Alexander Bublik nous parle de son entrée dans le Top 10, compare l’époque du Big 3 à l’ère Sincaraz et affirme sa volonté de profiter des projecteurs qui se braquent de plus en plus sur le tennis.
Alexander Bublik : "Pourquoi ne pas essayer d’aller le plus haut possible ?"
Le spectaculaire Kazakhstanais est bien décidé à tirer le maximum de sa récente ascension au classement.

Flashback. À cette même période l’an dernier, Alexander Bublik a une conversation avec Gaël Monfils à Dubaï qui contribue à infléchir le cours de sa saison.
Membre du Top 50 durant l’essentiel des six années précédentes, il connaît alors un début d’exercice poussif (huit défaites pour deux victoires) qui le voit dégringoler au classement. Auprès de "La Monf", il s’épanche sur le niveau de difficulté sans précédent atteint sur le circuit, où tous les joueurs sont devenus "super professionnels". Lui ne se sent pas capable de se plier à une telle discipline. De toute façon, il n’en a pas envie.
Bublik a longtemps cultivé la volonté d’entretenir un bon équilibre "pro-perso", lui qui a un jour déclaré que le tennis ne représentait que 50 % de sa vie, le reste étant consacré à sa famille, ses amis et d’autres facettes de son existence.
Le conseil de Gaël est simple. Convenant du fait que le circuit est devenu un environnement de plus en plus exigeant, le Français ajoute une nuance : "Attends que les occasions se présentent. Tu as des occasions, alors saisis-les. Si tu les gâches, c’est ton problème".
Cette discussion résonne en lui et il arrête de se plaindre.
Very good trip
Peu après, à Indian Wells, où il se présente avec le dossard de 82e mondial, le Kazakhstanais se fait sortir au premier tour par un qualifié. Son entraîneur lui suggère alors une petite virée à Las Vegas pour se vider la tête avant de jouer le Challenger de Phoenix.
"Il me dit : 'Mec, si tu joues comme ça, on n’a plus notre place dans le tennis, on n’est plus dans le coup pour aller à Wimbledon", se rappelait l’intéressé en conférence de presse à Roland-Garros l’an dernier.
Écoutant le conseil de son entraîneur, Bublik loue une voiture et se rend donc à Las Vegas pour déconnecter pendant quelques jours avec son épouse. Après un séjour au Bellagio ponctué de dîners en amoureux et d’expéditions au casino, il se met sur la route de Phoenix. Mais entre le Nevada et l’Arizona, il se rend compte que leur véhicule hybride n’a plus d’essence ni d’électricité.
Heureusement, un cowboy leur vient en aide et Alexander arrive à Phoenix trois heures à peine avant son entrée en lice, ce qui ne l’empêchera pas d’atteindre la finale quelques jours plus tard. Et après une élimination précoce à Miami, il va surprendre tout le monde, lui le premier, en réalisant la meilleure saison de sa vie sur terre battue.
Le rebond
Classé au 76e rang mondial au début de la saison sur ocre, surface qu’il affectionne le moins, il commence par s’incliner au premier tour des qualifications de Monte-Carlo, avant de terminer sur un impressionnant bilan de 23-6 ! À son actif : le Challenger de Turin, deux titres coup sur coup à Gstaad et Kitzbühel en juillet, mais surtout une première accession aux quarts de finale d’un Grand Chelem, à Roland-Garros. Qui l’eût cru ?
Entretemps, il montre qu’il n’a pas perdu la main sur herbe en s’imposant à Halle, ce qui lui permet de pointer au 25e rang mondial après Kitzbühel.
Bublik expliquera plus tard que cette fantastique série tenait au fait qu’il s’était retrouvé dos au mur. Se voyant glisser irrémédiablement vers le mauvais côté de la barre fatidique du top 100, il a décidé de se recentrer.
"J’ai pris les matchs beaucoup plus au sérieux, parce que je ne me voyais pas sortir du top 100 et ne plus être en mesure de disputer les tournois que j’aime, parce que j’ai encore le courage nécessaire pour jouer au tennis."
Le Kazakhstanais a terminé l’année 2025 au 11e rang mondial et débuté 2026 avec l’objectif d’intégrer le Top 10 pour la première fois de sa carrière.
Pensait-il qu’il allait cocher cette case dès la première semaine de la nouvelle saison ? Sûrement pas. Et pourtant, c’est bien ce qu’il a fait après son parcours victorieux à l’ATP 250 de Hong Kong.
"Quand j’ai gagné, j’ai ressenti beaucoup de joie, car j’ai réalisé que j’entrais dans le Top 10, puis une sensation de vide", a-t-il récemment raconté sur le podcast Nothing Major.
"J’étais en mode : 'Je suis censé faire quoi maintenant ? Je dois jouer l’Open d’Australie et 25 autres tournois peut-être. Il va falloir trouver la motivation. La première chose que j’ai dite à mon équipe à la sortie du court, c’est : 'Super, félicitations, mais quels sont les objectifs, maintenant ? Il faut remettre les choses à plat et voir ce qui est dans nos cordes'."
Fidèle à son approche
Cette saison, Bublik affiche actuellement un bilan de 12-4, avec le deuxième meilleur total de victoires sur le circuit ATP depuis le début de l’année. En plus de son titre à Hong Kong, il a atteint les huitièmes à l’Open d’Australie et le dernier carré à Rotterdam.
Émargeant à la 10e place mondiale, il est conscient que seuls 1 150 points le séparent du 4e rang mondial.
"En gros, je n’ai pas de points à défendre jusqu’à Roland-Garros, alors pourquoi ne pas essayer d’aller le plus haut possible ?, lance-t-il. Peut-être que ça ne marchera pas, mais au moins, je me suis déjà fixé mon principal objectif, ensuite on verra bien. Pour l’instant, il s’agit de gagner autant de matchs que possible, de bien jouer au tennis et d’être solide."
Tête de série n°2 à Dubaï la semaine dernière, Bublik s’y est incliné en huitièmes de finale. Malgré les gros enjeux qui correspondent désormais à son nouveau statut de Top 10, c’est un joueur détendu qui s’est présenté en conférence de presse avant le tournoi, assurant qu’il n’avait aucune intention d’abandonner son approche décalée du tennis.
"Pourquoi changer ? Je fais les choses comme je le sens, explique l’artiste. Je vis la vie à ma manière, avec toute la joie que me procure le tennis. Finalement, ce n’est qu’un jeu. Il faut envoyer la balle de l’autre côté du filet et espérer que ça se passe bien."

Le niveau du "Big 3", une autre planète
Quand on l’interroge sur les ingrédients qu’un joueur devrait réunir pour atteindre le niveau des Novak Djokovic, Rafael Nadal et autres Roger Federer, Bublik fournit, sans surprise, une réponse très cash.
"Pour égaler Nadal, Federer et Djokovic, il faut être un extraterrestre ou pas loin. Selon moi, c’est pratiquement impossible d’atteindre ce niveau, c’est trop exigeant à mes yeux. Il faut être hors norme", médite-t-il.
"Il faut que tout soit réuni. Il faut vraiment en avoir la volonté et ça demande de tout sacrifier à côté. Comme je l’ai dit, c’est inconcevable à mes yeux. Mais c’est à ça qu’ils doivent leur grandeur, je pense."
Bublik essaie aujourd’hui de rivaliser avec deux futurs membres du Hall of Fame, Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, qui ont trusté les neuf dernières levées du Grand Chelem et évoluent plusieurs classes au-dessus des autres au sommet de la hiérarchie.
À l’aise avec la nouvelle vague
Passé pro en 2016, Bublik a connu la fin de l’ère du Big 3, mais n’a affronté que Djokovic, une fois, en Coupe Davis.
"Je trouve que les jeunes apportent de la fraîcheur au tennis, estime-t-il, quand on l’invite à comparer la génération actuelle avec la précédente. Grâce à leur jeunesse, ils ont un côté plus cool, plus fun, d’une certaine manière. Moi, j’ai quoi, 15 ans de moins que Roger ? Et je dois avoir 11 ans de moins que Rafa et Novak, contextualise le joueur de 28 ans. Pour moi, il s’agissait surtout de les admirer et de les regarder jouer, pas vraiment d’être à leurs côtés. On n’est pas amis, on ne peut pas l‘être."
"Mais avec Carlos et Jannik, c’est un peu plus facile d’établir un lien, des relations amicales, car j'étais sur le circuit quand ils sont arrivés. Je trouve qu’ils apportent de la fraîcheur au tennis. C’est sympa de voir Carlos s’exprimer, avec son tempérament de feu, il est très marrant, très bruyant. Il a du style, avec ses tenues complètement dingues."
"Jannik fait davantage dans la classe et l’élégance. Il a une approche plus froide, sur le court en tout cas. Parce qu’en dehors du court, il est très sympa. C’est super de jouer à la même période qu’eux. C’est génial de les affronter et d’arriver à les mettre parfois en difficulté."
L’époque dorée du tennis
Dans un autre registre, Bublik ne boude pas son plaisir de voir le tennis s’inviter dans la pop culture depuis un ou deux ans. Qu’il s’agisse de cinéma, d’émissions télé, de mode ou d’autres facettes des tendances actuelles, la balle jaune ne se cantonne plus aux lignes blanches qui délimitent les courts. Conscients de cette transition, les joueurs en profitent pleinement.
"J’ai quelque chose comme 1,5 million de followers, avance le fantasque Bublik. Je ne suis pas sûr que j’en aurais eu autant si j’avais joué à l’époque de Roger et Rafa, car le tennis était moins relayé. On s’intéressait plus aux résultats qu’aux à-côtés insolites. Mais maintenant, il y a des joueurs qui ont plus d’un million d’abonnés."
"On parle de gars comme Nick (Kyrgios), comme moi, des gars qui n’ont pas eu le même succès que ces joueurs, loin de là. Et pourtant, on a plein de followers, plein de fans. Dans nos pays respectifs, on nous demande pour tourner dans des films. Je reçois des propositions. Dans mon pays, c’est aussi entré dans la pop culture et je trouve ça génial."
“Je pense à un joueur comme Joao Fonseca, par exemple. Il a gagné un tournoi ATP et c’est déjà une star, une vraie star. Il a une fan base. Il a des gens qui le suivent sur ses tournois."
"Donc c’est vraiment bien de voir les mentalités évoluer dans le tennis et en dehors du tennis aussi, car on peut montrer un visage différent en dehors de notre sport. On peut faire tout un tas de choses : du cinéma, de la musique, tout ce qui peut susciter un intérêt. Et avec l’omniprésence des réseaux, tu peux attirer des tas de gens en dehors du tennis. On peut déjà avoir beaucoup d’impact."
Impact, un mot qui résume parfaitement les derniers mois de Bublik.