A quelques jours du dernier tableau principal de Grand Chelem de la saison, Arthur Fils et Coco Gauff ont frappé fort en s’adjugeant le tournoi WTA / ATP 1000 de Cincinnati. Si l’Américaine avait déjà été titrée ici-même en 2023, c’est en revanche une grande première dans cette catégorie de tournois pour le Tricolore, désormais aux portes du Top 10, des Finales ATP et outsider crédible à la victoire finale à l’US Open.
Cincinnati : Fils prodigieux, Gauff récidive
Arthur Fils est devenu le plus jeune Français sacré en Masters 1000 et le premier depuis Jo-Wilfried Tsonga en 2014.

Fils, la nouvelle dimension
Le timing est parfait et la démonstration de force a subjugué tout le circuit. Au terme d’une glorieuse semaine dans l’Ohio – marquée du sceau de la puissance et de la maîtrise –, Arthur Fils est donc devenu le 5e joueur français récompensé en Masters 1000, le plus jeune aussi (22 ans) et le premier en 12 ans.
Une très grande étape dans la carrière de celui dont la progression a été grandement ralentie par les blessures ces derniers temps. "L’année passée a été très difficile et même cette saison, j’ai manqué Roland-Garros et plusieurs blessures m’ont tenu éloigné des courts, a-t-il expliqué en conférence de presse. Mais quand vous êtes blessé, vous ne pensez qu’à revenir et à vivre ce genre de moments. C’est un sentiment incroyable de remporter ce trophée, d’autant plus que c’est mon premier en Masters 1000. C’est pour ça que je joue au tennis […] J’ai compris beaucoup de choses à cause de cette blessure, ça m’a fait beaucoup de mal ainsi qu’à mes proches mais ils m’ont tous encouragé à revenir plus fort. Je suis un joueur différent sur le terrain, j’essaie de davantage réfléchir, de faire les bons choix, de faire plus de sacrifices et de ne pas jouer comme un enfant. Le travail porte ses fruits, ce n’est que le début mais c’est pas mal !"
Pour succéder à Guy Forget au palmarès de Cincinnati et faire mieux qu’à Miami et Madrid où il avait été stoppé dans le dernier carré, le natif de Bondoufle a fait étalage de sa précision au service et de sa qualité de frappe, particulièrement en coup droit. Des atouts indéniables dans le tennis moderne qui ont notamment eu raison de deux membres émérites du Top 10 et qui lui ont également permis de reprendre le dessus sur la dernière marche, face à Frances Tiafoe. Ainsi, Alex De Minaur et Flavio Cobolli ont craqué dans les grandes largeurs, respectivement en huitièmes puis en demies.
Quant à l’Américain, de nouveau à flot après une deuxième manche pliée en 24 minutes, il n’a pu que subir l’agressivité et les assauts répétés de Fils dans le dernier set. Vainqueur par K.O d’une finale décousue (6/3, 1/6, 6/0 en 1h28) dont le scénario est une preuve supplémentaire de sa force mentale, le Français a signé sa 10e victoire en autant de rencontres disputées au set décisif et son 20e succès en Masters 1000 en 2026, un record pour le tennis tricolore. Et alors que se profilent l’US Open puis Shanghai et le Rolex Paris Masters à l’automne, le nouveau 11e joueur mondial ne compte pas s’arrêter en si bon chemin… "Ce titre est une troisième étape (après ses sacres en ATP 250 et ATP 500, ndlr) et j’ai toujours dit à mon équipe que j’aimerais remporter toutes les catégories de tournois possibles, a-t-il poursuivi. Gagner ici était un objectif mais ce n’est pas une finalité, je vais continuer de travailler encore très dur pour aller chercher de plus grands sacres même si ce ne sera pas facile."
A la suite de cet accomplissement si prestigieux, nul doute que le regard de ses pairs devrait sensiblement changer, tout comme celui de ses plus virulents critiques, qui ont longtemps remis en cause sa capacité à s’imposer au plus haut niveau. "Dire que ça me touche est un grand mot mais ça ne fait jamais plaisir de voir des mauvais messages sur nous, en l’occurrence sur moi, a-t-il conclu. J’utilise tout ça comme un carburant, tout ce que je fais, c’est pour moi, pour mon équipe et ma famille. Mais je le fais aussi pour montrer à ces gens qu’ils ont tort. C’est facile de critiquer mais il faut savoir reconnaître quand on fait de bonnes choses."
Difficile de ne pas être d’accord avec celui qui posera ses valises à New York en tant que champion en Masters 1000 et qui sera tête de série n°10 d’un tournoi au cours duquel il n’aura aucun point à défendre et qui se disputera sans Jannik Sinner mais en présence de Carlos Alcaraz, champion en titre avec lequel il s’entraînera ce mardi.
Gauff, le sourire au bon moment
Dans le tableau féminin, la première finale 100% américaine à Cincinnati depuis 1970 a tourné à l’avantage de la plus jeune des deux compatriotes. Opposée à son amie Jessica Pegula sur la dernière marche, Coco Gauff a remporté son premier titre de la saison et le deuxième de sa carrière dans l’Ohio, rejoignant ainsi Serena Williams et Victoria Azarenka, seules membres du cercle très fermé des multiples championnes à Cincy.
Bousculée lors de son entrée en lice face à Liudmila Samsonova, la lauréate de Roland-Garros 2025 n’a ensuite plus perdu le moindre set, montant indéniablement en puissance pour se défaire très facilement de Marie Bouzkova, Marta Kostyuk ou encore Sara Bejlek, surprenante tombeuse d’Aryna Sabalenka puis de Madison Keys. "Match après match, j’ai pris de plus en plus confiance en moi et dans le travail fourni à l’entraînement, a confirmé la championne. J’ai remporté de très belles victoires cette semaine, je sais désormais que je suis capable de m’en sortir même quand je ne joue pas à mon meilleur niveau. Et je sais également que je peux jouer un tennis exceptionnel comme ça a été le cas parfois cette semaine."
Finaliste à Miami, à Rome puis présente dans le dernier carré à Dubaï, Wimbledon ou encore à Toronto il y a quelques jours, Gauff est cette fois parvenue à concrétiser ses très bonnes intentions, une première depuis Wuhan en octobre 2025, déjà face à "JPeg". Cette dernière, sans doute émoussée par sa demi-finale marathon contre Iga Swiatek, n’a pas eu les armes pour stopper l’ouragan adverse. Impériale en retour, Coco a converti cinq de ses six balles de break et remporté 54% des points sur les premières de sa vis-à-vis. Et si une légère frayeur et davantage d’échanges disputés ont repoussé l’échéance, elle est parvenue à conclure son récital (6/2, 6/4 en 1h14), synonyme de 4e trophée dans cette catégorie.
Surtout, comme il y a trois ans, elle arrivera pleinement lancée à New York, où elle avait remporté son premier Grand Chelem à la suite de son sacre à Cincinnati. "Le chemin a été long mais je suis très heureuse, a-t-elle analysé. Je trouve qu’il y a un monde d’écart entre la joueuse que j’étais l’année dernière et celle que je suis aujourd’hui. Je ne pense pas que ça signifie pour autant que je vais réussir à l’US Open mais au vu du niveau de mes matchs cette semaine, j’espère évidemment pouvoir me servir de cette belle expérience."
Si la concurrence sera rude et le parcours sinueux, nul doute que sa forme actuelle et le parallèle avec la fin d'été 2023 vont donner des idées à celle qui sera soutenue par tout un peuple dans quelques jours…