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US Open 2026 : Rybakina sublime sa prise de pouvoir

La Kazakhstanaise, nouvelle n°1 mondiale ce lundi, a remporté le troisième Grand Chelem de sa carrière à New York.

Elena Rybakina / Photocall trophée - US Open 2026
 - Romain Vinot

Comme à l’Open d’Australie en janvier, Elena Rybakina a résisté au retour d’Aryna Sabalenka pour soulever son deuxième trophée majeur de l’année (6/4, 5/7, 6/2 en 2h21). Au terme d’une partie qui n’a côtoyé les cimes que furtivement et durant laquelle la constance a primé sur la réaction, la championne a tout simplement été la plus forte, tennistiquement et psychologiquement. À 27 ans, elle est plus que jamais au sommet de son art et de la hiérarchie mondiale.

Résister à tout, tout le temps

Et dire qu’elle a bien failli ne pas participer à cet US Open… Blessée au tendon d’Achille et contrainte à l’abandon en quarts de finale du WTA 1000 de Cincinnati, Elena Rybakina n’a pris que tardivement sa décision, après une semaine sans pouvoir s’entraîner. "J’étais vraiment bouleversée, je ne savais pas comment les choses allaient évoluer jour après jour, a-t-elle rappelé en conférence de presse. Lorsque nous sommes arrivés à New York, nous avons fait une IRM et les résultats n’étaient pas très encourageants. Nous avons dû consulter de nombreux médecins pour savoir ce qu’il fallait faire."

Trois semaines plus tard, c’est en tant que n°1 mondiale et avec un troisième trophée du Grand Chelem dans ses bagages que "Lena" va quitter Big Apple. Qualifiée pour les quarts de finale sans perdre le moindre set alors qu’elle n’avait jusqu’ici jamais dépassé les huitièmes à l’US Open, elle a ensuite réussi deux brillants come-backs pour se donner le droit d’affronter la double tenante du titre et quadruple finaliste, Aryna Sabalenka. Au moment de prendre part à cet immense défi, la stratégie était simple et consistait à maintenir une pression constante, contrer et prendre l’initiative dès que possible. Spoiler alert : elle a parfaitement fonctionné.

Sereine et en confiance dès les premiers échanges, la Kazakhstanaise s’est procuré trois premières opportunités de prendre les commandes à 1-1 avant de finalement breaker dans le jeu de retour suivant, bien aidée par une double faute de sa prestigieuse vis-à-vis. Frustrée et agacée, cette dernière a commis trop d’erreurs pour pouvoir recoller (15 fautes directes dans le premier set), et ce malgré seulement 27% de premières passées par son adversaire de l’autre côté du filet !

Dos au mur dès le début du deuxième acte, "Saba" a serré les dents pour enfin élever son niveau de jeu, à l’image d’une course vers l’avant désespérée pour frôler la balle du bout de la raquette puis d’une amortie magnifiquement touchée afin de garder la main (3-2). Enfin moins expressive et surtout plus clinique, elle s’est également montrée plus patiente, y compris après deux premières balles de set effacées par son adversaire à 5-4. Bruyamment encouragée par un public qui souhaitait désespérément que ce match bascule dans l’irrationnel, elle a tout relancé deux jeux plus tard après 1h41 de match, sans pour autant crier sa rage au moment de regagner son banc. Car elle savait pertinemment que le plus était à venir.  

Taille patronne

Revenue sur le court comme si de rien n’était après un rapide passage au vestiaire, Rybakina n’a pas tardé à remettre une pièce dans la machine. "Le match a été très serré, a analysé la championne. Prendre l’avantage très tôt m’a permis d’avancer et d’être plus offensive. Mais dans le deuxième set, on s’est rendu coup pour coup, en tenant bien notre mise en jeu. Elle a été plus agressive dans les moments importants et j’ai commis quelques erreurs sur certaines petites opportunités. Dans la troisième manche, je me suis juste dit que je pouvais encore y arriver, que je devais gérer mon engagement et prendre un peu plus de risques quand j’en avais l’occasion."

Grâce à une première balle déjà pleinement retrouvée dans la deuxième manche, elle a pu se focaliser sur les jeux de service adverses, réussissant des retours (de revers notamment) ahurissants et forcément, déconcertants. Constamment agressée, la double lauréate est retombée dans un cercle vicieux alternant fautes et frustration. Breakée à 1-1 puis double-breakée à 4-2 sur une attaque rondement menée et conclue au filet, elle a vu la future reine se détacher inexorablement. Imperméable à toute forme de pression 99% du temps, Rybakina a tout de même commis deux doubles fautes en servant pour le gain du tournoi. Suffisant pour faire passer un dernier frisson ? Non, car 30 secondes plus tard, c’est par un ace qu’elle a parachevé son formidable accomplissement (6/4, 5/7, 6/2 en 2h21).

Un succès majeur qui confirme sa prise de pouvoir totale sur le circuit et qui lui permet au passage de devenir la troisième joueuse depuis 2000 à réussir le doublé Open d’Australie – US Open au cours d’une même saison (après Angelique Kerber en 2016 et… Aryna Sabalenka en 2024). Loin d’être en extase lorsqu’elle a scellé sa place au sommet de la discipline, celle qui avait également conquis Wimbledon en 2022 a cette fois davantage partagé son bonheur devant les médias. "Ça va être très différent lorsque je vais me réveiller demain matin en sachant que je viens de remporter l’US Open et que je serai n°1 mondiale. C’est un soulagement après avoir suivi une certaine routine ces deux dernières semaines. C’est beaucoup de travail, beaucoup de stress et je pense que ça va être incroyable de réaliser que j’ai accompli des choses aussi extraordinaires."

Dans la forme de sa vie et actuellement au cœur de la plus belle saison de sa carrière, Elena Rybakina a confié avoir toujours songé à ce destin hors normes et ne compte bien évidemment pas s’arrêter là. "J’ai toujours cru que c’était possible, nous avons toujours obtenu d’excellents résultats même si toutes les années ne se ressemblent pas, a-t-elle conclu. Après ma victoire à Wimbledon en 2022, je n’ai certes pas regagné de tournoi du Grand Chelem mais j’ai disputé la finale de l’Open d’Australie en 2023. Je pense que nous avons toujours été dans le coup […] Aujourd’hui, je suis entourée d’une super équipe, des gens formidables et on continue simplement de travailler. Ça a fini par porter ses fruits et j’en suis très heureuse et fière. Seulement, même maintenant que ce tournoi est terminé, même si je vais pouvoir me reposer et faire la fête, les prochaines échéances vont arriver vite. Il faudra encore jouer, affronter les mêmes joueuses et donner le meilleur de soi-même. C’est un parcours incroyable mais j’espère pouvoir rester au sommet le plus longtemps possible."

Sabalenka, déjà prête à revenir plus forte

Dépossédée de sa couronne, de son trône et privée de Majeur cette saison pour la première fois depuis 2022, Aryna Sabalenka a reconnu la supériorité de son adversaire, non sans une pointe d’humour au moment de son discours : "Félicitations Elena, c’est pleinement mérité. Alors profite bien et fais la fête ce soir, demain ou jusqu’à la fin de la saison pour que je puisse gagner d’autres titres (rires)".

Déçue, triste et passablement énervée – comme le prouve le sacrifice de sa raquette – après la balle de match, celle qui aura dominé la hiérarchie pendant 99 semaines a davantage relativisé et est même parvenue à se projeter, à tête reposée. "99 semaines ? Wow, c’est incroyable, a-t-elle lancé. Voyons si Elena peut me battre à ce jeu-là (rires). Mais si elle continue à jouer comme ça, oui, je suis mal (rires) […] Dans l’ensemble, je peux être satisfaite de mon niveau de jeu, ce tournoi m’a apporté beaucoup d’enseignements. D’expérience, je ressors toujours plus forte et toutes les leçons apprises cette saison m’ont déjà rendue meilleure. Tout ça va me motiver à faire encore mieux l’année prochaine. Je vais simplement continuer à travailler dur pour améliorer mon tennis. Espérons que ça me permette de remporter d’autres tournois."

Une chose est certaine, à l'exception de leurs concurrentes directes, tout le monde ne peut que souhaiter que cette rivalité se poursuive dans le temps et donne lieu à de nouveaux affrontements géants.