La semaine passée déjà, le talent et les qualités individuelles arboraient le costume du collectif, procurant des émotions aussi rares que magnifiques en tennis. Bis repetita du côté de Shenzhen ces derniers jours, où se déroulait la phase finale de la BJK Cup. Une compétition remportée de la tête et des épaules par la République tchèque, tombeuse de l’Ukraine sur la dernière marche.
BJK Cup : le jeu des Tchèques
Les protégées de Barbora Strycova ont été sacrées pour la 12e fois en Billie Jean King Cup.

Le sacre des favorites
Parmi les huit équipes encore en lice (Belgique, Chine, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Kazakhstan, Tchéquie, Ukraine), les coéquipières de Jasmine Paolini et de Linda Noskova semblaient les mieux armées pour poser les mains sur le précieux trophée. Mais l’explication finale entre les deux nations favorites n’a finalement pas eu lieu, les doubles tenantes du titre ayant été éliminées dans le dernier carré par l’Ukraine, qualifiée sur la dernière marche pour la première fois de son histoire. En revanche, les Tchèques, emmenées par quatre membres émérites du Top 30 (Linda Noskova, Karolina Muchova, Marie Bouzkova et Sara Bejlek) en simple et la n°1 mondiale Katerina Siniakova en double, ont fait pleinement honneur à leur statut. Au point que la dernière citée n’a même pas eu besoin d’entrer sur le terrain…
Victorieuses de la Grande-Bretagne puis de l’Espagne sur le même score (2-0), la championne et la finaliste de Wimbledon (épaulées par Marie Bouzkova face aux Britanniques) ont été aussi intraitables face aux joueuses d’Illya Marchenko, pourtant impressionnantes tout au long de leur parcours chinois. Ainsi, Muchova s’est aisément imposée face à Anhelina Kalinina (6/2, 6/3 en 1h10) avant que Linda Noskova ne vienne parachever le 12e succès de sa nation en 13 finales disputées aux dépens d’Elina Svitolina (6/3, 7/6(5) en 1h33).
"Elina est une excellente joueuse, elle m’a vraiment donné du fil à retordre, a analysé à chaud la récente lauréate en Grand Chelem. Je n’étais pas du tout nerveuse avant le match, ce qui était un peu étrange. Dès que ça a commencé, j’étais très bien dans le rythme, je n’ai pas eu le temps d’être stressée. Je n’arrêtais pas de me dire que c’était une rencontre comme les autres, mais évidemment, elle comptait beaucoup. Je ne jouais pas seulement pour moi mais aussi pour mon pays mais je n’ai pas ressenti de pression. Je voulais profiter et c’est ce que j’ai fait ! […] Nous avons dû nous battre à chaque match, ils ont tous réellement compté dans notre victoire, a-t-elle poursuivi devant les médias. Je suis vraiment heureuse que nous n’ayons pas eu à disputer le double car ce match décisif est toujours le plus stressant. Dans cette compétition, on ne sait jamais comment les adversaires vont jouer et évoluer, c’est toujours très disputé. Il fallait qu’on soit prêtes à tout !"
Ce prestigieux succès permet au passage à Barbora Strycova de devenir la quatrième lauréate de l’histoire à remporter la compétition en tant que joueuse et capitaine, après Margaret Court, Chris Evert et Billie Jean King. "Ça représente tellement pour moi, a confié la principale intéressée à l’issue de la finale. Soulever ce trophée en tant que joueuse puis en tant que capitaine d’un groupe aussi incroyable, c’est exceptionnel. Me retrouver assise sur ce banc, avec ce nouveau rôle… C’était mon rêve de parvenir à ça même si je ne l’avais jamais exprimé à haute voix. Ça semble presque irréel mais c’est bien réel ! Je suis si honorée."
Titrée à six reprises entre 2011 et 2018 mais privée de lauriers depuis 8 ans, la deuxième nation la plus couronnée en BJK Cup (après les Etats-Unis, 18 sacres) a donc pu compter sur son duo de stars pour faire une immense différence lors de cette phase finale. Brillantes individuellement sur le circuit WTA, Muchova et Noskova ont fait parler leur calme, leur science du jeu et leur puissance pour ne laisser place à aucun suspense et récompenser le travail d’un groupe très uni et dont le réservoir semble inépuisable. "C’est vraiment très spécial, c’était l’un de mes rêves de soulever ce trophée, a conclu la finaliste de Roland-Garros 2023. Le faire avec ces filles qui sont assises ici, c'est un vrai plaisir. Je suis tellement fière de nous, de la manière dont nous avons géré toute cette semaine, dont nous nous sommes battues et entraînées, et de l'ambiance qui a régné dans le vestiaire. Nous avons vécu un moment formidable et gagner ce titre, c'est la cerise sur le gâteau. Je suis juste très reconnaissante que cela se soit produit et que nous puissions maintenant célébrer !"
L’Ukraine prend rendez-vous
Eliminées dans le dernier carré en 2025, les Ukrainiennes ont donc franchi un palier supplémentaire cette saison et ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Victorieuse notamment de Jasmine Paolini – qui restait pourtant sur 10 succès consécutifs dans la compétition –, Elina Svitolina n’a pas caché sa fierté de représenter si bien son pays, malgré la déception liée à cette dernière confrontation. "J'ai eu mes chances et dans les deux sets, pour être honnête, a-t-elle expliqué. Peut-être davantage dans le premier, quand j’ai réussi à lui prendre son service. Mais ensuite, Linda a très bien joué. C’était un match très intense au cours duquel nous avons pris beaucoup de risques […] Ça n'a pas été une journée facile pour nous, mais je suis vraiment fière de l'équipe et de tous les efforts que nous avons fournis cette année. Nous avons fait un pas de plus et nous sommes vraiment motivées et comptons faire mieux la saison prochaine."
Même son de cloche du côté du capitaine Illya Marchenko, qui n’a toutefois pas manqué de rappeler le contexte historique de ce parcours. "J'ai le sentiment que notre équipe s'est renforcée au fil des années, a-t-il confirmé. En 2025, notre accession en demi-finales a constitué un exploit historique pour nous. Cette saison, cela semblait presque normal. Mais nous avons réalisé un nouvel accomplissement en disputant la finale et nous envisageons l'avenir avec beaucoup d'optimisme […] C’est très important pour l’Ukraine car en ce moment, notre pays traverse une période très difficile, avec les attaques, les drones et tout le reste. Ces moments de plaisir sont primordiaux pour les spectateurs ukrainiens. Nous sommes vraiment heureux d’avoir pu apporter un peu de joie à notre pays cette semaine."