Du 12 au 18 octobre, les meilleurs jeunes joueuses et joueurs d’Asie participeront à la troisième édition de Roland-Garros Junior Series by Renault au Japon. Organisée au Dai-Ichi Life Sogoen Tennis Court, cette compétition leur offre la possibilité de vivre une expérience unique et de tenter de décrocher une wild-card pour le tableau juniors de l’édition 2027 du Majeur parisien. Au-delà de disputer des rencontres passionnantes, les 32 participants (16 filles et 16 garçons) bénéficieront pour la deuxième année consécutive des conseils et de l’expertise de Justine Henin, ambassadrice officielle très impliquée dans ce programme et dans la réussite de la nouvelle génération.
Roland-Garros Junior Series by Renault 2026 – Justine Henin : "Un immense plaisir de revivre cette expérience"
La quadruple championne du Grand Chelem parisien prend très à cœur son rôle d’ambassadrice officielle de Roland-Garros Junior Series by Renault au Japon.

En tant qu’ambassadrice officielle pour la deuxième année consécutive, quel est votre sentiment à l’aube de retrouver les jeunes talents qui prendront part à Roland-Garros Junior Series by Renault 2026 ?
Justine Henin : C’est évidemment un immense plaisir de pouvoir revivre cette expérience, qui avait été une véritable découverte pour moi l’année dernière. J’ai pleinement vécu l’événement et mesuré l’impact qu’il avait auprès des jeunes. J’ai ressenti toute l’énergie de Roland-Garros dans un endroit du monde complètement différent. Il y a surtout une réelle envie de permettre aux jeunes de vivre quelque chose de grand, susceptible de les préparer à la suite de leur carrière. Je ressens donc beaucoup de fierté à l’idée d’y retourner et je reste aussi très curieuse, car nous savons qu’une aventure n’est jamais identique à une autre. Je suis impatiente de rencontrer de nouveaux joueurs cette année et de découvrir de nouvelles trajectoires.
Qu’avez-vous pensé du niveau et de l’envie d’apprendre des vainqueurs des tournois du Brésil et du Japon que vous avez entraînés à Paris cette année avant le début des épreuves juniors ?
C’était émouvant de ressentir leur stress et de les voir découvrir cet événement. Je les ai d’abord observés sur les courts d’entraînement avant de les accompagner à Roland-Garros et de leur permettre de rencontrer le président de la Fédération française de tennis, Gilles Moretton. Cela m’a rappelé mes propres souvenirs de joueuse junior et ma première fois au cœur de cette enceinte dans laquelle on se sent tout petit ! Ces jeunes avaient gagné leur place au terme d’un parcours qui avait demandé du temps et qui constituait déjà une véritable aventure. Lors de ce premier entraînement, on sentait une forme inévitable de pression et l’envie d’être à la hauteur. Mais il y avait en même temps beaucoup de joie et de plaisir à découvrir tout cela.

Sullevan Alves Bueno, Eduarda Gomes, Justine Henin & Yui Komada / Roland-Garros 2026
Quel est votre message vis-à-vis du fait de jouer sur terre battue, une surface très exigeante tactiquement et techniquement ?
La terre battue nécessite une grande patience, c’est une surface sur laquelle on travaille de manière très différente. Sur le plan de la condition physique, le joueur est sollicité d’une tout autre manière ce qui implique donc une préparation particulière. Il faut s’adapter, adopter des filières beaucoup plus longues et travailler des groupes musculaires différents.
Justement, selon vous, qu’est-ce qui est le plus difficile pour un jeune joueur qui découvre l’ocre et qui doit s’y adapter ?
Il y a une dimension technique et une dimension mentale.
L’une des principales difficultés réside dans les déplacements. Tout le monde ne glisse pas sur terre battue, mais il est évidemment préférable d’être capable de le faire. Il faut acquérir une technique optimale, permettant de glisser et d’aller chercher la force dans le sol, ce qui exige un engagement très important au niveau des jambes. Lorsque des joueurs arrivent sans réellement adapter leur jeu par rapport aux surfaces dures, on observe néanmoins qu’ils travaillent davantage les trajectoires et la qualité de balle, tout en essayant de la faire tourner. Cette surface offre aussi plus de possibilités en matière de créativité. Comme le joueur dispose a priori de de temps supplémentaire, il peut utiliser la géométrie du court d’une autre manière et intégrer beaucoup plus de variations dans son jeu. Comme les joueurs évoluent la majeure partie de l’année sur dur, la période sur terre battue exige une adaptation et lorsqu’on possède un jeu plus stéréotypé, introduire soudainement des variations n’est pas toujours simple. Il faut rester fidèle à soi-même, mais cela demande du temps et du travail pour parvenir à apporter des éléments différents à sa palette.
Sur le plan mental, il est parfois compliqué d’accepter de frapper une balle supplémentaire. Même lorsque l’on sert bien, on sait que la balle reviendra généralement davantage que sur un revêtement rapide. Il faut donc accepter de construire le point et de jouer des coups en plus. Cette patience constitue probablement l’une des difficultés les plus importantes de la terre battue.

Manpreet Khandari, Kanta Watanabe, Justine Henin, Yui Komada & Yuriy Polski / Roland-Garros 2026
Au-delà des conseils délivrés sur le court, que souhaitez-vous transmettre à ces jeunes pour les préparer au monde professionnel ?
Je veux leur faire comprendre que leur parcours est un chemin constitué de différentes étapes, de rencontres, de doutes et qu’il sera parfois semé d’embuches. Tout cela fait partie d’un processus, et ce n’est pas toujours facile à accepter. Il faut pouvoir s’y aventurer avec beaucoup de curiosité et une grande ouverture d’esprit, c’est une clé essentielle. Les plus grands champions ont souvent partagé cette envie d’apprendre, notamment auprès des différentes personnes rencontrées tout au long de leur parcours. Ce sont les nombreuses rencontres, qui, à différents moments, apportent quelque chose.
Parmi les nombreux facteurs de réussite, le message que j’ai envie de transmettre à ces jeunes est qu’ils doivent essayer de tirer le maximum de tout ce qu’ils vivent. Il faut pleinement vivre le tennis et cela doit venir du plus profond d’eux-mêmes. Il faut s’intéresser à l’histoire de son sport, observer les joueurs de haut niveau et aller chercher différentes sources d’inspiration. La motivation peut être intrinsèque, mais elle est aussi nourrie par tout ça. Il est donc important de rester ouvert à toutes ces dimensions.
Comment aidez-vous ces jeunes de moins de 17 ans à gérer le stress et la pression d'un grand tournoi comme celui-ci ?
Concrètement, nous créons évidemment des moments d’échange pendant le tournoi. Je me place principalement dans une posture d’observation et d’attente par rapport à leurs éventuels besoins ou aux sujets sur lesquels ils souhaiteraient échanger. Nous ne nous connaissons pas encore et nous nous rencontrons dans le cadre d’un événement donc il faut donc prendre le temps de faire connaissance. Certains vont naturellement venir plus facilement vers moi que d’autres mais la gestion du stress et de la pression n’est pas un sujet que l’on peut traiter en quelques minutes, il s’agit d’un travail de longue haleine. Chacun doit trouver son propre chemin en fonction de sa personnalité et de sa nature. Les équipes ont certainement déjà mis en place de nombreuses choses à ce sujet, et chaque joueur doit trouver les outils qui lui permettront d’être réellement performant dans un moment important.
Chaque joueur doit essayer de se mettre dans sa bulle, de faire abstraction de la pression environnante : c’est l’une des choses les plus difficiles dans le sport de haut niveau. Dans le tennis, qui est un sport individuel, le poids du regard extérieur est très présent et peut devenir pesant, notamment parce que l’on n’a pas envie de décevoir. C’est donc un long travail d’appropriation de ses ambitions de vie par rapport à son projet tennistique. Ce serait plus simple de disposer d’une recette miracle, mais cela rendrait sans doute aussi les choses moins riches. Il n’existe pas de secret, chaque trajectoire est différente et chaque jeune peut évoluer en utilisant des outils différents pour gérer la pression de ces grands moments. Il faut aussi se rappeler que, derrière un tournoi important, il y aura toujours un autre tournoi important. Ces joueurs sont encore en développement et lorsqu’on est plongé dans l’événement, il n’est pas facile de prendre du recul. Il faut néanmoins essayer de relativiser, même si l’on sait que cette compétition revêt beaucoup d’importance.
Yui Komada, Justine Henin & Kanta Watanabe / Roland-Garros Junior Series by Renault 2025
Quels souvenirs gardez-vous de l’accueil du public et de la culture tennistique du Japon lors de votre première année en tant qu’ambassadrice officielle ?
Je garde un souvenir vraiment exceptionnel de l’accueil reçu l’année dernière. J’ai été particulièrement bien soutenue et accompagnée par l’équipe de la Fédération présente sur place. Son énergie, son enthousiasme et sa capacité à porter un projet et à proposer de véritables opportunités aux joueurs m’ont marquée. J’ai trouvé cela exceptionnel.
De manière générale, l’accueil du Japon m’a beaucoup touchée. C’est une culture que je ne connaissais pas nécessairement très bien au départ, même si certains de mes premiers souvenirs de tournois internationaux sont liés à ce pays. À l’âge de 13 ans, dans des circonstances très difficiles, j’avais participé à un championnat du monde par équipes, quelques mois après le décès de ma maman. J’étais au bout du monde, sans ma famille, dans une culture très différente de la mienne et cela reste un souvenir marquant de ma vie. C’était à Yamanakako, au mois d’août 1995. Je suis ensuite retournée au Japon pour les Jeux olympiques.
En tout cas, l’aventure de 2025 m’a permis de découvrir de nombreuses traditions et différents aspects de la culture japonaise. D’un point de vue humain, c’est une très grande richesse. Quant au plan tennistique, j’ai également été assez impressionnée par la manière de travailler des entraîneurs et des joueurs. La dimension technique est très présente et tous disposent de nombreux moyens et possèdent une culture du travail et de l’effort très importante. J’ai également observé beaucoup de réserve, c’était très touchant de voir la forme de confiance que nous avons réussi à créer en l’espace de quelques jours. Enfin, j’ai ressenti beaucoup de plaisir chez les spectateurs qui ont assisté au tournoi. Il y avait énormément d’émotion, notamment lors de la remise des trophées. On sentait une énergie vraiment particulière et ce sont des moments que j’ai hâte de vivre à nouveau.
Roland-Garros Junior Series by Renault offre un accès direct au Grand Chelem parisien : que représente une telle opportunité pour des participants si jeunes ?
C’est vraiment quelque chose d’exceptionnel, les tournois du Grand Chelem font l’histoire de notre sport. Je me souviens encore de mon arrivée dans le tableau final de Roland-Garros en 1997. Tout à coup, je pouvais me dire : ‘Ça y est, j’y suis. Je suis à l’intérieur de cet événement.’ En même temps, on reste très respectueux de tout ce que cela représente. Personnellement, je regardais Roland-Garros à la télévision et j’imagine que des jeunes ont fait de même. Alors s’y retrouver réellement tout à coup, c’est une expérience très particulière.
Après avoir joué chez les juniors, il reste évidemment toute la transition vers le circuit professionnel. Pendant un moment, on peut avoir l’illusion d’être déjà arrivé quelque part mais faut ensuite passer par des étapes beaucoup plus difficiles. Mais cette expérience donne envie et crée de l’inspiration. Pour moi, Roland-Garros est un endroit magique, même si je ne suis évidemment pas totalement objective ! Les jeunes vont pouvoir jouer devant de nombreux spectateurs, sur de très beaux courts, avec des infrastructures incroyables et une énergie collective entièrement tournée vers le tennis de haut niveau. Je peux réellement imaginer ce qu’ils vont ressentir, parce que je l’ai vécu moi-même. Ils doivent essayer de capter tout ce qu’ils peuvent de cette aventure d’autant qu’ils vont également croiser les plus grands joueurs du monde, qui sont probablement leurs idoles.
Durant les matchs, quels détails observez-vous en priorité chez un joueur pour savoir s'il est prêt pour le niveau Grand Chelem ?
Lorsque j’assiste à une rencontre, je me forge toujours une impression globale. D’ailleurs, j’aime aussi assister aux entraînements et observer les joueurs en dehors du court. Chez certains, on perçoit très rapidement une attitude générale, ainsi que le sentiment qu’ils sont pleinement à leur place. On ressent leur détermination et leur conviction qu’ils peuvent y arriver. Bien entendu, on perçoit aussi toujours du doute, ce qui est tout à fait normal. Mais derrière ce doute, il faut pouvoir sentir que l’envie et la détermination peuvent prendre le dessus.
C’est donc avant tout cet aspect général que j’observe, au-delà d’un coup particulier. Je regarde évidemment aussi la manière dont la balle sort de la raquette, la qualité de frappe et toute la dimension physique. Il s’agit d’un ensemble de facteurs que l’on apprécie dans ces moments-là. Je m’intéresse principalement à l’attitude et au rapport à l’adversité et à la compétition. Cela peut déjà nous donner une idée du caractère du joueur ou de la joueuse sur le terrain, ainsi que de sa capacité à répondre dans les moments importants.
Quel impact durable espérez-vous apporter au développement du tennis junior en Asie grâce à Roland-Garros Junior Series by Renault ?
Nous ne pouvons apporter que de petites pierres à l’édifice mais cet événement représente pour moi une occasion d’assurer une certaine continuité et de partager ma vision du sport, ainsi que tout ce qu’il peut apporter. Le haut niveau et les difficultés qu’il implique peuvent également aider les jeunes dans leur vie car tout ce qu’ils doivent apprendre à dépasser sur un court pourra leur être utile au-delà du tennis. Pouvoir partager cette vision est quelque chose de précieux, et je suis très reconnaissante d’avoir la possibilité de le faire.
Nous savons néanmoins que l’implantation d’un sport, sa pérennité et son développement dépendent de nombreux facteurs. Nous allons essayer de donner un maximum de visibilité à Roland-Garros, qui est évidemment un tournoi majeur dans l’histoire du tennis. L’objectif est aussi de partager la passion de ce sport, tout ce qu’il peut apprendre, tout ce qu’il peut donner et la manière dont il peut faire grandir. Mon intervention reste nécessairement ponctuelle et de nombreux autres acteurs ont ensuite un rôle à jouer. Mais ces événements sont également des occasions de créer des échanges entre les différents acteurs susceptibles de contribuer, chacun à leur manière, au développement du tennis dans cette région du monde.