Cette fois, c’est terminé. Après plus de vingt ans sur le circuit, Stan Wawrinka a disputé son dernier match professionnel à Bâle, mardi 27 octobre. Battu (7/5, 7/6(2)) par Jiri Lehecka au terme d’une rencontre intense, à son image, le Suisse a tiré sa révérence. Après une dernière saison 2026 forte en émotions, au cours de laquelle il a pu dire au revoir à son public aux quatre coins du monde, "Stan The Man" peut tourner la page d’une carrière bien plus riche que celle dont il rêvait à ses débuts.
Stan Wawrinka, l’art de ne jamais renoncer
Retour sur l’immense carrière du champion de Roland-Garros 2015.

Qu’elle paraît loin, cette victoire en simple juniors à Roland-Garros, en juin 2003, ou encore ce premier match sur le circuit principal, à Gstaad, contre Jean-René Lisnard, un mois plus tard. Loin et pourtant si proche, tant Stan Wawrinka a su garder intacte sa passion pour le jeu jusqu’au bout d’une carrière exemplaire.
Soucieux de soigner sa sortie, le Vaudois n’a pas ménagé ses efforts ces derniers mois. Hors de question de multiplier les jubilés, il a plutôt régalé les passionnés à chacune de ses apparitions, avec son revers légendaire, bien sûr, mais aussi sa combativité de chaque instant. Et il a fait bien mieux que de la figuration.
"Ce que j’ai toujours voulu dans ma carrière, c’était de tout donner, d’être à 100 % sur chaque match, de ne pas avoir de regrets, de toujours me battre avec respect pour moi-même, pour l’adversaire, pour le tournoi, pour les fans, pour tout le monde, expliquait-il à Lyon quelques jours avant la fin de sa carrière. Pour moi, ça a toujours été la chose la plus importante pendant plus de vingt ans. C’est aussi la seule façon de vivre le sport sans avoir de regrets. Et je pense que c’est ce que j’ai réussi à faire. À partir du moment où je voulais faire une dernière année, c’était important de mettre la tête à fond dans le tennis. C’est ce que j’ai fait tout au long de l’année et pendant les trois semaines qui ont précédé mes deux derniers tournois (Lyon et Bâle, ndlr). Je me suis entraîné comme un malade, physiquement, tennistiquement, pour être le meilleur possible. J’ai essayé de rester complètement concentré sur mon tennis, car c’était la seule façon d’espérer gagner des matchs aussi." Cette mentalité résume parfaitement ce qui a fait le succès du Suisse.
L’éloge de la persévérance
Passion, abnégation, compétition. Trois mots qui collent à la peau de ce joueur devenu l’un des meilleurs de son époque à force de travail et de persévérance. Après des années de progression constante, mais passées dans l’ombre de ses pairs – notamment de Roger Federer –, Stan Wawrinka a conquis son premier titre du Grand Chelem en 2014, près de dix ans après avoir disputé et remporté son premier match dans cette catégorie, à Roland-Garros, en 2005. Vainqueur de Rafael Nadal en finale à Melbourne, après avoir éliminé Novak Djokovic en quarts au terme d’un combat remporté 9/7 au cinquième set, le Suisse faisait alors une entrée fracassante dans le cercle très fermé des vainqueurs en Majeur, à une époque largement dominée par le Big 3.
Et ce succès ne fut pas qu’une étincelle, loin de là. Également vainqueur de Roland-Garros en 2015 puis de l’US Open en 2016, il s’est invité à la table de ses illustres adversaires. Déjà titré en Masters 1000 à Monte-Carlo en 2014, médaillé d’or en double aux Jeux olympiques de Pékin aux côtés de Federer et victorieux de la Coupe Davis avec la Suisse en 2014, il a inscrit son nom au palmarès des plus grandes compétitions de la discipline.
Avec cinq autres demi-finales en Grand Chelem et une dernière marche Porte d’Auteuil en 2017 à son actif, celui qui ne se projetait pas forcément au-delà d’une place dans le Top 100 s’est hissé jusqu’au troisième rang mondial, en 2014, et a passé 170 semaines dans le Top 5 entre janvier 2014 et août 2017.
Bourreau de travail
Cette explosion au plus haut niveau, Stan Wawrinka la doit bien sûr à sa capacité de travail hors norme et à sa résilience, mais aussi à la présence d’un homme à ses côtés : Magnus Norman. C’est avec l’arrivée du Suédois – finaliste de Roland-Garros en 2000 et ancien numéro deux mondial – dans son équipe, début 2013, qu'il a su franchir un cap dans la reine des compétitions, où il n’avait jusque-là jamais dépassé les quarts de finale.
Quelques années plus tôt, il s’était fait tatouer sur l’avant-bras gauche une phrase de Samuel Beckett : "Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better" que l’on peut traduire par "Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux." Une devise qui résume sa persévérance et accompagne le joueur dans sa progression. Avec le temps, il a appris à croire en lui, quels que soient l’adversaire et l’enjeu du match à venir.
Cette confiance nouvelle, associée à son jeu de puncheur et à sa résistance physique, construite au fil d’innombrables heures d’entraînement, l’ont mené aux sommets que l’on connaît. Ces succès, mais aussi le tempérament qu’ils ont révélé, lui ont apporté une popularité nouvelle. Partout où il est passé, "Stan The Man" a fait chavirer les foules. Séduit par son revers, aussi pur que brutal, ou par son investissement sur et en dehors du court, le public s’est pris de passion pour ce Suisse qui a su exploiter son potentiel au maximum pour réaliser ses rêves les plus fous, sans jamais perdre sa passion du jeu.
Cette flamme l’a porté jusqu’à la fin de sa carrière, même lorsque les blessures ou le poids des années ont rendu les victoires plus rares ou que son classement est repassé à deux, puis à trois chiffres.
L’ancien numéro trois mondial, qui tenait tant à choisir sa sortie, n’a pas hésité à repasser par les tournois Challenger pour engranger des points précieux et retrouver de la confiance ces derniers mois. Et à chaque fois, il a pu mesurer à quel point il était populaire. "J’ai eu la chance, ces dernières années, d’avoir un accueil exceptionnel dans chaque tournoi que j’ai joué. Et c’était le cas aussi en France. J’ai reçu un énorme soutien à chaque fois que j’y ai joué, que ce soit dans les petits ou les gros tournois, mais je crois vraiment que ça a pris une autre dimension après ma victoire à Roland-Garros en 2015. Là, j’ai vraiment été adopté."
Désormais officiellement retraité, Stan Wawrinka dira une dernière fois au revoir à son public lors d’une exhibition à Genève, le 19 décembre. Il ne redoute pas les émotions qui ne manqueront pas d’affleurer dans les prochaines semaines.
"Je sais que les premiers instants après ma retraite vont être compliqués. Mais, d’un autre côté, c’est positif que ce soit le cas. Parce que si je ressens un manque ou de la tristesse par rapport à cette vie que j’ai eue pendant vingt ans, ça veut dire que j’aimais vraiment ce que je faisais. Ça a été toute ma vie. Mais je suis en paix avec ma décision. Je sais que j’ai donné le maximum et, surtout, j’ai pu décider quand et où j’arrêtais, et ça, c’était très important pour moi."