A l’heure où les feuilles tombent, les trophées, eux, continuent de se soulever très haut dans le ciel de l’Europe et de l’Asie. Un scénario rêvé pour se préparer aux dernières grandes échéances de l’année ou bien pour boucler en beauté un exercice, avant (déjà) de songer au suivant.
ATP / WTA : à la faveur de l’automne
Carlos Alcaraz, Valentin Vacherot, Diana Shnaider et Harriet Dart ont parfait leur collection de lauriers alors que l’on s’approche doucement de la conclusion de cette magnifique saison.

Alcaraz en coup de vent
Titré à Tokyo début octobre puis éliminé à la surprise générale en huitièmes de finale à Shanghai par Zizou Bergs, Carlos Alcaraz a frappé un grand coup pour son retour en Europe, près de sept mois après son forfait lors du tournoi de Barcelone. Engagé à l’ATP 500 de Vienne – qui a célébré comme il se doit l’avènement d’Alexander Zverev comme 30e patron de la hiérarchie mondiale – le Murcien a remporté ses cinq rencontres sans perdre le moindre set. Particulièrement précis, puissant et virevoltant sur les courts autrichiens, il a aussi su se montrer très calme pour glaner les quatre tie-breaks qu’il a disputés.
Tombeur consécutivement de Karen Khachanov, Nikoloz Basilashvili, Tommy Paul et Daniil Medvedev en jouant donc à chaque fois un jeu décisif, il a livré son plus beau récital sur la dernière marche, contre Alex De Minaur (6/1, 6/4 en 1h37). Breaké d’entrée, celui qui s’était pourtant offert le scalp du nouveau n°1 mondial dans le dernier carré n’est jamais parvenu à refaire son retard et s’est logiquement incliné devant la réussite et l’application du champion de Roland-Garros 2024 et 2025. "Avec mon équipe, on connaît très bien le niveau d’Alex, qui a un style vraiment dangereux, a analysé le champion. Il frappe à plat, ses balles glissent sur le court et restent très basses. C’est difficile de mettre de la puissance sur chaque coup et comme il est très rapide, il faut mériter chaque point ! Ce qui serait un coup gagnant contre n’importe quel joueur ne le sera pas contre lui. Je devais donc être très concentré aujourd’hui tout en essayant d’augmenter le rythme et la cadence le plus possible."
Une stratégie payante pour s’offrir une 26e victoire consécutive et un 11e titre dans cette catégorie de tournois (le 28e en carrière), sa dernière défaite remontant à avril 2025. Surtout, cette semaine parfaite devrait booster sa confiance avant ses deux derniers événements majeurs de l’année : le Rolex Paris Masters et les Finales ATP de Turin. "Je suis très heureux d’avoir trouvé mes marques, d’avoir très bien joué, et c’est évidemment une semaine forte en émotions et assez incroyable pour moi, a-t-il confirmé. J’ai appris qu’il fallait continuer à aller de l’avant, pas à pas, je me suis habitué aux courts en indoor et j’essaie de prendre confiance sur cette surface." Mission réussie avant de poser ses valises dans la capitale française, où il n'a jamais dépassé les quarts de finale.
La fameuse "période Vacherot"
Pleinement révélé au grand public l’an passé lors de son incroyable conte de fées à Shanghai – une histoire folle terminée par une cousinade tout aussi mémorable –, Valentin Vacherot est définitivement un homme de l’automne. A Bâle il est devenu le premier joueur monégasque à remporter un ATP 500 (catégorie créée en 2009) à l’issue d’une série de succès particulièrement convaincants contre Mariano Navone, Rafael Jodar, Holger Rune, Taylor Fritz et Jiri Lehecka, rien que ça. Face au Tchèque – dernier adversaire de la légende Stan Wawrinka, qui a disputé le dernier match de son immense carrière mardi –, il a d’ailleurs pris une étincelante revanche puisque ce dernier l’avait dominé il y a un mois dans le dernier carré à Tokyo.
Dominé en début de finale, il a cédé sa mise en jeu à trois reprises dans le premier set avant de nettement monter en puissance dans les deux derniers, sauvant les cinq opportunités auxquelles il a fait face par la suite (2/6, 6/3, 6/3 en 1h54). "J’ai joué de manière très solide dans les deuxième et troisième manches, a-t-il confirmé lors de la cérémonie de remise des trophées. J’ai tenu bon, même lorsqu’il a eu des balles de break en fin de deuxième set. J’ai commencé à beaucoup mieux servir ensuite et ça m’a beaucoup aidé, c’était très important à ce moment-là. J’ai réussi de très bons coups dans des instants clés et je crois que l’important n’est pas toujours de jouer parfaitement sur l’ensemble du match mais de le faire quand ça compte vraiment."
S’il ne peut mathématiquement plus prétendre à un siège dans l’avion pour Turin, celui qui a remporté 9 matchs sur 10 en indoor cette année (4 en Coupe Davis et 5 en Suisse) aura toutefois de gros points à défendre cette semaine à la Plenitude Arena. Et le quart-de-finaliste de la précédente édition devra de nouveau se montrer clinique dans les moments importants dès mardi lors de son entrée en lice face au septuple vainqueur de l’épreuve, Novak Djokovic…
Shnaider, une frayeur puis le bonheur
Opposée à Leylah Fernandez – en grande forme à l’occasion de cette tournée asiatique, nous y reviendrons – sur la dernière marche du WTA 500 de Tokyo, Diana Shnaider s’envolait vers le sixième titre de sa carrière avant d’être stoppée en pleine ascension par le brillant retour aux affaires de la Canadienne. Menée 4/6, 0-4, cette dernière a inscrit huit des neuf jeux suivants pour égaliser (7/5) puis prendre les commandes du set final ! Dans la foulée, elle s’est même procuré trois balles de break finalement écartées par son adversaire. Alors que la partie semblait pouvoir basculer d’un côté comme de l’autre et que la tension atteignait son paroxysme, la demi-finaliste de Roland-Garros a porté une estocade décisive lors du cinquième jeu pour définitivement reprendre son envol (6/4, 5/7, 6/2 en 2h18).
Fair-play et consciente d’être passée tout près d’une cruelle désillusion, la championne a tenu à mettre en lumière la finaliste lors de son discours protocolaire. "Tout d’abord, je tiens à féliciter Leylah pour son incroyable semaine et pour la précédente également, tu as réussi de très beaux accomplissement durant cette tournée asiatique, a-t-elle lancé. Continue comme ça et tu atteindras bien d’autres finales à l’avenir, c’est une certitude." Sacrée à Singapour et seulement battue par la n°1 mondiale Elena Rybakina à Ningbo il y a huit jours, la native de Montréal a accumulé pas moins de 16 victoires pour seulement 5 défaites en Asie, faisant ainsi son retour dans le Top 20 mondial ce lundi (au 19e rang).
De son côté, Shnaider a donc tardivement ouvert son compteur, elle qui s’est inclinée dans le dernier carré à quatre reprises cette année (à Adélaïde, Roland-Garros, Washington et Ningbo). Désormais titulaire de six trophées – dont quatre sur dur – soulevés lors de ses six dernières finales, elle n’a plus perdu sur la dernière marche d’un tournoi depuis sa première tentative à Ningbo en 2023 face à Ons Jabeur. "Je veux remercier et féliciter mon entraîneur, présent à mes côtés aujourd’hui, pour ce premier titre de la saison, a-t-elle poursuivi. Ça compte énormément pour moi, c’est une très belle réussite et une excellente manière de terminer la saison."
Dart, quel parcours !
C’est ce qu’on appelle une grande première ! A 30 ans, Harriet Dart a ouvert son palmarès sur le circuit en s’adjugeant le WTA 250 de Guangzhou au terme d’une aventure aussi épique que riche en émotions. Issue des qualifications, la Britannique a remporté sept matchs consécutifs dont six disputés au meilleur des trois manches. Lors de sa toute première partie, elle s’est retrouvée menée 5/7, 2-4 par Cheuk Ying Shek avant de renverser la table. Tombeuse par la suite de Janice Tjen en huitièmes puis de Paula Badosa en quarts, elle a également écarté trois balles de match dans le dernier carré face à Xinran Sun. Et puisqu’il ne pouvait en être autrement, elle a de nouveau signé une remontada de grande qualité sur la dernière marche, au grand dam de Lilli Tagger (4/6, 6/3, 6/4 en 2h18).
Tombée de joie sur le court, Dart n’a pas pu cacher son émotion au moment de recevoir la récompense d’un travail acharné depuis de nombreuses années. "Je vais essayer de ne pas être submergée et je veux remercier mon équipe. Je me suis vraiment bien amusée et j’espère revenir l’année prochaine […] Cette semaine montre que même lorsque je suis au plus bas – et que les gens pensent que je ne me relèverai pas – je suis encore capable de m’en sortir ! Aujourd’hui, c’était vraiment un match difficile et je suis persuadée que Lilli va continuer sur sa lancée et remporter de nombreux titres. Avoir surmonté une semaine comme celle-ci, ça compte énormément pour moi."