Des séries poursuivies avec brio et une malheureuse blessure synonyme de future affiche attendue depuis le tirage au sort : les derniers quarts de finale ont livré leur verdict à Melbourne Park et promettent un dernier carré de très haute volée.
AO 2026 : Djokovic miraculé, Rybakina sur sa lancée
Novak Djokovic, Jannik Sinner, Elena Rybakina et Jessica Pegula ont rallié les demi-finales de l’Open d’Australie.

Djokovic : "Lorenzo aurait dû gagner aujourd’hui"
Son 1400e match professionnel ne s’est pas terminé comme il l’aurait souhaité. S’il est bel et bien sorti vainqueur de sa 11e confrontation face à Lorenzo Musetti pour s’offrir une 54e demi-finale en Grand Chelem – sa 13e à Melbourne –, Novak Djokovic n’aurait sans doute pas fait la Une de cet article si l’Italien n’avait pas été contraint à l’abandon en raison d’une blessure aux adducteurs de la cuisse droite. Immobilisé en début de troisième set, ce dernier avait très nettement dominé les deux précédents et semblait se diriger tout droit vers une première demie en Australie (4/6, 3/6, 3-1, ab.).
Porté par une irrépressible et inhabituelle volonté d’écourter les échanges, le Serbe s'est montré bien trop imprécis (32 fautes directes) pour espérer rivaliser, affichant une attitude proche de la résignation jusqu’à ce terrible coup du sort. "Je ne sais pas quoi dire, ce sont des choses qui arrivent dans le sport, je peux en témoigner, a-t-il expliqué sur le court. Mais être en quarts de finale, mener deux sets à rien, avoir le contrôle total de la rencontre et devoir arrêter comme ça, c’est vraiment malheureux. Je lui souhaite de se rétablir rapidement, il aurait dû gagner aujourd’hui, je n’ai aucun doute."
Lucide, celui qui avait déjà bénéficié du forfait de Jakub Mensik au tour précédent sait pertinemment que sa qualification tient du miracle. "Je n’ai pas joué en huitièmes et aujourd’hui, j’ai gagné alors que j’aurais dû être battu au vu des deux premières manches, a poursuivi l’homme aux désormais 103 victoires à l’Open d’Australie. Je vais sans doute prier deux fois plus ce soir et remercier Dieu de m’avoir donné cette nouvelle opportunité. Je ferai de mon mieux dans deux jours pour m’en montrer digne."
Des suppliques qui devront s’accompagner d’une élévation drastique de son niveau de jeu face à son prochain adversaire, double champion en titre et qui l’a privé d’une nouvelle finale majeure à Roland-Garros puis Wimbledon l’an passé. Une fois encore, une montage à deux sommets semble s’ériger entre Novak Djokovic et ce 25e titre tant convoité… "Je veux atteindre la finale de chaque tournoi, en particulier en Grand Chelem, car ils sont la raison principale pour laquelle je continue de jouer au tennis, a-t-il réexpliqué en conférence de presse. Sont-ils (Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, ndlr) meilleurs que moi et que tous les autres joueurs du circuit actuellement ? Oui, ils le sont. Ils sont incroyables. C’est phénoménal de produire ce niveau de jeu mais est-ce que cela signifie que je vais entrer sur le court avec un drapeau blanc ? Non, je vais me battre jusqu’au dernier coup, jusqu’au dernier point et faire de mon mieux pour les challenger."
Sinner à la hauteur
Malgré quelques difficultés physiques aperçues au troisième tour et un huitième de finale sans panache bien que pleinement maîtrisé, Jannik Sinner n’a pas laissé le suspense s’installer ce mercredi contre Ben Shelton (6/3, 6/4, 6/4 en 2h23). Mais pouvait-il en être autrement pour le maître des lieux, qui restait sur 18 victoires de rang dans son jardin et 8 succès sans lâcher la moindre manche face à l’Américain ?
Auteur de 33 coups gagnants pour seulement 16 fautes directes, le quadruple vainqueur en Majeur n’a jamais vraiment eu besoin de serrer le jeu, exception faite d’une fin de deuxième set durant laquelle il n’était pas au mieux, physiquement parlant. Impeccable sur sa mise en jeu (78% de points gagnés derrière sa première, 65% derrière sa deuxième et 4/4 balles de break sauvées), l’Italien a pu pleinement concentrer ses efforts sur l’engagement adverse, se procurant la bagatelle de 12 opportunités de break tout au long de la rencontre. Ces moments de tension à répétition ont fini par avoir la peau d’un Shelton pourtant solide mentalement mais qui a craqué à trois reprises, laissant son adversaire rallier le dernier carré sans trembler, pour la troisième année consécutive Down Under.
Comme souvent ces derniers temps, il y retrouvera donc Novak Djokovic, qu’il avait détrôné au même stade de la compétition il y a deux ans et contre lequel il n’a plus perdu depuis les Finales ATP 2023 (cinq victoires). "C’est l’un des défis les plus difficiles que nous ayons à relever dans notre sport, a rappelé le principal intéressé en conférence de presse. Ça peut bien se passer mais ça peut aussi mal tourner, c’est comme ça que fonctionne le tennis et je ne veux pas me mettre plus de pression que ça. Je suis heureux d’être ici, heureux de disputer une nouvelle fois les demi-finales en Australie. C’est un endroit très spécial pour moi et nous espérons tous assister à un grand match."
Rybakina sur son nuage
Il ne s’agit pas d’une surprise mais bel et bien d’une confirmation. Opposée à Iga Swiatek en ouverture de programmation sur la Rod Laver Arena, Elena Rybakina a nettement dominé les débats afin de s’ouvrir les portes du dernier carré d’un Majeur pour la première fois depuis Wimbledon 2024 (7/5, 6/1 en 1h35). Breakée d’entrée puis contrainte de sauver trois nouvelles opportunités sur son engagement suivant, la Kazakhstanaise a petit à petit réglé la mire avant de se montrer intouchable, remportant huit des neuf derniers jeux de la rencontre. "Je suis vraiment ravie de cette victoire, a-t-elle confié sur le court. Avec Iga, nous nous connaissons très bien et j’ai simplement essayé de rester agressive. Dans le set inaugural, notre première balle ne fonctionnait pas donc nous avons toutes les deux essayé de mettre la pression au retour. Dans la deuxième manche, j’ai commencé à jouer plus librement, à mieux servir et je suis heureuse que ça ait fonctionné."
Qualifiée sans perdre la moindre manche depuis le début de la compétition, la championne des Finales WTA de Riyad affiche une forme étincelante ces dernières semaines. Seulement battue par Karolina Muchova en quarts de finale à Brisbane, elle reste sur une impressionnante série de 18 victoires lors de ses 19 dernières sorties, dont 8 face à des membres émérites du Top 10. "En fin de saison dernière, j’ai pris confiance en remportant des matchs très difficiles, a-t-elle confirmé face à la presse. C’est quelque chose que j’essaie de reproduire cette saison. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer et à travailler mais le plus important, c’est que j’essaie d’être agressive en toutes circonstances, je prends des risques. Aujourd’hui encore, plusieurs coups ont frôlé les lignes et je suis contente que ça ait tourné à mon avantage."
Une dynamique qui n’est pas sans rappeler celle qui lui avait permis d’atteindre la finale ici-même en 2023. "Cette année, je ne commence pas très bien mes matchs, je n’ai pas toujours de très bonnes sensations mais j’ai quand même réussi à gagner en deux sets à chaque fois. Physiquement, je me sens très bien. C’est difficile de comparer avec 2023 mais ce qui est sûr, c’est que je joue un peu mieux à chaque nouvelle rencontre", conclut-elle. Sa future adversaire est prévenue…
Pegula profite de l’aubaine
Une future vis-à-vis qui n’est autre que Jessica Pegula. Opposée à sa compatriote Amanda Anisimova – qui restait sur deux finales consécutives en Grand Chelem mais qui n’avait encore jamais battu son aînée en carrière –, l’Américaine a poursuivi son parcours sans encombre dans cet Open d’Australie, se montrant solide dans les moments importants tout en exploitant parfaitement les trop nombreuses erreurs de son adversaire (44 fautes directes). Un succès en deux manches (6/2, 7/6(1) en 1h35, et ce alors qu’Anisimova a servi pour le gain du deuxième set), qui la propulse pour la première fois dans le dernier carré à Melbourne, après trois tentatives manquées en 2021, 2022 et 2023. "Je suis vraiment satisfaite de ma performance aujourd’hui, a analysé la native de Buffalo face aux médias. Il y a eu beaucoup de revirements du début à la fin mais je pense que j’ai très bien joué et très bien servi. J’ai tenu le coup, je suis revenu dans le deuxième set pour l’emporter et j’ai fait preuve de résilience mentalement pour ne pas me frustrer à la fin."
Très souvent éliminée en quarts de finale dans cette catégorie de tournois par le passé, Pegula a brisé son plafond de verre lors de l’édition 2024 de l’US Open avant de récidiver un an plus tard, toujours à New York. Ce jeudi, elle participera ainsi à sa troisième demie majeure, toutes disputées à plus de 30 ans. "Je pense que ma façon d’appréhender le jeu est différente de celle des autres joueuses et c’est ma force, a-t-elle poursuivi. Ces deux dernières années, je me suis appuyée sur mes points forts : ma stabilité, ma force mentale et ma capacité à rester calme sur le court. Il faut être confiante lorsqu’on entre sur le court parce qu’on affronte des adversaires très coriaces. C’est une question de personnalité mais il faut aussi apprendre à intégrer tout ça dans le jeu."
Au contraire du tableau masculin, les affiches des demi-finales dames ne réuniront pas les quatre joueuses les mieux classées à la suite des éliminations de Coco Gauff, Iga Swiatek et Amanda Anisimova en quarts. Mais le quatuor final n’en est pas moins une ode à la régularité, à la forme du moment et promet des batailles acharnées à ne manquer sous aucun prétexte.