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US Open 2026 : maîtrise et détermination

Aryna Sabalenka et Elena Rybakina disputeront la finale du Majeur américain.

Aryna Sabalenka / Demi-finales - US Open 2026
 - Romain Vinot

A l’issue de deux rencontres à la physionomie bien différente, l’actuelle reine du circuit et la future n°1 mondiale ont écarté Jessica Pegula et Coco Gauff de leur passage pour rallier la finale de cet US Open 2026. Le sommet tant attendu depuis le tirage au sort aura bien lieu.

Sabalenka, impressionnée et impressionnante

Aryna Sabalenka a-t-elle disputé sa plus belle partie de l’année ce jeudi soir sur le court Arthur Ashe ? C’est en tout cas l’avis de Jessica Pegula, bien impuissante durant la deuxième moitié de la rencontre. "C’est sans aucun doute – mais vous pouvez lui demander – son meilleur match de l’année, a-t-elle lancé à son arrivée en conférence de presse. J’ai trouvé que son niveau était très élevé. Peut-être qu'elle n’était pas totalement dedans au début mais pour moi, on jouait toutes les deux bien, on servait bien à ce moment-là. Je ne sais pas ce qui l’a énervée, j’espère que ce n’était pas moi mais peut-être. En tout cas, elle a joué de manière incroyable et honnêtement, je ne sais pas vraiment si j’aurais pu faire grand-chose."

Un constat amer mais lucide, partagé par l’ensemble des observateurs de cette demi-finale. Et pourtant, les premiers jeux laissaient davantage augurer un scénario proche de leurs deux très belles précédentes confrontations à Flushing Meadows, certes remportées par la boss mais à l’issue d’une très belle bataille. Le visage fermé, passablement frustrée par quelques fautes évitables, Sabalenka a eu le mérite de ne pas imploser et surtout de ne pas concéder de break, sur la seule opportunité de l’Américaine durant l’intégralité de la rencontre (à 4-4 dans la première manche). Cette alerte a fait office de déclic ou de tournant du match, c’est selon. Car par la suite, celle qui vise un historique triplé à New York n’a plus rien donné, réussissant peu ou prou tout ce qu’elle tentait.

En prenant le service de l’Américaine au moment idoine pour basculer en tête dans cette rencontre, elle s’est définitivement relâchée, et ses coups avec. Puissante, précise et agressive, elle a continué de dicter le rythme aussi bien à l’engagement (67% de points gagnés derrière sa deuxième balle) qu’au retour (seulement 27% de points inscrits par Pegula sur sa seconde…), écœurant définitivement son adversaire par ses attaques fulgurantes (27 coups gagnants pour 22 fautes directes) et sa défense de fer. Après seulement 1h20 de match, la n°1 mondiale a pu serrer une dernière fois le poing en direction de son clan (7/5, 6/2). "Je suis super contente d'avoir pu jouer à un tel niveau, surtout contre Jess, a-t-elle confié face aux médias. Lors de nos derniers matchs, elle m'avait vraiment poussée dans mes retranchements, et c’était très difficile de l'emporter face à elle. Je suis impressionnée d’avoir réussi à gagner ce duel en deux manches. Je suis vraiment heureuse."

Un succès libérateur – comme celui signé au tour précédent après avoir été au bord du précipice face à Linda Noskova – qui lui permet de devenir la première joueuse (messieurs et dames confondus) de l’ère Open à atteindre huit finales de Grand Chelem consécutives sur dur et la sixième à rallier pour la quatrième fois de suite la dernière marche de l’US Open. "Je voulais tellement gagner ce match, a-t-elle poursuivi. J’avais perdu une rencontre difficile contre Jess sur gazon et je n’étais pas vraiment au mieux en milieu de saison. Mais pour moi, quand on parle des tournois du Grand Chelem, c’est un peu comme un dernier effort avant la fin d’année. Je voulais absolument atteindre la finale et bien sûr, maintenant, je veux aller au bout. J’étais prête, c’était ça mon état d’esprit. Je ferai tout ce qu’il faut pour gagner."

Rybakina, force et caractère

Si la première demie a pris des allures de masterclass, la deuxième a nécessité davantage de temps pour se dessiner et finalement tourner en faveur d’Elena Rybakina. Bousculée et poussée dans ses retranchements dans la première manche, la Kazakhstanaise a une nouvelle fois fait preuve d’un calme olympien pour monter en puissance et renverser Coco Gauff, électrisée par les ovations nourries de ses supporters. "C’était un match incroyable, très serré et je suis très heureuse et fière, a confié la finaliste. Bien sûr, le public voulait que Coco gagne, c’est normal et compréhensible. J’ai trouvé que l’ambiance était très agréable et ce n’est qu’à la fin, lorsque je menais dans le troisième set, que les gens ont vraiment commencé à la soutenir à fond. Mais j’ai essayé de rester concentrée sur moi-même et de ne pas trop y prêter attention."

Ferme, autoritaire et agressive depuis sa ligne de fond de court, l’Américaine est parfaitement entrée dans sa partie et n’a pas laissé s’installer un round d’observation toujours dangereux face à une joueuse du calibre de son adversaire. Libérée par une certaine réussite à l’engagement, elle a titillé les lignes et forcé sa vis-à-vis à déjouer, elle qui s’est rendue coupable de 18 fautes directes au cours du premier acte. Touchée mais loin d’être coulée, "Lena" est revenue avec de meilleures intentions dans le deuxième set, réussissant enfin à inverser l’équilibre attaque – défense. Bien aidée par une première balle de qualité (76% de points gagnés derrière celle-ci sur l’ensemble de la rencontre), elle a progressivement repris la main sur les échanges pour ne plus jamais la rendre à son opposante, n’hésitant pas à prendre le filet pour écourter la lutte (12/17 points gagnés dans ce domaine). Malgré un débreak puis un retour à 4-4 qui a embrasé les tribunes, Coco a fini par craquer, laissant son adversaire égaliser et définitivement reprendre confiance.

Si elles n’ont pas toujours joué à leur meilleur niveau au même moment, les deux protagonistes de la nuit se sont entendues pour faire monter la tension jusqu’au bouquet final. Les jeux se sont allongés, Gauff a longtemps résisté à la pression exercée sur sa mise en jeu avant de craquer une première fois et ainsi offrir la possibilité à Rybakina de servir pour le match (5-3). Mais son goût prononcé du combat et de cette fameuse ambiance des grands soirs lui ont permis de débreaker pour rester en vie. Suffisant pour définitivement basculer dans la folie ? Non, car Rybakina, qui évolue dans une nouvelle dimension depuis la fin de la saison dernière, est parvenue à placer un dernier coup d’accélérateur pour mettre fin au débat, après 2h09 d’une rencontre plus qu’enthousiasmante (3/6, 6/4, 6/4).

Un victorieux come-back (comme en quarts de finale) qui lui ouvre les portes d’une première finale à l’US Open, elle qui n’avait jusqu’ici jamais dépassé les huitièmes dans le Queen’s. Comme à l’Open d’Australie, elle y retrouvera donc Aryna Sabalenka, à qui elle pourrait subtiliser sa couronne américaine en complément du trône mondial, d’ores et déjà acquis. "C’est une finale, donc c’est forcément un match important, peu importe la joueuse qui se trouve de l’autre côté du filet, a-t-elle nuancé. On veut juste gagner et donner le meilleur. Mais je ne veux pas non plus me mettre trop de pression sur les épaules car nous sommes très proches au classement. Si ça ne se passe pas comme prévu sur la dernière marche, j’aurai d’autres occasions, il y a d’autres tournois d’ici la fin de l’année. On se pousse l’une et l’autre durant ces matchs et ça nous permet de clairement identifier les points sur lesquels on doit encore travailler. Je trouve ça génial de jouer contre quelqu’un qui t’oblige à atteindre tes limites."