Quand les chats ne sont pas là, les souris dansent. En l’absence de Jannik Sinner – vainqueur des trois premiers Masters 1000 de l’année –, de Carlos Alcaraz (forfait à Barcelone mais aussi à Madrid cette semaine) et d’Aryna Sabalenka, les lieutenants ont pris le pouvoir avec force et autorité sur les différents courts en terre battue d'Europe. A un mois du début de Roland-Garros, les enseignements sont déjà nombreux.
ATP / WTA : la relève de la garde
Arthur Fils, Elena Rybakina, Ben Shelton et Marta Kostyuk vont devoir faire de la place dans leur armoire à trophées après cette excellente semaine.

Fils, des lendemains qui chantent
Une finale à l’ATP 500 de Doha, un quart à Indian Wells puis une demie à Miami : on savait qu’Arthur Fils était bien de retour – après une saison 2025 gâchée par une blessure au dos – et il ne lui manquait plus qu’un titre pour valider ce furieux come-back. C’est désormais chose faite grâce à un quatrième trophée soulevé en carrière sur l’ocre de Barcelone, le premier depuis Tokyo en 2024. "Je tiens à chaleureusement remercier mon équipe, a-t-il lancé lors de la cérémonie. Nous avons fait un sacré travail, après huit mois de bataille contre une blessure. Mais nous sommes de retour sur les courts et nous avons remporté ce trophée. J’en suis vraiment ravi."
Pour devenir le deuxième joueur français à remporter ce tournoi ATP 500 après Thierry Tulasne en 1985, le protégé de Goran Ivanisevic est passé par toutes les émotions, ce qui rend ce sacre encore plus beau. Il a d’abord frôlé la sortie de piste en sauvant deux balles de match dès son entrée en lice face à son compatriote Terence Atmane, avant de dérouler son tennis puissant et agressif contre Brandon Nakashima et Lorenzo Musetti, tête de série n°2 de la compétition. Il s’est ensuite offert une 100e victoire sur le circuit professionnel en renversant le prodige espagnol Rafael Jodar (3/6, 6/3, 6/2 en 1h52).
Opposé à Andrey Rublev – également de retour à un excellent niveau – sur la dernière marche, le natif de Bondoufle a outrageusement dominé les débats, jusqu’à mener 6/2, 5-2, assommant son adversaire par sa vélocité et ses coups de boutoir d’une précision imparable. Seulement, au moment de mettre un point final à la partie, la machine s’est quelque peu enrayée et "Rublo" en a profité pour sauver trois balles de match, instillant le doute grâce à quatre jeux remportés consécutivement.
Sur le point de perdre une manche qui semblait pourtant en poche quelques minutes auparavant, Fils a fait preuve de caractère pour débreaker avant de nettement prendre le dessus dans le jeu décisif (6/2, 7/6(2) en 1h40). "C’était terrible, a-t-il avoué à propos de cette fin de match. A la fin du deuxième set, tout s’est joué sur le mental. J’étais un peu tendu durant toute la rencontre mais j’ai bien joué pendant un set et demi avant de trop réfléchir au moment de conclure. Mais je suis très heureux de la façon dont j’ai joué le tie-break."
Ce sacre libérateur et acquis avec la manière – suivi du traditionnel saut dans la piscine en compagnie des ramasseurs de balles – tombe à pic pour le nouveau n°1 français (désormais 25e mondial, une place devant Arthur Rinderknech), qui espère briller dans "son" Grand Chelem, Porte d’Auteuil. Un espoir plus que légitime, si l’on en croit les mots prononcés par son adversaire à l’issue de la finale. "Tu joues de manière incroyable, a analysé Andrey Rublev. Avec le niveau que tu as affiché aujourd’hui et plus globalement ces dernières années, tu as prouvé que tu faisais partie des meilleurs joueurs du circuit. Après une si longue absence, revenir et jouer comme ça, c’est fantastique. Je suis vraiment heureux pour toi."
Rybakina en terrain connu
Privée de titre puis de finale à Indian Wells et Miami par Aryna Sabalenka, la n°2 mondiale Elena Rybakina a repris sa moisson de lauriers. Pour la première fois de sa carrière, elle a doublé la mise lors d’un même événement, en s’adjugeant le WTA 500 de Stuttgart (qu’elle avait déjà remporté en 2024). "Je me sens vraiment comme chez moi ici, j’ai envie de revenir tous les ans, a-t-elle expliqué au moment de recevoir sa 13e récompense en carrière. Je suis très heureuse d’avoir remporté ce titre, c’est agréable de gagner ce tournoi pour la deuxième fois."
A l’image d’Arthur Fils, la championne de l’Open d’Australie a joué avec le feu en sauvant deux balles de match lors d’un quart de finale marathon face à Leylah Fernandez (6/7(5), 6/4, 7/6(6) en 3h00) avant de pleinement prendre la mesure de Mirra Andreeva dans le dernier carré puis de Karolina Muchova en finale, sur le même score (7/5, 6/1).
Une très bonne manière de démarrer la saison sur terre battue, avant de prendre part au tournoi madrilène, dans l’optique de préparer au mieux le deuxième Grand Chelem de la saison. Du côté de la Caja Magica, "Lena" pourrait même combler une partie du fossé qui la sépare du trône mondial puisqu’elle n’aura que 85 points à défendre, contre 1000 pour Sabalenka.
Mais l’actuelle dauphine assure ne pas faire de calculs. "Je ne me concentre pas sur les points et le classement, a-t-elle confirmé face à la presse. Je sais que mon équipe y jette un œil de temps en temps mais ce n’est pas l’objectif. Le plus important pour nous, c’est que je sois régulière et que je fasse de mon mieux parce qu’on ne peut pas contrôler la façon dont les autres joueuses vont évoluer. Il faut juste travailler et continuer de performer dans les grands tournois. J’espère pouvoir poursuivre sur la même dynamique lors des prochaines échéances."
Shelton, une revanche sur le destin
Il y a un an, presque jour pour jour, Ben Shelton s’inclinait en finale de l’ATP 500 de Munich face au chouchou du public, Alexander Zverev. Ce dimanche, l’Américain est devenu le premier représentant de la bannière étoilée à remporter un tournoi de cette catégorie (ou mieux) sur ocre depuis le sacre d’Andre Agassi à Rome en 2002. "J’ai de grandes ambitions sur terre battue, a commenté le huitième-de-finaliste de l’édition 2025 de Roland-Garros. Je veux m’améliorer chaque année et c’est petit à petit en train de devenir ma surface préférée."
Et ce n’est pas son parcours en Allemagne qui va lui donner tort. Tombeur en trois manches d’Emilio Nava et de Joao Fonseca, "Big Ben" est progressivement monté en puissance pour se défaire d’Alexander Blockx, d’Alex Molcan et enfin de Flavio Cobolli en finale (6/2, 7/5 en 1h30). "J’ai démarré le match avec un excellent niveau, a détaillé celui qui n’est plus qu’à 30 points du 5e rang au classement ATP. Le plus difficile contre Flavio, c’est de maintenir ce niveau lorsqu’il intensifie son jeu. Mais j’ai réussi à le faire durant le deuxième set et j’ai joué un excellent tennis. Je suis satisfait de mes performances cette semaine, je me suis amélioré au fil des matchs et je suis content du travail réalisé avec mon équipe."
Kostyuk, un sacre pour l’histoire
Pour la première fois de l’histoire du circuit WTA, deux joueuses ukrainiennes étaient opposées en finale. Sur la dernière marche du tournoi 250 de Rouen, Marta Kostyuk a pris le meilleur sur la surprise de la semaine, Veronika Podrez, issue des qualifications (6/3, 6/4 en 1h21). Tombeuse notamment de Sloane Stephens, Elisabetta Cocciaretto et Katie Boulter avant de profiter du forfait de la tête de série n°2 Sorana Cirstea en demi-finales, la jeune joueuse de 19 ans a craqué face à la force et la justesse des frappes de son ainée, titrée pour la deuxième fois de sa carrière.
Mais pour les deux joueuses et particulièrement pour Kostyuk, l’essentiel était ailleurs à l’occasion de ce match historique pour l’Ukraine. "Cette rencontre n’était pas un match comme les autres, a rappelé la championne à l’issue de la partie. C’était un moment historique pour le tennis ukrainien puisque c’était la première fois que deux Ukrainiennes s’affrontaient en finale. Je sais le travail, les sacrifices, les larmes et la sueur que ce sport exige pour pouvoir se retrouver à ce stade de la compétition. Je suis incroyablement fière du tennis ukrainien. Nous avons cinq joueuses classées dans le Top 100 mondial et j’espère que ce match – mais aussi Veronika et moi-même – pourra inspirer davantage d’enfants à s’essayer à ce sport, à prendre une raquette en main pour la première fois et à profiter pleinement de l’émotion, de la passion et de tout ce que le tennis procure."