Si les premières fusées du feu d’artifice inaugural de cette saison 2026 n’avaient pas fait beaucoup d’étincelles, fans et observateurs ont assisté à un grandiose bouquet final ce samedi entre la meilleure joueuse du moment et l’incontestable patronne du tennis féminin. Sur un nuage depuis son sacre aux Finales WTA, Elena Rybakina a magnifiquement récidivé en s’imposant sur la dernière marche de l’Open d’Australie (6/4, 4/6, 6/4 en 2h18) pour s’adjuger son deuxième sacre dans la catégorie reine, le premier depuis Wimbledon 2022.
AO 2026 : Rybakina, triomphale confirmation
Intouchable tout au long de sa campagne, la Kazakhstanaise a remporté le deuxième Grand Chelem de sa carrière au finish face à la reine du circuit.
Eloge du sang-froid
On a longtemps cru qu’Aryna Sabalenka parviendrait à vaincre ses démons de l’an passé (5 finales perdues sur 9, dont 2 en Majeur) en renversant une situation compromise, comme lors de la finale de l’édition 2023 face à cette même Elena Rybakina. Mais c’est bien la Kazakhstanaise de 26 ans qui a eu la primeur du dernier grandiose rebondissement de cet Open d’Australie 2026. Menée 3-0 dans le set final (30-30 sur son service), elle a suivi un simple conseil de son entraîneur Stefano Vukov pour refaire son retard, inscrire cinq des six derniers jeux et soulever la Daphne Akhurst Memorial Cup. "Sois moins prévisible et essaie de mettre davantage d’intensité", a-t-il lancé. Basique mais terriblement efficace.
Avant ce glorieux dénouement pour le moins inattendu, la future championne avait quelque peu soufflé le chaud et le froid sur une Rod Laver Arena au toit fermé pour l’occasion. Parfaitement entrée dans sa partie malgré un pourcentage de premières balles en deçà de ses standards habituels (48% dans la première manche, 55% sur l’ensemble de la rencontre), ses retours gagnants aussi puissants que chirurgicaux lui ont permis de breaker dès le premier jeu et de conserver cet avantage pour basculer en tête dans cette finale, bien aidée par un ace et un service gagnant au moment de sauver deux balles de débreak à 4-3.
Au cours d’une deuxième manche durant laquelle la n°1 mondiale a élevé son niveau de jeu en étant plus agressive et précise depuis sa ligne de fond de court, "Lena" a d’abord tenu la cadence, à l’image de trois nouvelles opportunités écartées dès son premier engagement, long de 10 minutes. Mais l’armure a fini par se fendre, au pire moment, alors qu’elle servait pour rester dans ce set. Un break concédé blanc qui ne laissait rien augurer de bon, face à une reine revigorée dont les cris rageurs ont fini d’enflammer un public réjouit par ce scénario bien indécis. La finaliste sortante redevenue patronne a finalement enchaîné cinq jeux consécutifs pour mener 3-0 et caresser le doux espoir de glaner un 5e titre en Grand Chelem.
Un heureux dessein de courte durée, douché dans les grandes largeurs par un ultime élan de puissance et de sang-froid de la part de la tête de série n°5 du tournoi, de nouveau pleinement maîtresse de son bras droit pour frôler les lignes et assurer ses mises en jeu. "Je ne sais pas si j’ai des regrets mais j’aurais peut-être dû être plus agressive au service, a tenté d’expliquer la n°1 mondiale en conférence de presse. En sachant que j’avais un break d’avance, j’aurais dû mettre davantage de pression mais elle a joué de manière incroyable. Elle a réussi quelques coups gagnants et dans le même temps, j’ai commis quelques fautes… Je menais 3-0 et quelques minutes plus tard, je me suis retrouvée à 3-4 avec un break de retard, c’est allé très vite."
Peuvre de ce calme légendaire et d’une confiance qui avait bel et bien définitivement changé de camp, Rybakina n’a pas tremblé d’un iota pour sceller l’une des victoires les plus importantes de sa carrière d’un sixième et dernier ace, son 47e lors de cet Open d’Australie "C’est un incroyable accomplissement, a confirmé l’heureuse championne face aux médias. Je suis très heureuse et fière, ça a été un combat très difficile en finale. Je ne m’attendais pas à renverser la situation mais j’ai saisi les opportunités. Aryna est une adversaire très coriace mais je suis ravie d’avoir soulevé le trophée cette fois-ci."
Symboliquement, ce succès permet à Rybakina de prendre sa revanche de la finale 2023, perdue au terme d’un scénario très similaire, exceptée cette imprédictible conclusion. "Il y a trois ans, c’était un match très serré, a-t-elle poursuivi. Aujourd’hui, je me suis dit qu’il fallait que je prenne plus de risques, que je joue davantage mes coups […] C’était difficile de revenir dans le troisième set mais je suis contente d’avoir réussi à rester calme malgré mon retard, à ne pas être frustrée et à me concentrer sur chaque point pour rester au contact."
Une pente très ascendante
Un succès caractéristique de la "nouvelle Elena", qui domine le circuit depuis l’automne dernier. Au-delà de cette victoire finale marquante, celle qui a également battu Iga Swiatek et Jessica Pegula au cours de cette aventure reste en effet sur 20 victoires lors de ses 21 dernières sorties et compte désormais 10 victoires consécutives face à des membres émérites du Top 10. "Ce sont des adversaires très difficiles qui obtiennent d’excellents résultats et trustent depuis longtemps les sommets du classement, a-t-elle analysé. Je suis heureuse d’être revenue à leur niveau et j’espère faire preuve de stabilité tout au long de la saison et continuer de jouer un excellent tennis."
Un niveau qu’elle avait déjà atteint lors de son sacre surprise à Wimbledon en 2022. Une autre époque cartes mais que la désormais double championne en Grand Chelem et future n°3 mondiale avait très bien en tête. "J'ai toujours cru que je pouvais revenir au niveau où j'étais. Bien sûr, nous avons toutes des hauts et des bas et j’ai parfois pensé ne plus jamais retourner en finale ou ne plus remporter de trophée. Mais tout est une question de travail. Je pense que nous avons beaucoup œuvré avec l'équipe et ils m'ont aussi beaucoup soutenue. Dans les moments où je n'étais peut-être pas très positive, ils m'ont aidée. Evidemment, quand vous remportez de grandes victoires contre les meilleures joueuses du monde, vous commencez à y croire davantage, vous gagnez en confiance. C'est comme ça que ça s'est passé", a-t-elle conclu.
Un raisonnement simple pour un sport exigeant et imprévisible, capable de procurer des émotions aux antipodes, d’un mois sur l’autre, comme l’a confié Aryna Sabalenka en bord de court puis en conférence de presse. "Merci à mon équipe d'être toujours là, d'apprécier mes défaites en finale (rires). Parfois on gagne aussi, alors espérons que l'année prochaine, Daphne sera à nous […] Un jour on perd, le lendemain on gagne, c’est le tennis. J’espère que je serai davantage gagnante que perdante cette année, je prie pour ça."