Il avait rendez-vous avec l'histoire. Il l'a magnifiquement honoré. Jannik Sinner a poursuivi son incroyable razzia ce dimanche à Rome. En battant Casper Ruud en finale (6/4, 6/4), il est non seulement devenu le premier Italien vainqueur à domicile depuis Adriano Panatta il y a cinquante ans, mais aussi le deuxième joueur de l'histoire - après Novak Djokovic - à remporter tous les Masters 1000. Son 29e titre au total, le 10e dans cette catégorie et le 6e consécutif. Un exploit qui le positionne plus que jamais comme le grandissime favori de Roland-Garros, où Elina Svitolina, championne moins attendue chez les dames, aura une belle carte à jouer.
Rome : Sinner en maître absolu, Svitolina en habituée
L'Italien a complété sa collection de Masters 1000, chez lui à Rome, où l'Ukrainienne a quant à elle remporté son troisième titre.
Sinner, maître et empereur
Mais où s'arrêtera-t-il ? Jannik Sinner arrivera lancé comme un TGV à Roland-Garros, désormais le seul grand titre (avec les Jeux olympiques) qui manque encore à son exceptionnel palmarès. À domicile, au cœur de la capitale italienne, il a donc décroché un sixième titre consécutif dans la lignée de ceux conquis à Paris (fin 2025) puis à Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et Madrid en 2026. Soit désormais 34 victoires de suite dans la plus prestigieuse catégorie des tournois ATP. Un accomplissement que personne avant lui n'était parvenu à réaliser, pas même Novak Djokovic, qui s'était arrêté à "seulement" 31 succès en 2011.
L'Italien est également devenu le deuxième joueur, après ce même Djokovic, à remporter tous les Masters 1000 inscrits dans le calendrier. Et il l'a fait à l'âge de 24 ans et 274 jours, tandis que le Serbe – battu d'entrée à Rome par le Croate Dino Prizmic - avait complété sa collection à 31 ans et 89 jours, à Cincinnati, en 2018. Pour couronner le tout, Sinner est devenu le deuxième joueur, après Rafael Nadal en 2010, à signer le triplé sur terre battue (Monte-Carlo, Madrid et Rome) au cours d'une même saison. Vertigineux.
En l'absence de son grand rival Carlos Alcaraz, blessé au poignet, Jannik Sinner est décidément seul au monde. Le patron, qui a établi la nouvelle référence de succès de rang dans la catégorie après avoir dominé Andrey Rublev en quarts de finale (6/2, 6/4), a connu ensuite son seul moment difficile du tournoi : il a lâché un set à Daniil Medvedev lors d'une demi-finale jouée sur deux jours et au cours de laquelle il a semblé en difficulté sur le plan physique, avant de s'en sortir 6/2, 5/7, 6/4.
"Je savais quel était l'enjeu aujourd'hui. C'est vraiment une victoire très forte pour moi."
Le lendemain, Sinner avait recouvré la plénitude de ses moyens pour dominer Casper Ruud pour la cinquième fois en autant de rencontres, et ce, sans jamais lui céder un set. Légèrement tendu par l'enjeu, l'Italien a connu une entame de match un peu difficile (mené 0-2), mais il s'est ensuite très vite remis dans le sens de la marche pour voler vers la victoire, après 1h44 de jeu.
"Ce n'était pas un match parfait, il y avait pas mal de tension des deux côtés mais à l'arrivée, je suis extrêmement heureux, a réagi le vainqueur en conférence de presse. Pour un Italien, il n'y a pas de meilleur endroit pour jouer au tennis, et pas de meilleur endroit pour compléter cette collection de Masters 1000. Ces deux derniers mois et demi ont été incroyables pour moi. Ça n'a pas toujours été simple sur le plan physique mais j'ai réussi à faire en sorte de donner le meilleur de moi-même à chaque fois. Je savais quel était l'enjeu aujourd'hui (dimanche). C'est vraiment une victoire très forte pour moi."
Et une défaite toute relative pour Casper Ruud, qui a retrouvé son meilleur niveau à point nommé avant Roland-Garros. Le Norvégien a lui aussi complété une belle collection : il a désormais joué la finale de tous les grands tournois sur terre battue. Avant de subir la loi de Sinner, il avait douché les espoirs de la délégation italienne en surclassant Lorenzo Musetti (6/3, 6/1) - touché à une cuisse et forfait pour Roland-Garros - en huitièmes de finale puis Luciano Darderi (6/1, 6/1), épatant demi-finaliste. Ce dernier avait largement animé le tournoi grâce à des succès sur Alexander Zverev (1/6, 7/6(10), 6/0) en sauvant quatre balles de match, puis sur la nouvelle pépite espagnole, Rafael Jodar (7/6(6), 5/7, 6/0), en quarts de finale.
Mais au bout du compte, le dernier mot est revenu, encore et toujours, à Jannik Sinner, plus que jamais n°1 mondial et qui n'avait qu'une hâte après son succès : "Me reposer, passer du temps en famille et couper un peu avec le tennis avant de mettre le cap sur Roland-Garros, sans doute jeudi". Roland-Garros où il sera attendu comme le Messie pour entrer, définitivement, dans la légende du tennis.
Svitolina, le triplé de la résilience
Si Jannik Sinner n'a fait "que" confirmer à Rome son statut de grand favori pour Paris, Elina Svitolina a, de son côté, rebattu les cartes chez les dames en décrochant son troisième titre dans la capitale italienne, huit ans après son doublé 2017 - 2018. Au terme d'un parcours exceptionnel, elle a successivement battu trois des quatre meilleures joueuses du monde (une première dans l'histoire du tournoi romain) : Elena Rybakina (n°2) en quarts (2/6, 6/4, 6/4), Iga Swiatek (n°4) en demies (6/4, 2/6, 6/2) puis Coco Gauff (n°3) en finale (6/4, 6/7(3), 6/2). Soit, ni plus ni moins, trois gagnantes des quatre derniers tournois du Grand Chelem.
Tête de série n°7, l'Ukrainienne, sur la lancée d'un superbe début de saison 2026, s'est ainsi positionnée à la 3e place mondiale à la Race WTA. Un timing idéal avant Roland-Garros où, pour la "der" de son époux Gaël Monfils, elle aura une belle carte à jouer pour décrocher, à 31 ans, le premier Grand Chelem de sa carrière. Dans la foulée du titre remporté à Madrid par sa compatriote Marta Kostyuk, elle a aussi parachevé la superbe passe actuelle du tennis féminin ukrainien.
Plus affûtée que jamais sur le plan physique et agressive sur le plan tennistique, Svitolina s'est appuyée sur son habituelle force mentale pour se sortir d'un tableau incroyablement difficile. Après avoir sauvé un total de 16 balles de break face à Rybakina, puis 11 face à Swiatek, elle en a encore écarté 14 sur 17 lors d'une finale magnifique de 2h49 face à Gauff.
"Chaque titre a son histoire, mais je pense que celui-ci a été l'un des plus difficiles que j'ai jamais connus, a réagi Svitolina, qui a ainsi remporté son 20e trophée WTA (dont désormais cinq WTA 1000) et maintenu son invincibilité dans les finales sur terre battue (8/8). Je suis très fière de la manière dont j'ai joué, dont j'ai géré mon stress et dont mon corps a réagi."
Fière, Coco Gauff pouvait l'être aussi, malgré cette dernière défaite. Auparavant, l'Américaine avait elle-même survécu à un parcours extrêmement difficile, au cours duquel elle avait notamment sauvé une balle de match en huitièmes face à sa compatriote Iva Jovic (5/7, 7/5, 6/2), avant de renverser Mirra Andreeva en quarts (4/6, 6/2, 6/4), puis de monter en puissance face à l'invitée surprise du dernier carré, Sorana Cirstea (6/4, 6/3).
À 36 ans, et pour sa dernière saison, la Roumaine avait pour sa part signé l'exploit de la semaine en éliminant au troisième tour Aryna Sabalenka, pas au mieux physiquement (2/6, 6/3, 7/5). Un contre-temps pour la n°1 mondiale, qui n'avait plus perdu à un stade aussi précoce depuis plus d'un an, même si cela ne remet en rien en question son statut de patronne du tennis féminin avant Roland-Garros.
À l'inverse, Iga Swiatek, qui avait quitté Madrid en larmes après un abandon face à Ann Li, arrivera bien (re)lancée à Paris après son beau parcours romain, où elle a évolué à un très haut niveau pour surclasser notamment Naomi Osaka (6/2, 6/1) en huitièmes et Jessica Pegula (6/1, 6/2) en quarts. Mais elle a ensuite buté sur la résilience de Svitolina, comme toutes les autres…