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Interview – Iva Jovic : confiance, ambitions et sérénité

La jeune Américaine s’exprime sur sa progression éclair, sa relation avec la terre battue, la transposition des valeurs de sa famille dans sa carrière sportive et ses espoirs pour l’avenir.

Iva Jovic / Huitièmes de finale Open d'Australie 2026
 - Reem Abulleil

Novak Djokovic a dit d’elle qu’elle "possède toutes les armes nécessaires pour devenir une championne et une n°1 mondiale".

Coco Gauff l’a décrite comme une joueuse "très solide, qui va à n’en pas douter continuer de faire des dégâts sur le circuit".

Jessica Pegula l’a surnommée "mini-moi", étayant son propos en citant sa prise de balle précoce, sa volonté de retourner fort au centre du court et sa faculté à modifier les trajectoires sur son revers.

Iva Jovic fait parler d’elle sur le circuit, et pour cause.

Classée 157e mondiale à la même période l’an dernier, l’Américaine de 18 ans pointe aujourd’hui au 18e rang, le meilleur classement de sa carrière, forte d’un bilan de 14 victoires pour 6 défaites depuis le début de la saison 2026.

En janvier, elle a marqué les esprits en accédant avec brio à son premier quart de finale en Grand Chelem à l’Open d’Australie, où elle est devenue la plus jeune Américaine à atteindre ce stade à Melbourne Park depuis Venus Williams en 1998.

En septembre dernier, elle s’est adjugé son premier trophée WTA à Guadalajara à 17 ans, ce qui a fait d’elle la plus jeune joueuse titrée sur le circuit féminin depuis Coco Gauff à Parme en 2021.

Ambitieuse et confiante, dégageant une sérénité déconcertante malgré son jeune âge, Jovic ne s’étonne pas outre mesure de sa progression météorique.

"C’est vrai que je ne m’attendais pas forcément à obtenir ces super résultats, voire certaines victoires. Mais en même temps, je sais que j’ai travaillé dur et qu’en général, les bonnes choses finissent par arriver quand on met les ingrédients nécessaires à l’entraînement, confiait-elle à Arab News le mois dernier. Donc oui, je suis surprise, mais pas tant que ça. C’est une chose de faire quelques bons résultats, mais le plus important pour moi, c’est la régularité. Je veux m’installer parmi les joueuses qui vont loin dans les tableaux sur tous les tournois."

Fidèle à son plan de bataille, elle a remporté 11 de ses 14 premiers matchs en 2026, atteignant le dernier carré à Auckland, la finale à Hobart et, donc, les quarts à l’Open d’Australie. Consciente de son statut (tout relatif) de novice sur le circuit, elle apprend très vite au fil de l’eau.

"C’est une question de maturité. C’est clair que je suis jeune, mais je crois que par certains aspects, je suis plus mûre que d’autres au même âge, a-t-elle récemment confié à rolandgarros.com. Du coup, j’arrive à avoir une vision plus pragmatique sur le court et j’essaie de mettre mes émotions de côté, car sinon, c’est difficile d’avoir les idées claires. Donc oui, je suis encore en phase d’apprentissage, mais en restant lucide par rapport à ce qui se passe sur le court. J’essaie de me poser les bonnes questions, de réfléchir à ce que je fais, car le tennis ne se résume pas à taper dans la balle. Et en général, ça m’aide à comprendre les choses."

Plusieurs cordes à son arc

Jovic est aujourd’hui la plus jeune joueuse du Top 100, mais ses débuts dans le tennis ne se sont pas passés aussi naturellement que sa transition vers le circuit professionnel.

En effet, cette touche-à-tout a eu du mal à faire son choix parmi les sports qu’elle a pratiqués dans son enfance, notamment la natation et le football. Finalement, c’est la période du Covid qui a agi comme un déclic pour le tennis, discipline sans risque et sans contact permettant de respecter les distances sociales.

"Ce n’est qu’à 14-15 ans que j’ai commencé à obtenir de bons résultats dans les tournois nationaux, se souvient-elle. Et ensuite, je suis devenue accro à la victoire et à tout le processus autour. C’est pourquoi j’ai décidé de me concentrer sur le tennis. Mais c’est une bonne chose : j’ai fait mon choix de façon naturelle, sans y être forcée."

Jovic pense d’ailleurs que son passage par plusieurs sports lui a été extrêmement bénéfique, la natation ayant contribué à son développement musculaire et le football ayant fait des merveilles pour son jeu de jambes sur le court.

"C’est vraiment très utile pour le tennis. Je recommande vraiment à tous les jeunes qui se mettent au tennis de jouer au foot. Peut-être que ça m’a un peu retardée dans ma progression sur le plan technique, mais ce n’est pas une course, il vaut mieux faire les choses dans cet ordre que l’inverse", estime-t-elle, au sujet de son profil multisport.

"Tout ce que je voulais, je suis allée le chercher"

Iva est née à Torrance, en Californie, d’un père serbe et d’une mère croate. Pharmaciens, ses parents Bojan et Jelena ont émigré aux États-Unis au début des années 2000, lorsque sa mère a obtenu une carte verte à la loterie organisée dans le cadre du programme "visa diversité".

Outre-Atlantique, ils ont veillé à ce qu’Iva et sa sœur Mia sachent parler serbe. La famille se rend d’ailleurs régulièrement à Belgrade et Leskovac, histoire d’entretenir son lien avec ses racines.

"Je me sens vraiment privilégiée d’avoir ce bagage culturel varié et, bien entendu, les États-Unis sont un pays d’une grande diversité", se réjouit l’intéressée.

"Mes parents avaient dans les 25-30 ans quand ils sont arrivés aux États-Unis, donc ils avaient à cœur qu’avec ma sœur, on parle la langue. Quand on était gamines, ils nous la faisaient un peu à l’envers en nous disant qu’ils ne parlaient pas anglais, tout ça parce qu’ils tenaient vraiment à ce qu’on apprenne le serbe", se souvient-elle

"Donc ma sœur a suivi des cours d’anglais au début, car notre première langue, c'était le serbe. C’est super de pouvoir communiquer avec nos oncles, nos tantes et nos grands-parents en serbe, parce qu’ils ne parlent pas trop anglais. En anglais, ils ne seraient pas aussi marrants et ça ne serait pas naturel."

"J’ai en tête l’histoire de mes parents, les conditions dans lesquelles ils ont immigré sans avoir grand-chose en poche. Ils sont arrivés dans une grosse ville comme Los Angeles, où la vie est très chère. Alors ils ont travaillé très dur. J’ai donc compris que rien ne tomberait du ciel pour moi. Tout ce que je voulais, je suis allée le chercher."

L’ocre lui va bien

Iva Jovic a fait ses débuts à Roland-Garros l’an dernier après avoir décroché son ticket pour le tableau principal en remportant l’USTA Wild Card Challenge.

Après s’être imposée au premier tour face à Renata Zarazua, elle s’est inclinée face à une championne en Grand Chelem, Elena Rybakina.

Là où de nombreuses Américaines sont peu à l’aise sur terre battue, Jovic se sent bien sur cette surface, comme en témoigne son respectable bilan de 17-6 toutes catégories de tournois confondues. Elle qui a remporté le W100 de Charlottesville en 2025 compte deux victoires et deux défaites sur ocre sur le circuit WTA.

"Au début, c’était un peu une plongée dans l’inconnu. Il y a deux ans, je n’avais encore jamais joué sur terre battue, je ne savais pas glisser, rappelle l’intéressée. Mais j’ai travaillé dur pour progresser. L’an dernier, j’ai fait de gros blocs d’entraînement. En fait, j’ai passé l’essentiel de ma présaison sur terre. Je me déplace beaucoup mieux et je me dis que j’ai des atouts à faire valoir sur toutes les surfaces. D’ailleurs, mes résultats sont assez uniformes. Je ne suis pas la joueuse américaine type qui n’aime pas la terre battue. Ça me réussit un peu mieux."

Et d’ajouter : "Paris, c’est un tournoi à part. Le public est à fond. C’est très petit, mais j’aime bien. En fait, il y a plein de charme et on se sent très proche du centre de la ville et de tout ce qu’il a à offrir. Donc oui, Paris, c’est autre chose. Bien entendu, on ne retrouve cette terre battue nulle part d’ailleurs. C’est la meilleure terre battue du monde. Donc ça me tarde vraiment d’aller bientôt là-bas."

Elena Rybakina & Iva Jovic / Deuxième tour Roland-Garros 2025

Elena Rybakina & Iva Jovic / Deuxième tour Roland-Garros 2025

Des ambitions élevées

À Melbourne en janvier, Jovic a découvert le statut de tête de série en Grand Chelem et elle pourrait bien porter l’un des 16 premiers dossards à Roland-Garros, ce printemps. L’Américaine ne se plaindrait pas d’éviter les grosses clientes lors des premiers tours, reconnaissant avoir besoin d’un peu de temps pour se mettre en route dans les tournois.

Comme les bonnes choses n’arrivent jamais seules, ses prouesses australiennes lui ont valu d’empocher un joli prize money, qu’elle ne s’est certainement pas empressée de consacrer à des achats matériels.

Tout en reconnaissant son manque d’expertise sur le volet financier de son activité, elle garde les pieds sur terre : "Je ne dépense pas beaucoup. Je ne fais pas de folies. Ça n’a quasiment pas d’importance pour moi. J’aime tout simplement passer du temps avec les gens que j’aime".

"Avoir de belles choses, ce n’est pas ce qui compte pour moi. Ce qui compte, c’est que je suis à l’aise financièrement et que j’ai gagné assez d’argent pour le réinjecter dans ma carrière avec un encadrement de qualité et du bon matériel, ce qui n’est pas vraiment possible quand on est junior ou si l’on n’est pas issu d’une famille très fortunée. Donc je suis contente de pouvoir investir là-dedans."

Mesurée dans ses dépenses, Jovic n’a en revanche pas de limite quand il s’agit de se fixer des objectifs. 

"Quand on s’investit, c’est important de savoir où on veut aller. J’ai des objectifs qui sont spécifiques au tennis, des compartiments de mon jeu sur lesquels je sais que je dois m’améliorer, explique-t-elle. Et puis je me fixe bien entendu des objectifs sur le plan des résultats. Ils sont généralement assez ambitieux, car même si je ne les atteins pas, je sais que j’irai loin en les visant."

Serena, l’idole suprême

Assez proche des têtes d’affiche américaines du moment, Iva a récemment été invitée dans le podcast Player Box animé par Jessica Pegula, Madison Keys, Jennifer Brady et Desirae Krawczyk.

Celle qui s’entraîne régulièrement avec Keys, basée comme elle à Orlando, en Floride, a la sensation de s’être bien intégrée parmi ses compatriotes.

Toujours côté américain, mais dans une autre catégorie, la jeune joueuse ne serait certainement pas contre un retour de Serena Williams sur le circuit. Cela tombe bien, la Queen aux 23 titres en Grand Chelem a laissé entendre qu’elle pourrait reprendre la compétition dans un futur proche.

"Oh là là, ce serait extraordinaire, s’exclame-t-elle. Je ne connais pas ses intentions, mais personnellement, j’adorerais la voir revenir. Je ne l’ai jamais vue en personne. Elle a pris sa retraite avant que je vive tout ça, mais il faudrait que je me retienne d’aller la voir ou de lui demander une photo, car c’est l’idole suprême, vraiment."

Autre idole que Jovic admire depuis longtemps, Djokovic a déclaré en Australie qu’il se sentait "uni par un lien émotionnel" avec la talentueuse joueuse, compte tenu de leurs racines serbes.

Il l’a ainsi conseillée au cours de son parcours jusqu’en quarts de finale à Melbourne et ils ont été aperçus en train de discuter sur le court à Indian Wells.

Force est de constater que sa stratégie consistant à "continuer à écouter Novak" est en train de porter ses fruits.

Le temps dira si les prévisions de Djoko concernant l’avenir de Jovic se vérifieront, mais en tout cas, l’intéressée montre déjà qu’elle possède toute la panoplie d’une star en puissance.