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Wimbledon 2026 : Tchèques et mat

Karolina Muchova et Linda Noskova disputeront la finale du troisième Grand Chelem de l’année.

Karolina Muchova / Demi-finales - Wimbledon 2026
 - Romain Vinot

Au terme de rencontres aux scénarios bien différents, les deux compatriotes engagées dans le dernier carré sont parvenues à prendre le meilleur sur leurs prestigieuses adversaires pour se donner le droit de rallier la dernière marche de ce Wimbledon 2026. Pour la troisième fois en quatre ans, le Venus Rosewater Dish tombera dans l'escarcelle d'une joueuse tchèque samedi après-midi.

Muchova au mérite, des regrets pour Gauff

On ne peut décemment pas se permettre de résumer une demi-finale dames de Grand Chelem en n’évoquant qu’un seul point. Mais assurément, Karolina Muchova et Coco Gauff se souviendront longtemps de cette amortie sur balle de match de l’Américaine – au cours d’un super tie-break irrespirable – qui a terminé sa course dans le filet alors que le terrain était grand ouvert et les options très nombreuses. En changeant sa décision une seconde avant sa frappe, la championne de Roland-Garros 2025 n’a pas laissé gagner son adversaire mais elle lui a donné une chance de changer le cours de l’histoire et de son propre destin. Car c’est bien la courageuse et talentueuse Tchèque qui disputera sa première finale à Wimbledon ce samedi (6/2, 1/6, 7/6(10) en 2h35).

Bien sûr, il faut être deux pour produire un grand match et la différence se fait souvent sur des détails. Souvent irritants, ces deux poncifs ont toutefois pleinement trouvé leur justification à l’issue de cette partie au sommet. Une bataille entre deux joueuses habituées des grands rendez-vous qui a donc tenu toutes ses promesses, du moins dans la dernière manche. Les deux premières ont manqué de suspense tant elles ont été à sens unique. Mieux entrée dans le combat malgré une première balle en berne (41% de premières dans le set inaugural, 56% sur la rencontre), Muchova a concrétisé deux de ses quatre balles de break quand Gauff a laissé passer cinq chances de revenir. Résultat ? 6/2 en moins de 40 minutes. Un score sec mais mérité au vu de la précision d’un côté du filet et du déchet de l’autre.

Mais elle le savait pertinemment, la vice-championne de Roland-Garros 2023 n’avait pas pour autant un pied en finale, la spécialité de Gauff étant de remonter la pente ou du moins de remporter ses duels en trois sets cette saison (15 avant le début de cette demie). Revenue du vestiaire le regard déterminé et bien plus en jambes que quelques minutes auparavant, la double championne en Majeur a repris les choses en main, d’abord depuis sa ligne de fond de court puis en se ruant au filet. Une tactique payante qui lui a enfin permis de convertir deux balles de break et de recoller au tableau d’affichage, au terme d’un deuxième acte qui a ressemblé à s’y méprendre au premier, dans le sens inverse, vous l’aurez compris (6/1).

Et puisqu’on y repense, il ne suffit pas de deux joueuses talentueuses pour qu’un match reste dans les mémoires, il faut également qu’elles pratiquent leur meilleur tennis, au même moment. Et c’est justement ce qu’a réservé le set final aux heureux spectateurs confortablement installés dans le temple du tennis. Alors qu’on la pensait touchée moralement – puis physiquement lors des derniers jeux – Muchova s’est reprise et a de nouveau mis la pression sur l’engagement adverse, sans toutefois parvenir à prendre les devants. Malgré quelques imprécisions et mauvais choix bien compréhensibles au vu de l’enjeu, le niveau de jeu s’est élevé et à son tour, l’Américaine a obtenu deux opportunités à 4-4, sans plus de réussite. Pour la dramaturgie de l’instant, il était écrit que cette demie se conclurait au super tie-break. La tension a alors bien évidemment atteint son paroxysme.

La poussière s’est échappée des lignes, Muchova a attaqué au point de se détendre de tout son long pour inscrire un point précieux à mi-chemin et Gauff a déployé une défense de fer tout en retrouvant la précision qui est la sienne dans les instants cruciaux. Cette dernière a longtemps couru après le score avant de prendre les devants pour s’offrir la première balle de match à 9-8. La suite, vous la connaissez déjà, son cruel échec a permis à la Tchèque de rester à flots. "Les gens qui ne regardent pas le tennis vont se dire : 'Pourquoi tu as fait ça ?', a expliqué Gauff en conférence de presse. En fin de compte, c’est le choix que j’ai fait. Était-ce le bon à ce moment-là ? Peut-être pas. Mais d’un autre côté, si je l’avais réussi, tout le monde aurait dit que c’était un coup décisif et je pense que c’est ça, le tennis. On perd parfois des points sur des détails."

La première opportunité de conclure de Muchova a ensuite été magnifiquement sauvée par sa vis-à-vis, héroïque. Mais la deuxième a illuminé son visage d’un bonheur qui n’est pas si habituel au cours d'une carrière pourtant longue et brillante. "C’est très agréable d’entendre qu’on est en finale de Wimbledon, a lancé l’heureuse élue du jour sur le court. Ce match a été un combat acharné, c’était une sorte de rollercoaster, nous avons toutes les deux eu des hauts et des bas. J’ai sauvé une balle de match, j’en ai manqué une… Il n’y a pas de place pour la réflexion dans ces moments-là. Nerveusement, c’était très difficile, je ne sais même pas ce que je dis à l’instant-t, je tremble, j’essaie juste de réaliser ce qu’il vient de se passer. L’ambiance est indescriptible ici, merci à tous d’être venus nous soutenir."

Un petit miracle, voilà ce qu'il venait de se passer. Mais plutôt que de rentrer à la maison à l'issue d'un match épique, la 10e joueuse mondiale reviendra samedi sur le Centre Court pour y disputer sa deuxième finale majeure, face à un visage familier.

Noskova, sans trembler

Ce visage n’est autre que celui de sa compatriote Linda Noskova. Novice à ce stade de la compétition dans la catégorie reine, la joueuse de 21 ans – plus jeune finaliste à SW19 depuis Eugénie Bouchard en 2014 – a impressionné par sa maturité et son sang-froid pour prendre le meilleur sur Marta Kostyuk (6/4, 6/4 en 1h19). Comme lors de son quart, la récente championne du tournoi de Berlin est parvenue à se détacher à la fin de chaque manche pour poursuivre son rêve et rejoindre son aînée sur la dernière marche. "Mon objectif est simplement de toujours me concentrer sur moi-même et sur mon jeu, a-t-elle analysé à chaud. Quand je joue à mon meilleur niveau, je sais que je peux rivaliser avec les plus grandes joueuses du monde et obtenir d’excellents résultats. En l’occurrence disputer une finale de Grand Chelem je suppose…"

Meilleure performeuse sur herbe depuis deux ans (elle compte désormais 19 victoires entre 2025 et 2026 sur cette surface, plus que n’importe quelle autre protagoniste du circuit WTA), la tête de série n°12 a de nouveau mixé tous les ingrédients de sa si bonne recette face à une joueuse résolument offensive et qui avait impressionné la galerie en quarts face à Jasmine Paolini. Impériale sur sa mise en jeu dans le premier set (89% de points gagnés derrière sa première), la Tchèque n’a pas eu à détourner la moindre opportunité de break et a pu se concentrer sur ses jeux de retour. Mise sous pression par les montées incessantes de son adversaire (11/12 soit 92% de points gagnés dans l’acte inaugural), l’Ukrainienne a d’abord plié avant de rompre au pire des moments, en commettant une double faute sur la deuxième balle de set adverse.

Moins encline à prendre l’initiative dans le deuxième acte, Noskova a toutefois fait la course en tête grâce à un nouveau break, cette fois plus précoce (3-1). L’alerte de trop pour Kostyuk, qui, sans changer d’un iota son schéma de jeu agressif, est parvenue à débreaker sur sa seule occasion du match. Mais l’espoir n’a été que de courte durée, tant sa jeune adversaire a fait preuve de calme et de réalisme pour conclure cette deuxième demie.

Pour une première à ce stade de la compétition et qui plus est sur un Centre Court qu'elle n'avait encore jamais foulé, Noskova a bluffé l’assistance. De quoi lui offrir une opportunité unique de prouver qu’elle est bien la nouvelle reine du gazon dans deux jours, face à une joueuse qui l'a beaucoup inspirée. "Karolina est une battante et une joueuse incroyable, mais avant tout, c’est une personne formidable. Je suis tellement heureuse de disputer ma première finale avec elle", a-t-elle conclu.