Bien plus calme et moins étourdissante que la précédente, la nuit new-yorkaise n’a pour autant pas été avare en enseignements et en accomplissements personnels. De la future accession au trône d’une nouvelle reine en passant par la composition d’un carré d’as, sans oublier la nouvelle marque d’un récent champion en Majeur : voici ce qu’il ne fallait pas manquer ce mercredi à Flushing Meadows.
US Open 2026 : des (nouveaux) statuts assumés
Elena Rybakina, Coco Gauff, Alexander Zverev et Karen Khachanov se sont qualifiés pour les demi-finales du dernier Grand Chelem de l’année.

Rybakina, future n°1 en mission
Il s’agissait de l’un des grands enjeux de cet US Open 2026. Parmi les 128 joueuses en lice dans le tableau principal, quatre d’entre elles avaient la possibilité de s’installer au sommet de la hiérarchie à l’issue du tournoi, selon des scénarios plus ou moins rocambolesques. La mieux placée n’était autre qu’Elena Rybakina, qui "n’avait qu’à" atteindre sa première demi-finale à New York pour s’asseoir sur le trône occupé par Aryna Sabalenka depuis 99 semaines.
Une double quête achevée avec brio mais non sans souffrir face à Qinwen Zheng, de retour à son meilleur niveau et en confiance à la suite de son excellent parcours des qualifications aux quarts de finale. Au cours de ce duel de grandes serveuses, aussi puissantes que précises à l’engagement et sur le deuxième coup de raquette, la championne de l’Open d’Australie a lâché sa première manche de la quinzaine et a dû écarter une balle de break pour empêcher son adversaire de servir pour le gain du match dans le set décisif.
Malgré son faible pourcentage d’opportunités converties (3/13), c’est bien sa solidité mentale qui a fait la différence au terme d’une partie durant laquelle elle s’est également battue avec elle-même (3/6, 6/1, 6/4 en 2h14). "Ça a été un match très difficile, a-t-elle analysé à chaud. J’étais très nerveuse et ce n’était sans doute pas un excellent niveau de tennis mais je suis heureuse d’avoir tenu bon. Le match était programmé tôt et dans ma tête, je me plaignais un peu du soleil, de l’ombre, de plein de détails. Ça a vraiment été un combat intérieur mais je suis contente d’avoir réussi à chasser toutes ces pensées négatives et d’avoir continué à me battre."
Aussi calme sur le court qu’en dehors, la Kazakhstanaise ne s’est montrée ni perturbée ni extatique à propos de son futur classement, elle qui sera pourtant bien officiellement la 30e numéro un mondiale de l’histoire ce lundi. "Pour l’instant, ce n’est qu’un chiffre, a-t-elle poursuivi. Je suis en demi-finales et mon objectif est toujours de remporter les tournois auxquels je participe, je prends toujours match par match. C’est un incroyable accomplissement mais vous savez à quelle vitesse tout peut changer en tennis, qu’il s’agisse du classement ou du déroulé d’un match. Je dois simplement me concentrer sur mon jeu, essayer de de récupérer et profiter de la journée de demain."
Evidemment longuement réinterrogée en conférence de presse sur ce sujet en particulier, elle a maintenu le cap, reconnaissant toutefois la portée historique de ce qu’elle a d’ores et déjà accompli. "C’est quelque chose de grand mais j’ai le sentiment qu’on y pense et qu’on apprécie davantage une fois que notre carrière est terminée […] Mais c’est historique aussi pour le Kazakhstan et je suis fière de représenter ce pays. Dès que j’y retourne, peu importe dans quelle ville, il y a toujours énormément d’enfants. Maintenant, ils jouent au tennis et ils sont de plus en plus nombreux à jouer en club. C’est incroyable de voir des jeunes nous admirer et ça prouve aussi que tout est possible si on y croit et qu’on travaille dur. C’est difficile à dire pour l’instant parce que je n’ai pas encore regardé mon téléphone mais c’est sûr que beaucoup de gens vont me féliciter."
Concentrée sur son Majeur et déterminée à faire toujours plus et mieux, Elena Rybakina disputera sa 5e demi-finale dans la catégorie reine ce jeudi.
Gauff, une histoire de conviction
Les propos de la future reine sur la volatilité d’un match et plus généralement du tennis ont trouvé un certain écho quelques minutes plus tard sur le court Arthur Ashe, lorsque Coco Gauff y a levé les bras vers le ciel et crié toute sa joie et sa rage de vaincre.
De nouveau lâchée par sa mise en jeu (12 doubles fautes, 38% de points remportés derrière sa deuxième balle) et méconnaissable en début de rencontre, l’Américaine a aussi sauvé deux balles de match dans le tie-break du deuxième set, au grand dam d’une Mirra Andreeva qui pourra nourrir d’importants regrets. "Dans ces cas-là, la seule chose que je peux faire, c’est y croire, a analysé la championne de Cincinnati devant les médias. Ça ne fonctionne pas toujours mais je peux contrôler la confiance que j’ai en moi. Même si c’est illusoire, plus j’y vais à fond et plus je parviens à mes fins dans ces moments-là. L’illusion a plus de chances de devenir une réalité."
Également coupable de 42 fautes directes pour seulement 22 coups gagnants, la lauréate de l'édition 2023 a eu le mérite de s’accrocher et de croire en elle, à l’image de ce point dantesque de 39 frappes (!) dans le jeu décisif. Un moment charnière avant de pleinement se retrouver et de dérouler son tennis pour s’offrir son 12e come-back de la saison, sans doute le plus important (2/6, 7/6(7), 6/2 en 2h19).
Un renversement de situation dont elle n’aurait peut-être pas été capable la saison dernière, lorsque les doutes étaient plus forts que les certitudes. "Si l’on prend du recul, je suis clairement ici avec un état d’esprit différent et d’autres perspectives que l’an passé, a-t-elle confirmé. Ça m’inspire pour continuer de travailler car je vois à quel point j’ai progressé en un an. Par exemple, mon service s’est amélioré, même si ça ne s’est pas vu aujourd’hui. Mais ce n’est pas grave, il sera au rendez-vous demain. Même si c’est probablement mon pire match en termes d’engagement avec 12 doubles fautes, j’en aurais probablement été heureuse l’année dernière ! Tout est une question de perspective."
Revenir de nulle part pour s’offrir une 7e demi-finale en Grand Chelem (la deuxième consécutive après Wimbledon) ne devrait pas remettre en question ses nouvelles convictions, bien au contraire.
Zverev, le Grand Chelem de demies
Bousculé à l’occasion de deux premiers tours marathons, Alexander Zverev (n°1) n’a plus perdu la moindre manche depuis, confirmant sa nette montée en puissance face à l’invité surprise Botic Van de Zandschulp en quarts de finale (6/2, 7/5, 6/1 en 2h17). Supérieur dans tous les compartiments du jeu y compris au filet (17/23 soit 74% de points gagnés), il n’a pas connu la moindre sueur froide pour valider sa 51e victoire de la saison (record), la 23e en Majeur. Surtout, en atteignant au moins le dernier carré de chaque Grand Chelem durant la même saison, il entre dans un cercle très fermé puisque seulement huit joueurs avaient réussi cet exploit avant lui dans l’ère Open (Rod Laver, Tony Roche, Ivan Lendl, Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray et Jannik Sinner).
Longtemps critiqué pour son manque de régularité dans les grands rendez-vous, l’actuel n°2 mondial a définitivement changé de dimension depuis son sacre à Roland-Garros. Seulement stoppé par Carlos Alcaraz et Jannik Sinner lors des deux autres levées de l’année, il s’avance une nouvelle fois comme le favori naturel alors qu’il ne lui reste plus que deux matchs à remporter. "Plus on atteint ces stades de la compétition et plus ça devient normal, a-t-il expliqué en conf’. C’est un sentiment très particulier quand ça devient la norme. Mais je ne considère pas que c’est quelque chose d’acquis, loin de là. Tout peut basculer d’un coup au tennis. La confiance est primordiale mais elle peut disparaître très vite et je m’en suis rendu compte après Wimbledon. Je n’ai pas bien joué dans les deux tournois suivants et c’est revenu ici. Je suis heureux de ce qui se passe et j’espère disputer encore deux bons matchs."
Khachanov, la fin d’une longue attente
Sa prochaine affiche devrait rappeler quelques bons souvenirs à l’Allemand. Dans le dernier carré, il retrouvera en effet celui qu’il avait battu sur la dernière marche des Jeux de Tokyo, Karen Khachanov. Très solide tombeur de Learner Tien au tour précédent, le champion du Rolex Paris Masters 2018 n’a pas eu à batailler aussi durement pour retrouver les demies d’un Majeur, trois ans et demi après sa dernière apparition à ce stade de la compétition (Open d’Australie 2023).
Parfaitement lancé à la suite du gain des deux premières manches face à Alexander Blockx, il a vu son adversaire être contraint de jeter l’éponge en cours de troisième set, en raison d’intenses douleurs dans le haut du dos (6/2, 7/5, 3-2 ab.). "Je m’étais très bien préparé pour ce match mais ce n’est jamais facile parce que d’un côté j’avais le sentiment de dominer depuis le début et de l’autre, j’ai bien senti qu’il avait de plus en plus mal, a expliqué le vainqueur. Je le voyais souffrir et je ne voulais pas vraiment m’encourager mais il fallait que je maintienne cette énergie. Je lui souhaite un rétablissement rapide, j’ai vu qu’il souffrait de la tête aux pieds."
Déjà diminué lors de son duel contre Francisco Cerundolo en huitièmes, le jeune Belge était évidemment déçu de voir sa magnifique aventure américaine s’arrêter ainsi. "Mon corps a tout simplement lâché, a-t-il analysé. J’avais déjà eu beaucoup de mal physiquement il y a deux jours […] Mais je suis clairement aller plus loin que ce que j’espérais avant le tournoi. Je crois que je comprends enfin à quel point les tournois du Grand Chelem sont exigeants. On se rend compte aussi que les meilleurs joueurs sont vraiment impressionnants, puisqu’ils parviennent à gagner plusieurs fois d’affilée. Je vais retenir cette belle expérience, ce très beau parcours mais naturellement, je veux toujours faire mieux."
Pour Karen Khachanov en revanche, ce succès synonyme de troisième demie majeure (la deuxième au Bille Jean King National Center) a des allures de retour en grâce qu’il voudra évidemment sublimer vendredi.