Un excellent niveau de jeu, un soupçon de tension, du spectacle mais une logique finalement respectée plutôt que balayée par ce fameux vent de folie qui souffle sur New York depuis le début de la compétition. Au terme de deux demi-finales plaisantes et maîtrisées, ce sont bien les deux joueurs les plus impressionnants de la quinzaine – chacun à leur manière – qui se disputeront les derniers lauriers majeurs de l’année.
US Open 2026 : la loi des plus forts
Alexander Zverev et Ben Shelton ont poinçonné leur ticket pour la finale du Majeur américain.

Zverev, la force tranquille
Si l’on avait besoin d’une preuve supplémentaire de son changement de dimension depuis trois mois, Alexander Zverev l’a livrée ce vendredi sur le court Arthur Ashe. Sans vraiment briller, en laissant globalement l’initiative du jeu à son vis-à-vis du jour mais en étant clinique dans les moments clés, le n°2 mondial est parvenu à rallier sa troisième finale consécutive de l’année en Grand Chelem. Passé à deux points d’une très précoce défaite dès son entrée en lice et de nouveau contraint de ferrailler au meilleur des cinq manches au tour suivant, il n’a plus perdu le moindre set depuis.
Pourtant, Karen Khachanov a tout bien fait pour mettre en péril ce récent parcours immaculé, au point de n’inscrire que trois points de moins durant l’intégralité de la partie (104 contre 107). Dans ce duel qui a fait la part belle aux mises en jeu imprenables, le 50e mondial aurait d’ailleurs sans doute mérité de prolonger le plaisir. Mais le calme et la capacité de l’Allemand à se sublimer quand il le faut en ont décidé autrement. Aux commandes de la partie grâce à la conversion de son unique opportunité de l’acte inaugural, le champion de Roland-Garros a breaké d’entrée de deuxième manche avant de voir son opposant recoller dans la foulée. On ne le savait pas encore, mais il s’agissait bien là du dernier échange cordial d’engagements entre les deux hommes.
Malgré quelques phases de pression de temps à autre, tout s’est décidé au tie-break dans ces deux dernières manches. Au cours des 14 longues minutes du premier, Sasha s’est retrouvé mené 3-5 avant de remporter six points sur huit pour mettre un pied et demi sur la dernière marche. Dans le deuxième, il a remonté un retard de trois points (1-4) – grâce notamment à deux coups droits venus d’ailleurs – avant de sauver deux balles de set puis de conclure sa nouvelle symphonie de sang-froid en poussant son adversaire à jouer un coup supplémentaire, hors des limites du terrain (6/3, 7/6(7), 7/6(6) en 2h58). "C’est une victoire en trois sets secs qui peut paraître simple mais rien ne l’a été en vérité, a-t-il lancé en conférence de presse. Karen a extrêmement bien joué, il s’est vraiment battu de manière tenace. Dans les deuxième et troisième sets, tout aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre. J’ai simplement été meilleur sur quelques points ici ou là et je suis heureux de cette victoire."
Les conséquences de ce succès sont au moins aussi limpides que le résumé de la rencontre du principal intéressé. Alexander Zverev disputera la sixième finale de Grand Chelem de sa carrière, la troisième de suite et la première à l’US Open depuis sa traumatisante expérience de 2020 face à Dominic Thiem. Et si les plus critiques argueront sans doute que son parcours a manqué d’une prestigieuse adversité, les faits sont là : alors que durant deux saisons, Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ont confisqué les réjouissances, c’est bien le meilleur joueur de cet exercice 2026 dans les grands rendez-vous qui se dressera face à Ben Shelton ce dimanche.
Shelton, un homme en mission
Entrer dans une nouvelle dimension, c’est également ce qu’est en train de réussir Ben Shelton au cours de cet US Open. Après avoir mis l’Amérique et plus globalement le monde du tennis à ses pieds en réussissant un exploit gargantuesque au tour précédent, il a poursuivi sa marche en avant de manière autoritaire et suffisamment spectaculaire pour rassasier les dizaines de milliers de supporters – parmi lesquels de nombreuses célébrités de tous horizons – venus assister à son duel 100% bannière étoilée face à Frances Tiafoe.
Longtemps critiqué pour ses irrégularités au moment de gravir les sommets, le gaucher est donc parvenu à parfaitement gérer le fameux match d’après. "Je crois que j’ai été moi-même surpris de voir à quel point j’étais calme sur le court aujourd’hui, surtout à la fin du match, a-t-il confirmé. Je pense que c’est ce qu’il faut pour se retrouver dans cette position et gagner au plus haut niveau. C’est avant tout une question de mental. A l’issue de ma précédente victoire, j’avais ressenti une sorte d’extase, j’avais l’impression d’être au sommet du monde. Mais contre Frances, j’ai eu le sentiment d’avoir été beaucoup plus méthodique dans ma façon de m’y prendre, dans ma concentration, en menant le match à bien comme je l’ai fait, et en étant capable de passer à l’étape suivante et d’envisager la finale avec optimisme."
Si son entame de partie un poil timorée et la perte de la première manche ont bien laissé craindre des lendemains moins chantants, elles sont surtout à mettre au crédit de son compatriote, dont la volonté a tout de suite été de prendre le jeu à son compte. Mais cette alerte n’a eu pour effet que de réveiller une bête toujours aussi impressionnante de puissance, de justesse et dotée d’une densité physique hors norme. Impérial au service durant les trois sets suivants (l’ultime break de Tiafoe étant intervenu pour égaliser à 2-2 dans le deuxième acte), il a également su mettre la pression au bon moment pour faire craquer son ami, tout à fait à la hauteur de l’événement – à l’image de nombreux échanges extraordinaires de force et de précision – mais coupable d’une double faute sur balle de match alors que la quatrième manche semblait se diriger tout droit vers un tie-break logique (4/6, 6/3, 6/3, 7/5 en 3h17).
Cette victoire lui ouvre donc les portes d’une première finale en Grand Chelem, après deux échecs au pied de la dernière marche, ici-même en 2023 puis à l’Open d’Australie en 2025. En brisant ce premier plafond de verre, "Big Ben" a d’ores et déjà prouvé qu’il avait changé, évolué dans la bonne direction, à force de travail et d’abnégation. Et il compte bien en profiter. "Je n’ai jamais été aussi investi et déterminé à être la meilleure version de moi-même qu’aujourd’hui, a-t-il poursuivi. J’ai toujours été un travailleur acharné mais c’est dans de petits aspects complémentaires que j’ai fait le plus de progrès ces derniers temps […] Il y a toujours de la tension, il faut l’accepter, que ce soit au premier tour en demies ou je pense, en finale. Il faut réussir à la surmonter mais personnellement j’en profite, je prends du plaisir. Dimanche, je vais disputer ma première finale en Grand Chelem face à un champion dans cette catégorie, qui plus est tête de série n°1. Les raisons sont nombreuses pour profiter de ce moment. Et savoir que je peux tout donner sur le court, me pousser jusqu’à mes limites absolues à tous les niveaux et voir ce dont je suis capable, c’est vraiment enthousiasmant."
Reste désormais à savoir si la métamorphose sera complète à l’issue du dernier match du tournoi.