Au tennis – sport cruel par excellence –, terminer une semaine de compétition par une défaite avant d’enchaîner un nouveau tournoi est monnaie courante. Un fait établi qui nécessite de posséder un mental d’acier pour se présenter tous les jours sur le court avec l’espoir et la volonté d’être sacré. Peut-on continuer d’y croire après avoir passé plus de six ans sans soulever le moindre trophée malgré plusieurs tentatives infructueuses sur de prestigieuses dernières marches ? Oui, Karolina Muchova l’a prouvé ce samedi à Doha.
WTA / ATP : constance et persévérance
Retour sur les brillantes prestations de Karolina Muchova, Alex De Minaur, Ben Shelton et Francisco Cerundolo ce week-end.

Muchova, une si longue attente
La semaine passée, nous mettions en lumière la jeune Sara Bejlek, dernière héritière en date d’une longue lignée de joueuses tchèques qui trustent régulièrement les podiums et les hautes sphères du classement. Parmi ses modèles ou du moins ses inspirations, la championne du WTA 500 d’Abu Dhabi avait notamment cité Karolina Muchova, habituée des performances retentissantes en Grand Chelem et très appréciée pour son intelligence tactique et la beauté de son tennis. Un alliage finalement peu courant et bien souvent synonyme de palmarès long comme le bras. Seulement voilà, à 29 ans, la native d’Olomouc n’avait jusqu’ici remporté qu’un seul titre, lors du WTA 250 de Séoul en septembre 2019.
Une anomalie expliquée en grande partie par de très nombreuses blessures (à la cuisse, à la cheville et plus récemment au poignet, cette dernière l’ayant privée de courts pendant près de 10 mois) et par la qualité de jeu de ses adversaires lorsqu’une opportunité de sacre s’approchait à grands pas. Finaliste de Roland-Garros en 2023 face à Iga Swiatek et présente dans le dernier carré à l’Open d’Australie (2021) et à l’US Open (2023 et 2024), Muchova a également disputé les finales des WTA 1000 de Cincinnati (2023) et de Pékin (2024) où elle s’est inclinée à deux reprises contre Coco Gauff.
Une fragilité physique et des défaites bouleversantes qui auraient pu l’écœurer, d’autant qu’elle affichait le plus haut pourcentage de victoires pour une joueuse non titrée en WTA 1000, avant de prendre part à son 27e tournoi de cette catégorie la semaine passée à Doha. "Par le passé, j’ai très bien joué au tennis et j’aurais pu être sacrée mais je n’y suis jamais parvenue, a-t-elle expliqué. Lors de mes finales, j’ai affronté des adversaires de grande qualité et qui étaient dans un très bon jour. Ça m’a marquée et aujourd’hui, j’étais nerveuse. Mais j’ai juste essayé de me donner une chance : tant pis si je devais perdre de nouveau, il fallait tout donner. J’ai patiemment attendu cette nouvelle opportunité, convaincue que je pouvais encore y arriver. Et j’ai réussi."
Une réussite illustrée par un parcours sans encombre – à l’exception d’une première manche cédée à Maria Sakkari en demi-finales – et par un dernier succès maîtrisé face à l’étoile montante de la discipline, Victoria Mboko (6/4, 7/5 en 1h34). Tombeuse coup sur coup de Mirra Andreeva, de la championne de Melbourne Elena Rybakina et de la finaliste sortante Jelena Ostapenko, la Canadienne de 19 ans est entrée sur le court affublée du costume de favorite. Mais de l’autre côté du filet, la Tchèque a livré un récital au service (80% de points gagnés derrière sa première balle) tout en se montrant patiente et agressive au retour (trois breaks et 41% de points glanés dans cet exercice). "Elle a un jeu très complet, elle sait tout faire, elle sait attaquer, défendre, varier et changer de tactique, elle m’a prise au dépourvu", a concédé Mboko, précédemment titrée au WTA 1000 de Montréal et qui a officiellement fait son entrée dans le Top 10 ce lundi.
Ce succès sans conteste permet à Karolina Muchova de remonter au 11e rang mondial et surtout de mettre fin à 6 ans et cinq mois d’une disette qui semblait très injuste. "J’avais presque oublié ce sentiment tellement cela faisait longtemps, a-t-elle confirmé à l’issue de la cérémonie de remise des trophées. On se pose forcément la question : ‘Est-ce que je peux y arriver ?’ parce que j’entendais les gens dire que je n’avais qu’un seul trophée etc. Je ne l’ai pas pris personnellement, je savais que ça ne décrivait pas mon tennis ou ma personnalité mais je voulais vraiment me prouver que j’étais encore capable de gagner. Je suis très fière d’avoir géré la situation aujourd’hui."
De Minaur, la troisième est la bonne
Lorsqu’on parle de constance et de persévérance, difficile de ne pas citer le nom d’Alex De Minaur. Boosté par une impressionnante préparation physique afin de pouvoir lutter davantage sur le long terme avec Carlos Alcaraz et Jannik Sinner puis déçu par sa nouvelle élimination en quarts de finale à Melbourne face au Murcien, le 6e joueur mondial a retrouvé le sourire sur les courts en dur indoor de Rotterdam. Tête de série n°1 et vainqueur d’Ugo Humbert dans le dernier carré, l’Australien n’était pourtant pas favori en finale face à Félix Auger-Aliassime, spécialiste de la surface (huit titres, 93 victoires) et récent vainqueur de l’ATP 250 de Montpellier.
Impérial sur sa mise en jeu et aussi bondissant qu’à l’accoutumée, De Minaur n’a pas laissé le moindre espace à son vis-à-vis (aucune balle de break concédée) pour conclure sa brillante semaine en deux manches et 1h18 de jeu (6/3, 6/2). Battu sur la dernière marche par Jannik Sinner puis par Carlos Alcaraz lors des deux précédentes éditions du tournoi, Demon a enfin ouvert son compteur toit fermé, soulevant au passage son 4e trophée en ATP 500, le 11e au total en carrière. "Plus le tournoi avance, plus vous essayer de trouver des solutions afin de mieux jouer le lendemain et c’est exactement ce que j’ai fait, a analysé le champion. La troisième a été la bonne ici, ça a été une excellente semaine, je me sens toujours très bien à Rotterdam. J’étais à deux doigts du titre les années précédentes donc c’est génial de pouvoir enfin le remporter."
Shelton, la tête et les jambes
Un premier titre en indoor, c’est également ce qu’a pu savourer Ben Shelton ce week-end. Opposé à son compatriote Taylor Fritz en finale de l’ATP 500 de Dallas, l’Américain de 23 ans a pourtant bien failli passer à côté d’un quatrième sacre en carrière. Mené d’un set, il est parvenu à recoller avant de voir son adversaire obtenir trois balles de match dans le 10e jeu du set final !
Des sueurs froides essuyées avec brio avant un dernier coup d’accélérateur dont il a le secret (3/6, 6/3, 7/5 en 1h51). "C’est incroyable ! Je remercie Dieu car j’avais besoin d’un coup de pouce surnaturel pour remporter ce tournoi après toutes les difficultés rencontrées. Je suis reconnaissant d’avoir pu disputer cinq matchs ici, devant ce public dont l’énergie est magnifique. J’ai dû me battre jusqu’à la dernière minute, Taylor jouait très bien et j’avais beaucoup de mal à contrer ses coups. J’ai essayé de rester compétitif jusqu’au bout et j’ai fini par gagner. Je pense que cela témoigne du travail accompli avec mon équipe" a confié l’heureux élu, déjà vainqueur au meilleur des trois manches face à Adrian Mannarino, Miomir Kecmanovic et Denis Shapovalov.
Cerundolo, un rêve à domicile
Il n’a pas dû attendre six ans et demi avant de retrouver la lumière mais son sacre à l’ATP 250 de Buenos Aires avait des airs de délivrance. Finaliste à deux reprises dans la capitale argentine (2021 et 2025) et privé de lauriers depuis le tournoi d’Umag en 2024, Francisco Cerundolo a enfin pu s’écrouler de joie sur sa terre battue chérie. En parvenant à sauver 6 des 7 balles de break obtenues par Luciano Darderi en finale, le chouchou du public a conclu sa très belle aventure à domicile sans perdre le moindre set (6/4, 6/2 en 1h36) pour brandir le 4e trophée de sa carrière. "C’est sans doute le plus beau moment de ma carrière jusqu’à présent, a confié le 19e mondial. Je voulais vraiment gagner ici, dans ma ville natale, dans mon pays, devant mes amis, ma famille et tout le public argentin. Je me suis battu sans relâche ces dernières années pour remporter ce titre. Je n’y étais pas parvenu jusqu’ici mais aujourd’hui, j’ai probablement disputé l’un des meilleurs matchs de ma vie."