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Stan Wawrinka : "J’ai grandi avec Roland-Garros, c’est ancré en moi"

Le vainqueur de Roland-Garros 2015 met fin cette saison à sa remarquable carrière.

Stan Wawrinka / Premier tour - Roland-Garros 2025
 - Alex Sharp

Seule une poignée de joueurs peut se targuer d’avoir régulièrement glané des trophées à l’époque de l’écrasante domination du Big 3, au 21e siècle. Aux côtés des Andy Murray, Juan Martin del Potro et autres Dominic Thiem, sacrés en Grand Chelem et retirés des courts, Stan Wawrinka, champion de Roland-Garros 2015, fait naturellement partie des premiers noms qui viennent à l’esprit. À 41 ans, "Stan The Man" fait toujours parler sa raquette sur le circuit, où il reste une attraction, avec pour coup signature son inimitable revers à une main. Nous avons pris le temps de nous entretenir avec la star vaudoise, en amont de sa dernière campagne Porte d’Auteuil. Car oui, le Suisse va tirer sa révérence à la fin de la saison.

Les yeux qui s’illuminent

Dans le splendide cadre du Challenger d’Aix-en-Provence, comme partout dans le monde, les tribunes sont pleines pour soutenir "Stanimal", qui déclenche les cris d’admiration du public à chacune des "gifles" dont il a le secret. L’ancien n°3 mondial prend tout son temps pour satisfaire les demandes d’autographes et de selfies, profitant pleinement de ses derniers instants dans la peau d’un tennisman professionnel.

Quand vient le moment de l’entretien, impossible de ne pas voir les yeux de cette légende des temps modernes s’illuminer dès qu’il est question de Roland-Garros.

"Roland-Garros, pour moi, ça remonte à l’enfance, raconte le natif de Lausanne. On est en mai-juin et c’est le début des vacances. Pour moi, ça reste les meilleurs souvenirs. Tu rentres de l’école et tu regardes tous les matchs à la télé. Ça m’est souvent arrivé d’y passer des journées entières. Je m’en souviens très bien."

Hypnotisé par la célèbre terre battue de la Porte d’Auteuil depuis son canapé, Wawrinka ne va pas tarder à glisser et briller dessus. À Roland-Garros 2003, il sort vainqueur d’un tournoi juniors également disputé par Djokovic et Murray.

"Ç’a été une surprise, car c’était le seul Grand Chelem que j’avais disputé en juniors cette année-là (2003). Je faisais davantage des tournois Satellite et Future pour prendre des points", se rappelle celui qui compte 16 titres ATP à son palmarès.

"Ma première vraie expérience en Majeur a été extraordinaire. J’avais eu un tirage super difficile. Je savais que je jouais bien, mais j’ai été très surpris de gagner, au vu du niveau des meilleurs joueurs de mon âge. Je ne l’oublierai jamais."

Stan Wawrinka vainqueur junior Roland-Garros 2003 boy's junior champ.

La modestie du champion

Deux ans plus tard, le Suisse se retrouve sous les feux de la rampe pour son baptême du feu dans le tableau principal d’un Grand Chelem. Il se défait de Nicolas Massu en quatre manches, avant d’éliminer James Blake, qui le menait deux sets à rien. Des premiers pas plus que prometteurs. 

"C’est en 2005 que tout a vraiment commencé pour moi. Mon rêve, c’était de jouer à Roland-Garros sur les grands courts, donc ça a été exceptionnel de pouvoir le faire. Avec ces deux gros matchs gagnés, mon rêve est devenu réalité. Ces premiers pas ont représenté un énorme accomplissement pour moi."

Wawrinka a toujours considéré qu’il n’avait pas sa place à la table du Big 4 (Federer – Djokovic – Nadal et Murray). Une posture bien modeste de la part du cador suisse, qui porte sur son avant-bras un tatouage reprenant une citation de Samuel Beckett : Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better (Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux).

Une sorte de leitmotiv pour celui qui a tardé à concrétiser son plein potentiel au plus haut niveau. Son jeu a mis du temps à se construire, mais une fois toutes les pièces assemblées, la carrière du Suisse a décollé de façon spectaculaire.

Avec son tennis implacable et explosif, Wawrinka a triomphé en Grand Chelem à l’Open d’Australie 2014, à Roland-Garros 2015 et à l’US Open 2016. À son palmarès, il convient aussi d’ajouter l’or olympique avec Roger Federer à Pékin 2008, ainsi que la Coupe Davis 2014.

Un scénario de rêve

Mais revenons à Roland-Garros 2015. Alors au sommet de son art, Stan avait tout renversé sur son passage (notamment son illustre compatriote Federer, le chouchou du public français, Jo-Wilfried Tsonga, et le n°1 mondial de l’époque, Novak Djokovic) pour brandir la Coupe des Mousquetaires. Le tout, vêtu de son iconique short à carreaux, dont il a conservé un exemplaire.

"Je ne me suis jamais senti inarrêtable. J’ai eu la malchance d’être confronté à ces immenses légendes", rigole Stan, vainqueur 4/6, 6/4, 6/3, 6/4 du Djoker en finale, au terme d’une admirable démonstration de force.

"C’est clair que sur ce match, j’ai joué mon meilleur tennis. En fait, cette année-là, je ne suis pas arrivé en confiance sur le tournoi. Je n’abordais pas les matchs avec la certitude que je pouvais les gagner. Sur le court, je restais simplement dans l’instant présent et c’est comme ça que j’ai joué mon meilleur tennis."

"J’ai grandi sur la terre battue, en observant les terriens, en suivant Roland-Garros avec le rêve de le disputer un jour. C’est ancré en moi. C’était vraiment le scénario de rêve, d’autant plus avec ce niveau de jeu contre Novak."

Wawrinka garde plus particulièrement deux souvenirs de son sacre de 2015. Premièrement, ses angoisses d’avant-match. Deuxièmement... la fête qui a suivi son sacre !

"J’ai regardé toutes les finales avant la mienne. Je me rappelle qu’en montant les marches qui mènent à l’entrée (du court Philippe-Chatrier) avant la finale, j’étais vraiment très stressé, confesse le joueur de 41 ans. Alors je me suis dit : 'Imagine simplement que tu es devant ta télé, souviens-toi de ces moments que tu as vus des tas de fois quand tu étais gamin et savoure au maximum'. Du coup, j’ai commencé à regarder le public et à profiter vraiment de l’instant. C’était un moment exceptionnel."

Nombreux sont les joueurs à regretter de ne pas avoir assez célébré leurs grandes victoires. Ce n’est certainement pas le cas de Wawrinka !

"J’ai fêté ça à fond. Il n’y a rien de plus fort qu'une victoire en Grand Chelem, donc le soir, il faut que la fête soit à la hauteur de l’événement ! Tous ensemble, avec mes amis et ma famille, on a fait une grosse fête à l’hôtel", ajoute l’homme aux trois Majeurs.

"Je crois que j’ai fait nuit blanche avant le point presse du lendemain matin, que l’on faisait toujours tôt. Mais je m’en fichais. C’était bien mérité et ça valait le coup."

Stan Wawrinka in press conference (2015)

Une dernière danse parisienne

Deux ans plus tard, le Suisse était de retour en finale de Roland-Garros, s'inclinant cette fois face au roi de la terre battue, Rafael Nadal. D’autres souvenirs marquants à Paris ?

"J’ai aussi fait un très bon tournoi en 2019, raconte celui qui avait atteint les quarts de finale de cette édition. Il y avait une super atmosphère. Quand j’ai joué, j’ai reçu un soutien à nul autre pareil. J’ai adoré cette année-là."

Au cours de son "dernier coup de collier", sa dernière année sur le circuit professionnel, les standing ovations se succèdent semaine après semaine pour ce chouchou des fans. Son parcours jusqu’au troisième tour à l’Open d’Australie, bouclé avec une bière à la main sur le court, a été symbolique de tout l’amour que le monde du tennis continue de lui apporter.

C’est désormais son 21e et dernier Roland-Garros qui se profile…

"Je sais que ça va être fort, avec tous les souvenirs que j’ai à Paris, anticipe-t-il. Il y a peu de tournois qui se démarquent vraiment, qui occupent une place à part. Roland-Garros en fait partie, c’est certain. J’espère que je vais pouvoir gagner quelques matchs pour profiter une dernière fois de ces courts et du public."