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Gaël Monfils, une carrière hors du commun

Retour sur l’incroyable aventure professionnelle du showman français.

Gaël Monfils / Premier tour - Roland-Garros 2026
 - Amandine Reymond

Cette fois, il est temps. Temps de dire merci, de dire au revoir, de se souvenir et d’essayer de résumer la carrière de Gaël Monfils. Mais par où commencer ? Parfois, c’est une histoire de sacres, de statistiques affolantes, de meilleur classement, etc. Mais en l’occurrence, ici, c’est bien plus que ça. La Monf’, c’est bien sûr 13 titres ATP, trois finales en Masters 1000 et un sommet à la 6e place mondiale en 2016. C’est aussi une demi-finale à Roland-Garros en 2008 et une autre à l’US Open en 2016. Mais réduire le Parisien à son palmarès, aussi brillant soit-il, serait passer à côté de l’essentiel. Car pendant plus de vingt ans, il a surtout offert au tennis quelque chose de rare : une personnalité, un style, une liberté. Une façon bien à lui de jouer, de vibrer et de faire vibrer. Et surtout, une multitude d’émotions partagées.

L’enfant qui voulait s’amuser

De ses années passées sur les pistes d’athlétisme, Gaël Monfils (qui a même été champion de France du 100 mètres dans les catégories benjamins) a gardé l’explosivité et les qualités athlétiques qui ont fait sa légende. Mais c’est davantage raquette en main que ce Parisien né le 1er septembre 1986 s’est très vite illustré.

Sacré champion de France 15/16 ans sur la terre battue de Roland-Garros, il confirme rapidement tout son potentiel chez les juniors. Au terme d’une année 2004 exceptionnelle marquée par des titres à l’Open d’Australie, Roland-Garros et Wimbledon, il termine l’année à la première place mondiale de la catégorie après avoir également remporté ses premiers matchs sur le circuit ATP à Metz. Dès l’exercice suivant, il s’impose comme l’une des stars montantes du tennis. En glanant son premier titre à Sopot en août 2005 et en disputant deux autres finales à Metz et Lyon en fin de saison, il passe de la 239e à la 30e place mondiale en moins de douze mois.

Une progression impressionnante et un style de jeu si spectaculaire qui font très vite de lui l’un des chouchous du public. Sa vitesse, son explosivité, ses plongeons, ses défenses improbables et cette manière de jouer qui semble ne jamais complètement respecter les codes établis – un tweener par-ci, un passing-shot en bout de course par-là, un smash frappé comme un dunk… – font qu‘avec Monfils, il se passe toujours quelque chose. Et derrière le spectacle, ce principe qu’il n’a jamais vraiment abandonné : prendre du plaisir. "Quand je joue, je suis vraiment moi", expliquait-il encore en 2026.

Mais son physique aussi athlétique soit-il n’en reste pas moins fragile. Trop souvent, les blessures l’ont tenu éloigné des courts. Genou, poignet, cheville, épaule, pied… Diminué ou contraint de déclarer forfait, la Monf’ n’a pas toujours pu s’exprimer pleinement. Entre ses débuts à l’Open d’Australie 2005 et sa dernière participation à l’US Open en septembre dernier, ce sont ainsi 16 tournois du Grand Chelem qui manquent à son parcours, souvent en raison de problèmes physiques.

Seulement à chaque fois, il a su revenir. Et parfois de très loin. Pour le plus grand plaisir de tous les passionnés de tennis. A commencer par les spectateurs de Roland-Garros bien sûr, tournoi au cours duquel il a si souvent régalé l’audience et vécu certaines des plus belles émotions de sa carrière, notamment lors des sessions de soirées de ces dernières années.

Le spectacle, partout, toujours

Mais s’il a si souvent fait vibrer les tribunes de la Porte d’Auteuil, Gaël Monfils n’a jamais été uniquement le héros d’un seul événement. Partout dans le monde, on se souvient de ses exploits et de ses coups hors du commun. A l’image des plus grands champions de l’histoire de la discipline, sa popularité a largement dépassé les frontières hexagonales.

Si la liste ne sera évidemment pas exhaustive, voici pêle-mêle quelques-uns de ses coups d’éclat qui ont marqué les esprits. À Doha, en 2009, il s’offre le numéro un mondial Rafael Nadal. En 2016, il atteint pour la première fois le dernier carré de l’US Open, huit ans après celui disputé à Paris. En 2022, à Indian Wells, il bat Daniil Medvedev, alors n°1 mondial. Il dispute également au total trois finales de Masters 1000, à Paris en 2009 et 2010, puis à Monte-Carlo en 2016. Sans oublier ses titres à Montpellier, Metz, Washington, Rotterdam, Stockholm, Rotterdam encore, Doha, Adelaide…

Treize trophées au total, le dernier remporté à Auckland en janvier 2025, à 38 ans. A l’époque, ce succès fait de lui le plus vieux vainqueur d’un tournoi ATP depuis la création du circuit en 1990. Autre preuve de sa longévité au sommet, il a également disputé 22 finales sur le circuit et en a joué au moins une sur 20 saisons différentes ! Même lorsque les années passent, même lorsque le classement recule après deux saisons terminées dans le Top 10 et 8 dans le Top 20, la Monf’ est toujours là et continue de surprendre.

Evoluer mais briller encore

C’est peut-être là que se trouve l’une des grandes particularités de sa carrière : Gaël Monfils n’a jamais cessé de se réinventer. Le joueur explosif des débuts est devenu peu à peu un joueur d’expérience, capable de mieux gérer ses efforts, de varier davantage ses coups, de s’appuyer sur son service et sa lecture du jeu. Le spectaculaire est resté, mais il s’est accompagné d’une forme de maturité et de temporisation.

Et puis, il y a cette relation avec le public qui n’a fait que se renforcer au fil des années. Elle existe bien évidemment partout où il est passé, mais elle reste sans égale en France. À Paris, bien sûr, où chaque apparition pouvait devenir un événement. Mais aussi à Lyon, Montpellier, Marseille, Metz… Parce qu’un match de Monfils promettait toujours quelque chose. Une émotion. Un point improbable. Un retournement de situation. Un sourire. On ne venait pas seulement voir la Monf’ gagner. On venait le voir jouer. Tout simplement.

Une histoire qui dépasse le tennis

Lorsqu’il a annoncé, en octobre 2025, que la saison 2026 serait sa dernière, Gaël Monfils parlait d’une décision mûrement réfléchie. Après 21 années sur le circuit professionnel, il voulait simplement profiter de chaque instant et jouer chaque match comme si c’était le dernier.

Ses adieux à Roland-Garros, en mai 2026, ont évidemment eu une résonance particulière. Après une soirée festive réussie en amont du tournoi, son dernier match, perdu face à Hugo Gaston a lui aussi apporté son lot d’émotions, notamment lorsque Richard Gasquet, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga l’avaient rejoint sur le court Philippe-Chatrier pour célébrer l’ami avec lequel ils ont grandi. "J’ai kiffé cette dernière à Roland. Avec un public exceptionnel. Ça fait bizarre de se dire que je ne jouerai plus jamais à Roland-Garros. C’était magnifique, c’était magique, je n’aurais pas pu rêver mieux, je sors d’ici comblé", avait-il ensuite déclaré.

Après une dernière apparition sur les courts de l’US Open, Gaël Monfils est désormais officiellement retraité. Pendant plus de vingt ans, le joueur aura été le miroir de l’homme, toujours à fond, avec ses doutes, ses éclats de rire, ses coups de génie et sa fameuse liberté. Et ce qu’il laisse derrière lui compte bien plus que toutes les statistiques : des souvenirs, des frissons, des émotions et une trace que le temps n’effacera jamais.