà bien roulé sa bosse sur le circuit, mais dans cette catégorie de tournoi, il n’a franchi qu’une fois ce stade : à Rome, cette année, avant de s’incliner en demi-finales contre Casper Ruud.

Le dernier de la troupe pourrait faire figure de vilain petit canard. Seul joueur non-tête de série encore en lice, hors du Top 100 il y a quelques mois encore, Daniel Merida n’avait encore jamais gagné un match du circuit principal sur dur. Et pourtant ! Cette semaine a tout changé pour l’Espagnol de 21 ans. Tombeur notamment d’Ugo Humbert au deuxième tour puis d’Alex Michelsen – autre membre de la Next Gen en 2023 et 2024 – il s’est sorti à deux reprises de situations périlleuses pour se hisser en quarts de finale d’un 1000 pour la première fois de sa carrière. Jusqu’à présent, il avait obtenu ses meilleurs résultats sur terre battue avec un titre en Challenger en février à Tenerife, une finale en mars lors de l’ATP 250 de Bucarest et un titre à Umag, le mois dernier. Mais cette saison 2026 est celle de l’éclosion pour la sensation de ce tournoi canadien qui n’avait jusqu’ici remporté que deux matchs en Masters 1000 : à Madrid en se hissant au troisième tour après s’être extirpé des qualifications. À Montréal, il prouve qu’il est bien plus qu’un terrien.

Alors, qui soulèvera le trophée le 13 août prochain ?