Un moment suspendu, un instant que l’on peut décrire dans le détail des années plus tard, accompagné de la fameuse phrase "Je m’en souviens, j’y étais". Voilà ce qu’ont vécu les heureux détenteurs de billets du Centre Court et du Court n°1 ce mardi au All England Club. Ces derniers ont eu la chance d’assister au grand retour en simple de Serena Williams et aux spectaculaires adieux de Stan Wawrinka à Wimbledon.
Wimbledon 2026 : une soirée pas comme les autres
Malgré la défaite, Serena Williams et Stan Wawrinka ont réjoui le public de SW19 ce mardi.
Serena Williams : "J’ai apprécié ce moment plus que tout"
Cela faisait 1397 jours que Serena Williams n’était plus entrée sur un court pour y disputer un match en simple en compétition officielle. Près de 4 ans, une éternité. Mais lorsqu’elle a passé les mythiques portes du Centre Court sous les yeux de sa sœur Venus, de ses filles, de son mari Alexis Ohanian et nombreux proches, le temps s’est arrêté et un frisson a parcouru l’échine des spectateurs, qui n’ont pas tardé à entonner des "Let’s go Serena, let’s go" lorsqu’elle s’est approchée de sa chaise.
Absente des terrains depuis l’US Open 2022 et bénéficiaire de la toute dernière invitation attribuée par le tournoi, la légende du jeu souhaitait avant tout profiter et prouver qu’elle n’avait rien perdu de sa rage de vaincre et de son talent. "Ce n’est pas tous les jours que Wimbledon retient une wild-card pour quelqu’un en particulier, avait-elle expliqué dimanche lors du media day. Ça ne peut concerner qu’une poignée de personnes et il se trouve que je suis l’une d’entre elles. Je me suis dit qu’il fallait absolument saisir cette opportunité. Qui sait si j’aurai un jour la chance de revenir ? Ça pourrait bien être la dernière fois. Pour la première fois de ma carrière, mes attentes sont bien évidemment différentes. Je ne dis pas que je n’ai pas apprécié être sur le court par le passé, sinon je ne serais pas ici aujourd’hui mais j’ai vraiment l’impression que je vais prendre du plaisir."
Du plaisir, la joueuse aux 23 titres du Grand Chelem en a pris, tout en exauçant le rêve de millions de supporters qui souhaitaient la revoir sur les terrains. Et si tout ne s’est pas passé comme prévu face à la jeune Maya Joint (20 ans), ses coups droits rageurs, ses services surpuissants et ses célèbres "Come on" lancés le poing serré n’ont pas manqué de raviver la flamme dans le cœur de l’audience.
Malgré le manque de rythme et les nombreuses fautes directes commises (37 contre 26 coups gagnants dont 7 aces), l’idole de 44 ans a tenu la distance et s’est même offert le droit de disputer une troisième manche en sauvant une balle de match dans le tie-break du deuxième set. Largement suffisant pour faire chavirer des tribunes qui n’ont retrouvé leur calme qu’une fois que l’Australienne est parvenue à débreaker à 2-1 dans l’acte final puis à s’envoler vers sa première victoire dans le Majeur londonien (6/3, 6/7(6), 6/3 en 2h22).
Une adversaire qui n’avait bien sûr pas le rôle principal de cette épopée nocturne mais qui a elle aussi vécu un rêve éveillé au cœur de l’une des plus belles enceintes du monde. "Je n’aurais jamais pensé avoir un jour l’occasion de fouler le court aux côtés de Serena, a-t-elle déclaré en conférence de presse. Je crois d’ailleurs que je n’ai pas totalement pris la mesure de ce qu’il vient de se passer […] C’était le moment le plus fou de ma carrière, c’est tellement intimidant de jouer contre quelqu’un qui a accompli tant de choses dans cette discipline."
Maya Joint – qui n’avait plus gagné le moindre match sur le circuit principal depuis le tournoi d’Adélaïde en janvier – a désormais rendez-vous avec Alex Eala au deuxième tour. De son côté, Serena Williams disputera le double avec sa sœur Venus pour un autre grand moment chargé d’émotions. Si elle ne s’est pas présentée face à la presse hier à l’issue de cette rencontre aussi prometteuse que le résultat est frustrant, elle a tout de même partagé son bonheur d’être à Wimbledon dans un communiqué. "C’était vraiment génial d’être de retour ici. L’ambiance était incroyable tout comme le fait de simplement entrer sur le court. J’ai vraiment savouré, ça m’avait manqué et j’ai apprécié ce moment plus que tout." Sur ce point, personne ne la contredira.
Stan, des adieux plus que réussis
Ce mardi, le Central n’a pas eu l’exclusivité des acclamations, ovations et autres éruptions à SW19. Le Court n°1 a lui aussi tremblé de tout son être devant l’incroyable spectacle proposé par Matteo Berrettini et Stan Wawrinka. A 41 ans, celui qui mettra un terme à son immense carrière à la fin de la saison a livré une nouvelle prestation de très haut vol pour bousculer le finaliste de l’édition 2021, également revenu à son meilleur niveau après de (trop) nombreuses blessures.
Un show d’une intensité rare, ponctué de frappes venues d’ailleurs et d’une puissance qui a rappelé les plus belles heures de ces deux merveilleux joueurs. Au terme de quatre tie-breaks – dont un deuxième assez époustouflant au cours duquel il a sauvé la bagatelle de six balles de deux manches à rien –, c’est donc finalement l’Italien qui est sorti vainqueur aux points de cet immense combat (6/7(7), 7/6(16), 7/6(7), 7/6(5) en 4h19). Mais plus que le résultat, tout le monde retiendra la force, la rage et le talent du Vaudois, attaché à réussir chacune de ses dernières sorties. Son premier admirateur ce mardi soir n’était autre que son adversaire de l’autre côté du filet. "C’est une légende et il l’a prouvé aujourd’hui, a confié Berrettini une fois le spectacle terminé. C’est un joueur incroyable, un compétiteur hors norme. Je me souviens qu’en 2014, je jouais en juniors et j’étais parvenu à me faufiler sur le Central pour le voir affronter Roger. Ça a été un immense honneur pour moi de jouer contre lui ici, sur ce Court n°1. Je me sens tellement honoré, tellement reconnaissant…"
Emu aux larmes pour sa toute dernière apparition à Wimbledon, Stan est revenu sur des adieux plus que réussis, lui qui avait déjà fait se soulever les foules à Melbourne en janvier. "Ce soir encore, ça a été une superbe bataille, a confirmé celui qui avait atteint les quarts de finale en 2014 et 2015. Ce n’est jamais facile de dire adieu à quelque chose que l’on aime tant. J’ai toujours été passionné par ce sport, j’ai toujours pris du plaisir à le pratiquer. Je suis reconnaissant et je tiens à remercier tout le monde car j’ai eu la chance et l’opportunité de jouer ici une dernière fois. Je n’aurais pas pu rêver de plus beaux adieux. Je ne veux pas prendre ma retraite mais je sais qu’il est temps pour moi d’arrêter. L’une des raisons pour lesquelles j’ai continué à jouer aussi longtemps, c’est pour profiter de moments comme celui de ce soir." Nul doute que d’ici fin novembre, le triple vainqueur en Grand Chelem en vivra beaucoup d’autres…