A l’issue d’un tournoi madrilène particulièrement plaisant au cours duquel Alexander Blockx, Rafael Jodar et Hailey Baptiste (pour ne citer qu’eux) ont marqué les esprits, Marta Kostyuk a pu célébrer d’un salto une très grande première dans la catégorie 1000. Un étage élevé où règne en maître Jannik Sinner, titulaire d’un nouveau record et plus que jamais favori à l’aube du deuxième Grand Chelem de la saison.
Madrid : Kostyuk libérée, Sinner seul au monde
L’Ukrainienne et le n°1 mondial ont triomphé dans la Caja Magica, à trois semaines du coup d’envoi du tableau principal de Roland-Garros.
Sinner, l’intouchable M.1000
Les mots pourraient commencer à manquer pour qualifier l’incroyable période vécue actuellement par Jannik Sinner. Premier joueur de l’histoire à remporter le Sunshine Double sans perdre le moindre set, l’Italien avait ensuite accolé son nom aux monuments de la discipline en prolongeant son invincibilité à ce niveau sur les courts en terre battue de la Principauté. Redevenu n°1 mondial sur le Rocher, il a inscrit une nouvelle marque qui semblait pourtant inatteignable en s’imposant au cœur de la Caja Magica. Grâce à son succès express face à Alexander Zverev – l’une de ses victimes favorites ces dernières semaines – en finale ce dimanche (6/1, 6/2 en 57 minutes), le protégé de Simone Vagnozzi et Darren Cahill est tout bonnement devenu le seul et unique joueur à remporter cinq Masters 1000 consécutifs (Rolex Paris Masters, Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et donc, Madrid) !
Un accomplissement digne des plus grands, auxquels le patron de la discipline ne veut toutefois pas se mesurer. "Comme je l’ai toujours dit, je ne peux pas me comparer à Rafa, Roger ou Novak, a-t-il confirmé en conférence de presse. Ce qu’ils ont accompli est tout simplement incroyable. Je ne joue pas pour les records en général. Je joue pour moi, pour les membres de mon équipe qui savent ce qu’il y a derrière tout ça et pour ma famille, qui ne change pas sa façon d’être avec moi malgré ces succès. Bien sûr, ces chiffres sont impressionnants mais ils impliquent beaucoup de discipline et de sacrifices […] J’apprécie mon parcours, j’aime me mettre dans la meilleure position possible pour être la meilleure version de moi-même. Mais je ne joue pas pour d’autres records et ce que les autres joueurs ont accompli par le passé – et ce que Novak continue de faire –, c’est exceptionnel. Je ne peux pas me comparer à eux."
Pourtant, les chiffres ne mentent pas (5 titres, 28 victoires de rang en Masters 1000 et seulement 2 sets perdus sur 58 disputés) et la manière parle pour lui. Au cours de cette aventure dorée, Sinner a pris le meilleur aussi bien sur ses rivaux directs que sur des joueurs expérimentés ou des stars en devenir, le tout avec des conditions de jeu très variées.
"A Paris, c’est en salle, à Indian Wells, la balle rebondit beaucoup et à Miami, c’est très plat, a-t-il analysé. Puis on change de surface, à Monte-Carlo c’est un peu plus lent mais à Madrid, en haute altitude, il faut bien servir pour faire la différence […] Ensuite, il y a d’excellents joueurs que l’on connait bien et ceux qui semblent être en passe de percer alors qu’ils sont en fait déjà bien installés. Si on prend l’exemple de Rafael Jodar, personne ne le connaissait vraiment il y a six mois et aujourd’hui, il fait déjà partie des grands noms. Alexander Blockx a également atteint le dernier carré ici. Il y a beaucoup de joueurs qui ont un potentiel énorme. Il faut être prêt et se tenir informé. Mon travail consiste toujours à m’améliorer en tant que joueur car finalement, les résultats sont la conséquence du travail accompli. Nous travaillons très bien, c’est certain mais il faut continuer car si on se relâche un peu, les autres vont très vite nous rattraper. Je suis donc très heureux de continuer à travailler."
Tombeur de Benjamin Bonzi, Elmer Moller, Cameron Norrie, Rafael Jodar, Arthur Fils et donc Sascha Zverev dans la capitale espagnole, le n°1 mondial (il compte désormais 1390 points d’avance sur Carlos Alcaraz, forfait pour les tournois de Rome et Roland-Garros) s’adapte à tout et à tout le monde. Sur la dernière marche, il n’a laissé aucune chance à celui qui occupe numériquement la place de troisième homme en convertissant 100% de ses balles de break (4/4), en inscrivant 93% de points derrière sa première balle (27/29) et en ne concédant pas la moindre opportunité de débreak… Un sentiment de toute puissance pleinement confirmé par l’Allemand à l’issue de la partie. "Je pense qu’il y a actuellement un écart considérable entre Jannik et tous les autres, a confié Zverev. Et je pense qu’il y a un écart important entre Carlos, moi-même, Novak et tous les autres. C’est difficile de prétendre le contraire étant donné que Jannik n’a pas perdu un seul match en Masters 1000 depuis Shanghai, il y a près de neuf mois !"
Cette extraordinaire série sera de nouveau mise à l’épreuve dès cette semaine à Rome, seul Masters 1000 qui manque encore au palmarès de l’Italien. En cas de nouveau triomphe, il portera sa propre marque à six tournois de cette catégorie remportés consécutivement et deviendra également le deuxième joueur à réaliser le Golden Masters en carrière, après Novak Djokovic. Des records, encore et toujours des records…
Kostyuk, la plus belle des récompenses
Il y a 15 jours, du côté de Rouen, Marta Kostyuk a écrit l’histoire de son pays en remportant la première finale 100% ukrainienne du circuit féminin. Ce week-end, à Madrid, elle a posé sa plume sur la plus belle page de son aventure personnelle en remportant le tout premier WTA 1000 de sa carrière.
Invaincue sur terre battue lors de ses 12 premières sorties de l’année, la désormais 15e joueuse mondiale – son meilleur classement – s’est notamment offert des victoires de prestige (et en deux manches, s’il vous plaît) face à Jessica Pegula, Linda Noskova et Mirra Andreeva (6/3, 7/5 en 1h21). "C’est incroyable de me tenir devant vous en ce moment, a-t-elle lancé lors de la cérémonie de remise des trophées. Il m’a fallu de nombreuses années pour en arriver là et le premier qui mot qui me vient à l’esprit est ‘la constance’. Il faut tout donner chaque jour, peu importe la difficulté, peu importe qu'on aime ou qu'on déteste ce qu'on fait. Et je m’en sors plutôt bien cette année ! Je suis très fière de moi et de mon équipe, nous sommes les seuls à savoir tout ce que nous avons traversé et combien de fois j’ai voulu abandonner. Vous m’avez permis de tenir le coup et vous m’avez poussée à continuer, c’est grâce à ça que j’en suis là aujourd’hui."
Les doutes et les attentes, la deuxième joueuse ukrainienne sacrée dans cette catégorie (après Elina Svitolina) les a longtemps portés sur ses épaules, courbant l’échine sous le poids d’un avenir qu’on lui a toujours promis radieux. Championne de l’Open d’Australie juniors en 2017 (à 14 ans) puis n°2 mondiale dans cette catégorie avant d’exploser aux yeux du grand public en atteignant le troisième tour de son tout premier Majeur chez les professionnelles en 2018, Marta Kostyuk a ensuite vogué au fil des tournois, des blessures, des hauts et des bas qui l’ont maintenue dans un certain anonymat, malgré deux titres en 250, trois finales en 500 et deux huitièmes en Grand Chelem, à Roland-Garros 2021 puis à l’US Open 2025.
Ce passé et les nombreux espoirs placés en elle, la native de Kiev s’en est affranchie, grâce à un déclic survenu aux prémices de cette année 2026. "Au début de l’année, j’ai confié à mon équipe que j’avais enfin l’impression que les exploits accomplis à l’âge de 15 ans n’étaient plus un poids, a-t-elle poursuivi face aux médias. J’ai vécu pendant de nombreuses années dans une situation où tout le monde attendait de moi d’excellents résultats. Frôler la victoire ou obtenir d’aussi bons résultats en étant si jeune, c’était presque comme une malédiction. Je suis fière de ce que j’ai réalisé quand j’étais plus jeune mais je devais me libérer de ce passé. C’était un long parcours pour arriver à cette libération mais je suis heureuse d’en être sortie grandie. Je suis une meilleure personne et une meilleure joueuse. Cela a demandé beaucoup d’efforts et j’ai connu de nombreux moments difficiles. Je suis une championne en Masters 1000 désormais mais rien ne change vraiment. Je veux continuer de faire la même chose, à travailler et à profiter de cette aventure. C’est le voyage qui compte, pas la destination."
Un voyage désormais flanqué de bagages plus légers, ce qui pourrait bien lui permettre de continuer de prendre de la hauteur, à l’heure où le deuxième Grand Chelem de la saison se profile à grands pas.