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1976 - Un jour, un point culte : le plongeon de Panatta

A l’occasion de Roland-Garros 2026, replongez-vous dans les éditions anniversaires du tournoi.

L'édition 1976 est indissociable du destin d'Adriano Panatta, vainqueur cette année-là de son unique titre du Grand Chelem au terme d’un parcours romanesque, marqué notamment par le sauvetage miraculeux d’une balle de match au premier tour, puis un exploit contre Björn Borg en quarts de finale.
Le mot revient souvent pour qualifier ce Roland-Garros 1976 et le sacre d'Adriano Panatta, 25 ans, Romain de cape et d'épée, joueur d'attaque au toucher soyeux et au tempérament flamboyant. Un sacre qui, avant même la finale qu'il remporte face à Harold Solomon, reste associé à deux épisodes devenus mythiques.
Il y a d'abord cette balle de match sauvée au premier tour contre le Tchèque Pavel Hutka. Ereinté à son arrivée à Paris, deux jours après un titre à Rome où il a (déjà) sauvé… 11 balles de match au premier tour contre Kim Warwik, Panatta se retrouve de nouveau au bord du précipice. Mené 9-10 au cinquième set, il efface une balle de match au prix d'un plongeon désespéré, transformé en volée de revers gagnante.
Un coup mythique, mais aussi historique puisque Panatta devient deux semaines plus tard le premier joueur de l'ère Open à remporter Roland-Garros après avoir été à un point de l'élimination en chemin. Rod Laver avait déjà survécu à un tel miracle, en 1962. Et il faudra attendre Gustavo Kuerten, en 2001, pour voir un scénario comparable se produire.
Le deuxième acte majeur se joue en quarts de finale, face à Björn Borg, double tenant du titre. Panatta l'emporte en quatre sets (6/3, 6/3, 2/6, 7/6) et met un terme – provisoire – au règne du Suédois. Éprouvé mentalement après un long combat en huitièmes contre le Français François Jauffret (10-8 au cinquième set), Borg s'accroche jusqu'au bout, revenant de 5-3 à 5-5 dans le quatrième set, en sauvant trois balles de match. Mais il s'écroule au jeu décisif.
Panatta, décidément, ne lui réussit pas. Il l'a en effet battu à six reprises au total, dont déjà une première fois trois ans plus tôt, en 1973 (en huitièmes), lors de sa toute première apparition à Roland-Garros. Borg avait alors 17 ans. L'Italien restera l'unique joueur à l'avoir battu Porte d'Auteuil. Pas une fois, donc. Mais deux.
Dans un tournoi par ailleurs marqué par l'absence du n°1 mondial Jimmy Connors, suspendu en raison de sa participation aux Intervilles, les quarts de finale sont aussi le théâtre d'une autre surprise de taille : la défaite de Guillermo Vilas, battu par Harold Solomon (tête de série n°7), lui aussi en quatre sets (6/1, 0/6, 7/6, 6/1).
Logiquement, Panatta et Solomon se retrouvent quelques jours plus tard en finale avec un petit contentieux en toile de fond. Ils viennent de s'affronter à Rome lors d’un quart houleux que l'Américain, persuadé d'être victime d'un arbitrage "maison", a préféré abandonner… alors qu'il servait pour le match à 5-4 au troisième set !
Dans les vestiaires, avant la finale, l'Italien toise son adversaire, qui lui rend plus de 15 cm (1,68 m contre 1,85 m). "Je lui ai dit : 'mais regarde-toi, tu es si petit, comment penses-tu pouvoir me battre ?’", racontera-t-il plus tard. Peut-être aussi une manière de se détendre, lui qui s'est blessé bêtement le matin même de la finale, une portière de voiture lui ayant claqué sur la main.

Adriano Panatta lors de l'édition 1977 de Roland-Garros
La finale, jouée sous un grand soleil, sera donc chaude dans tous les sens du terme. Entre l'offensif Italien et l'Américain connu pour ses moonballs et son revers à deux mains, l'opposition de styles est totale. Panatta semble d'abord voler vers un succès aisé lorsqu'il se détache deux sets à rien, break dans le troisième. Mais son adversaire, fidèle à sa réputation, refuse d'abdiquer.
Solomon arrache ce troisième set et réussit encore une belle remontée dans le quatrième, où il mène 6-5. Le Transalpin plie mais ne rompt pas. Il serre le jeu et survole finalement le tie-break pour s'imposer 6/1, 6/4, 4/6, 7/6. Longtemps avant l'avènement de Jannik Sinner, il devient le deuxième Italien à remporter un titre majeur, après Nicola Pietrangeli, auteur du doublé à Paris en 1959 et 1960.
Chez les dames, dans un tournoi marqué par l'absence de nombreuses stars et notamment des deux géantes du circuit, Chris Evert et Martina Navratilova (suspendues), la Britannique Sue Barker, 20 ans, tête de série n°1, ne laisse pas passer l'occasion elle non plus d'ouvrir son palmarès en Grand Chelem. Et ce au terme d'un parcours héroïque, marqué par quatre victoires consécutives en trois sets, dont la finale face à la Tchèque Renata Tomanova (6/2, 0/6, 6/2). Elle devient ainsi la première joueuse britannique à remporter Roland-Garros depuis Ann Jones dix ans plus tôt, en 1966.
Dates : 31 mai-13 juin
Finale hommes : A. Panatta (ITA) b. H. Solomon (USA) 6/1, 6/4, 4/6, 7/6
Finale dames : S. Barker (GBR) b. R. Tomanova (RTC) 6/2, 0/6, 6/2