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AO 2026 : Stan, la dernière danse commence bien

Engagé dans une poignante tournée d’adieux, le Suisse a réussi son entrée en lice à l’Open d’Australie, une première dans le tableau principal depuis 2021.

Stan Wawrinka / Premier tour Open d'Australie 2026
 - Romain Vinot

"Je veux encore repousser mes limites et terminer cette aventure de la meilleure façon possible […] J’ai hâte de vous revoir une dernière fois partout dans le monde". Le 19 décembre, Stan Wawrinka annonçait à ses fans que 2026 marquerait le point final de son immense carrière. Une 25e saison professionnelle que l’homme aux 16 titres – dont 3 en Grand Chelem – souhaite joyeuse, spectaculaire et émouvante, aussi bien pour lui que pour ses millions de supporters, qui ont continué de le suivre et de le pousser ces dernières années. Une promesse d’ores et déjà tenue Down Under.

"One last push"

Champion en 2014 puis demi-finaliste lors des éditions 2015 et 2017, Stan Wawrinka a logiquement reçu une wild-card de la part des organisateurs pour intégrer directement son 20e grand tableau à Melbourne Park. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Vaudois s’est très bien préparé pour cette dernière danse australienne, prenant part à la très belle aventure de l’équipe suisse en United Cup du côté de Perth puis de Sydney.

Tombeur d’Arthur Rinderknech lors de la phase de poule, il a également disputé de magnifiques batailles au long cours face à Flavio Cobolli, Zizou Bergs ou encore Hubert Hurkacz en finale. "La United Cup était un super événement, Belinda a été incroyable et nous avions une équipe formidable, a-t-il confié lors du Media Day de l’Open d’Australie. C’était une très bonne chose de rallier la finale même si nous aurions aimé remporter la compétition. On s’est bien amusés et je suis très heureux d’un point de vue tennistique, tout s’est bien passé. J’ai bénéficié d’une bonne préparation, d’une bonne intersaison et je travaille dur pour maintenir mon niveau. J’ai hâte de commencer ici."

Une envie et une rage de vaincre intactes qui sonnent comme un rappel pour ceux qui en doutaient : non, "Stan The Man" ne se contentera pas d’une tournée d’adieux sans victoire ni panache. "Je suis heureux parce que je vais pouvoir prendre part à cette saison en restant compétitif et en jouant bien, a-t-il poursuivi avant son entrée en lice. Je ne voulais pas ne pas savoir quand j’allais m’arrêter, me blesser soudainement ou perdre totalement mon niveau de jeu. Je suis encore passionné par ce sport et pleinement concentré là-dessus […] A chaque instant, j’ai voulu être le meilleur joueur de tennis possible. L’idée a toujours été de repousser mes limites sur les plans tennistique, physique et mental, en essayant de donner le meilleur de moi-même."

Du discours aux actes

Ce lundi, en bord de court ou derrière le petit écran, ses très nombreux admirateurs ont pu constater – avec un plaisir non dissimulé – qu’il était un homme de parole. Opposé à Laslo Djere au premier tour, l’actuel 139e joueur mondial a effacé un set de retard pour glaner sa première victoire en Grand Chelem depuis Wimbledon 2024 et ainsi devenir, à 40 ans et 296 jours, le deuxième joueur le plus âgé de l’histoire à connaître le succès à l’AO.

Auteur de 35 coups gagnants, "Stanimal" est monté en puissance tout au long de la rencontre, réussissant même à éviter une cinquième manche alors qu’il était mené 2-4 dans la quatrième. Porté par des tribunes aussi enthousiastes que bruyantes, il a pressurisé le Serbe sur son engagement, obtenant la bagatelle de 18 balles de break avant de finalement pouvoir exulter au terme d’un jeu décisif maîtrisé (5/7, 6/3, 6/4 7/6(4) en 3h20), le tout dans une ambiance des grands jours. "C’était incroyable, j’ai tellement de souvenirs ici… L’amour que vous me donnez est la seule raison de ma présence, c’était fou aujourd’hui, a-t-il commenté en bord de court avant de reprendre en conférence de presse. Il y avait beaucoup de monde pour me soutenir. Être supporté de cette manière me donne toujours un regain d’énergie. L’ambiance était vraiment spéciale, elle m’a beaucoup aidé et je suis super heureux d’avoir passé ce premier tour."

Au-delà du public, Stan a pu s’appuyer sur sa puissance, sa mise en jeu (14 aces, 86% de points remportés derrière sa première, 64% après sa deuxième) et sa constance en fond de court pour écarter de son passage un adversaire dithyrambique à l’issue du combat. "C’est l’un des plus grands joueurs de cette discipline, a confié Laslo Djere. Il est toujours capable de jouer à un très haut niveau, il fait les choses bien et son tennis est toujours excellent."

Vouloir bien faire rime souvent avec pression au moment d’entrer sur le court ou durant les instants fatidiques d’une partie. S’il a tout vécu et presque tout gagné, Wawrinka ne s’est jamais débarrassé de cette nervosité, loin de là. "Je suis toujours nerveux mais c’est positif pour moi, a-t-il détaillé face aux médias. Cela signifie que je suis vraiment impliqué et que je veux bien jouer. Il faut être très discipliné avec soi-même, avec son cerveau et ce qu’on doit faire pendant le match. Le format en cinq sets m’aide à me détendre à être plus concentré et à mieux bouger. C’était le cas aujourd’hui, j’ai commencé à mieux jouer aux deuxième, troisième et quatrième sets."

Un duel générationnel

Particulièrement heureux d’avoir engrangé une 584e victoire en carrière, le Suisse n’en reste pas moins lucide quant à ses capacités et au fait qu’il n’est plus le joueur qui a brandi la Norman Brookes Challenge Cup il y a 12 ans. "J’aimerais avoir les mêmes sensations, la même puissance et tout ce qui va avec, a-t-il souri. J’ai toujours été honnête avec moi-même, je sais qui je suis, je connais mes capacités, ce que je peux faire, ce que je peux encore accomplir et la façon dont je peux jouer. Je sais que je ne suis plus aussi bon et aussi fort physiquement et techniquement qu’avant. C’est normal, je vieillis. En revanche, je suis toujours heureux de faire ce que je fais et j’essaie constamment de me pousser et de m’améliorer."

Puisqu’on parle d’âge et d’expérience, c’est une donnée qui pourrait compter au deuxième tour, où l’attend désormais Arthur Géa. A 21 ans, le Français issu des qualifications dispute son premier grand tableau en Majeur quand son futur adversaire en affiche 75 au compteur. Tombeur surprise et solide de Jiri Lehecka lors de son entrée en lice, le Tricolore reste sur neuf victoires consécutives en 2026 (cinq au Challenger de Nouméa, trois en qualifications et une au premier tour) et est impatient de défier Wawrinka. "Ce sera un très bon match, je le connais depuis que je joue au tennis et je l’encourageais derrière ma TV, a expliqué Géa. C’est sa dernière année donc je me réjouis de pouvoir jouer contre lui, c’est une légende. Evidemment, je vais essayer de gagner et je ne manquerais pas de l’applaudir pour son incroyable carrière."

Stan parviendra-t-il une nouvelle fois à repousser ses limites et à prolonger le plaisir ou disputera-t-il son dernier match à l’Open d’Australie face à un jeune loup ambitieux et sans complexe ? Réponse ce mercredi pour l’un des deuxièmes tours immanquables de ce premier Grand Chelem de l’année.