Trois des quatre championnes et champions en Grand Chelem programmés ce mardi sur le Centre Court et le n°1 sont parvenus à rallier les demi-finales au All England Club. Mais ils n’ont toutefois pas tous connu la même facilité pour poursuivre leur aventure.
Wimbledon 2026 : l'heure des champions
Coco Gauff, Karolina Muchova, Jannik Sinner et Novak Djokovic seront au rendez-vous du dernier carré au All England Club.

Djokovic – FAA, l’incroyable sonate au clair de lune
Des passings stratosphériques, des courses effrénées aussi bien vers l’avant que sur les côtés, des frappes claquées le long des lignes résonnant dans les tribunes (toit ouvert comme fermé) et du suspense jusqu’aux derniers coups de raquette : dans la soirée britannique, Novak Djokovic et Félix Auger-Aliassime ont livré une bataille de tous les instants pour rejoindre Jannik Sinner dans le dernier carré. Au terme d’une partie exceptionnelle d’intensité et de spectacle, qui aura duré pas moins de 5h15 (le plus long quart de finale de l’histoire du tournoi), c’est bien la légende du jeu qui a pris le meilleur sur son prestigieux challenger (7/6(10), 3/6, 6/3, 6/7(4), 7/6(4)).
Résumer une symphonie en quelques notes est un exercice périlleux. Au vu du score et du bruit provoqué aussi bien à SW19 que sur les réseaux sociaux, il est probablement inutile de préciser que les deux hommes ont été héroïques et exemplaires, qu’ils ont joué leur meilleur tennis en parfaite harmonie, jusqu’à cet avant-dernier point dantesque à l’issue duquel ils ont terminé les mains sur les genoux, chacun derrière leur ligne de fond de court.
Le premier set - particulièrement au tie-break - avait d’ailleurs annoncé la couleur, les protagonistes se rendant coup pour coup et Novak sauvant trois balles de set avant de finalement virer en tête. Pas abattu pour autant, FAA est reparti au combat et s’est adjugé la deuxième manche, serrant ostensiblement le poing en direction de son clan. Alors qu’ils étaient sur le même tempo ou presque jusqu’à la moitié de leur morceau commun, le "Djoker" a alors décidé d’accélérer pour remporter cinq jeux consécutifs et ainsi boucler la troisième manche puis mener 2-0 dans la quatrième. Un changement de rythme qui aurait pu couper court au concerto mais c’était sans compter sur le calme et le sang-froid d’Auger-Aliassime, de retour aux affaires en un éclair puis de nouveau impérial sur sa mise en jeu et sa ligne de fond (74 coups gagnants dont 29 aces, 11/13 balles de break sauvées).
Ce récital nocturne ne pouvait se terminer autrement qu’au super tie-break et alors que l’horloge affichait bientôt 23h (heure du couvre-feu), c’est bien Nole, 39 ans, qui a donné le dernier coup de baguette pour faire éructer une dernière fois l’orchestre symphonique d’un Centre Court qui n’a pas manqué de remercier ses deux artistes.
Un succès qui ouvre les portes du dernier carré à Novak Djokovic pour la 15e fois à Wimbledon, la 55e en Grand Chelem. Mais pour l’homme aux 24 titres du Grand Chelem, il n’était pas l’heure de parler de chiffres… "J’ai gagné avec une raquette et beaucoup de cœur, a-t-il commenté. Il faut aussi réussir à gérer le stress et la tension générés dans ce genre de matchs […] Tout pouvait encore basculer dans le super tie-break. Ce sont ces moments qui me poussent encore à jouer au tennis, c’est certain. J’aurais préféré que ce soit la finale pour ne pas avoir à m’inquiéter de l’état de mon corps demain mais je suis heureux d’avoir gagné […] Les chiffres, c’est bien mais pour moi, ce n’est qu’une demie de plus. Je ferai le bilan de mes statistiques et du reste quand j’aurais mis un terme à ma carrière. Pour l’instant, je me concentre sur le jeu, je dois récupérer je suis toujours en lice et je vais affronter le meilleur joueur du monde dans deux jours."
Au vu de ce match et du dernier affrontement entre les deux demi-finalistes, on en salive d’avance.
Sinner, la logique respectée
Il n’est plus qu’à deux rencontres de conserver sa couronne. En proie à certaines difficultés physiques et techniques lors de son entrée en lice, Jannik Sinner a depuis rassuré tout le monde en remportant 12 sets consécutifs, dont 3 face à Jan-Lennard Struff ce mardi (7/5, 7/6(4), 6/3 en 2h35) afin de rallier sa dixième demi-finale dans la catégorie reine.
A l’image de son tournoi, il est monté en puissance dans chaque set à l’occasion de ce premier quart masculin du jour. Sur le Court n°1, c’est d’abord lui qui a été challengé sur sa mise en jeu, voyant l’Allemand revenir à trois reprises à 40-40 sans toutefois s’offrir la moindre balle de break. Excellent sur son engagement en début de partie, le joueur le plus âgé (36 ans) de l’ère Open à atteindre ce stade de la compétition pour la première fois en Grand Chelem a toutefois plié en fin de manche. Une aubaine pour le n°1 mondial, qui ne s’est pas laissé prier pour prendre le service de son vis-à-vis sur sa troisième opportunité avant de basculer en tête (7/5).
Un scénario loin de plomber le survivant de la compétition (trois victoires en cinq manches, 7/9 tie-breaks remportés lors de ses quatre premiers matchs) qui a continué de faire jeu égal, au point de s’offrir une balle de deuxième set sur le service adverse à 5-4. Mais comme souvent, malgré la puissance en coup droit et l’habileté de son adversaire au filet, c’est dans ce genre de moments importants que le patron du circuit a su rehausser le curseur. D’abord pour rester en vie dans cet acte et ensuite pour s’adjuger le tie-break et prendre une sérieuse option sur son 3e dernier carré à Wimbledon.
Le troisième set n’a fait que confirmer ce sentiment et cette dynamique. Très solide sur sa ligne et sur son engagement (32 coups gagnants dont 16 aces, 84% de points gagnés derrière sa première), l’Italien a exercé de plus en plus de pression sur la mise en jeu de son opposant, jusqu’à le faire définitivement craquer à un instant plus qu’opportun : pour mener 5-3 puis servir pour le match. "C’est un adversaire très difficile à jouer, il mérite tout ce qu'il a accompli et toutes les réussites de sa carrière, c'est une très belle personne en dehors du terrain, il est entouré d'une équipe exceptionnelle. a d’abord salué le vainqueur du jour. Il a mieux démarré la rencontre que moi, j’ai essayé de trouver mon rythme et de rester solide mentalement. Le deuxième set aurait pu tourner en sa faveur et le tie-break, c’est du 50/50. Quand vous basculez à une manche partout ou à deux sets zéro, ça fait une grosse différence. Donc j’étais un peu plus détendu dans le troisième évidemment. Son pourcentage au service a un peu diminué ce qui m’a aidé à être plus à l’aise. Je suis heureux d’avoir gagné comme ça."
Une victoire clinique, à la Sinner en somme. Voilà qui promet beaucoup avant ses grandes retrouvailles avec Novak Djokovic.
Gauff, le temps de s’ajuster
A l'image du tableau masculin, les deux scénarios des rencontres féminines se sont avérés bien différents. Première joueuse à célébrer son succès, Coco Gauff s’est immédiatement tournée vers son clan en lançant un "How?!". Comment la double lauréate en Grand Chelem est parvenue à se qualifier pour le dernier carré de Wimbledon alors qu’elle n’avait plus gagné un match sur herbe depuis 2024 ? Et surtout, comment a-t-elle réussi à inverser la tendance face à sa compatriote Jessica Pegula après lui avoir offert la première manche sur un plateau en raison de ces trop nombreuses fautes directes en coup droit (4/6, 6/3, 6/3 en 1h48) ?
Probablement parce que l’Américaine de 22 ans est une championne, qu’elle possède un mental d’acier et résiste à tout. "C’est assez incroyable quand on sait que je n’avais pas remporté un seul match sur gazon depuis deux ans, a confirmé la principale intéressée. Dans la première manche, j’ai commis trop de fautes en me précipitant dans les échanges mais au fur et à mesure, j’ai commencé à avoir davantage de réussite sur mon engagement. Nous avons joué un très bon tennis dans les deux derniers sets. J’en ai disputé trois à chaque match ou presque et quand on a cette confiance en soi en tant que compétitrice, on ne panique pas quand la rencontre se prolonge."
Coupable de deux doubles dès le premier jeu et de 17 fautes directes au total dans l’acte inaugural, elle a donné les clés à la joueuse la mieux classée (4e mondial) de ce final 8. Celle qui disputait son tout premier match sur le Center Court n’en demandait pas tant pour prendre les devants, avec la constance et la maîtrise qu’on lui connait.
Mais Gauff, un poil désabusée au moment de repasser par le vestiaire, est donc tout de même parvenue à trouver les ressources pour régler la mire, alliant enfin puissance, précision et jeu vers l’avant. Au cœur d’une bataille à couteaux tirés lors des deux derniers sets, elle a enfin pu prendre l’initiative tout en retrouvant de l’assurance. Si Pegula regrettera sans doute de ne pas avoir été plus tranchante sur ses balles de break ou lorsqu’elle s’est retrouvée à 15-30 sur les engagements de sa partenaire de double, sa cadette est logiquement sortie de ce bras de fer avec le sourire. Une expression qu’elle espèrera conserver à l’issue de sa première demi-finale à SW19, la sixième en Grand Chelem.
Muchova, cinq ans qu’elle attendait ça
Une grande première, c’est aussi ce que vivra Karolina Muchova sur le gazon londonien. Demi-finaliste des trois autres levées majeures par le passé, la Tchèque a complété sa collection de derniers carrés en prenant le meilleur sur Naomi Osaka (7/6(4), 6/4 en 1h40), pourtant tombeuse d’Aryna Sabalenka au tour précédent et qui n’avait jamais perdu à ce stade de la compétition en Majeur dans sa carrière.
Une revanche sur le destin pour celle qui avait été éliminée en quarts lors des éditions 2019 et 2021 et qui n’avait plus gagné le moindre match à Londres depuis cinq ans (quatre défaites au premier tour). Mais ça, c’était avant d’y reposer ses valises en 2026… "J’avais déjà joué trois fois sur ce Court n°1 et mon bilan était de 0-3, a constaté Muchova sur le court. Je n’avais pas une bonne relation avec ce terrain… jusqu’à présent ! Je suis tellement heureuse d’avoir enfin réussi devant vous tous. J’aime le gazon ! J’étais vraiment très nerveuse, Naomi est une athlète incroyable contre laquelle on ne peut jamais se permettre de perdre sa concentration, il faut se battre sur chaque point. Si on lui laisse la moindre occasion, elle la saisit. Je suis tellement heureuse de cette victoire."
De la nervosité, il y en avait des deux côtés du filet à l’image des quatre breaks concédés dès le début de la rencontre. Mais petit à petit, les joueuses ont mis en place leur jeu, les variations de Muchova répondant aux attaques éclairs d’Osaka, déjà battue par sa vis-à-vis en finale de Bad Homburg il y a 10 jours. Dominatrice dans le tie-break au point de mener 6-2, la finaliste de Roland-Garros 2023 a mis un pied dans le dernier carré malgré deux balles de set écartées.
De nouveau impériales au service, les deux joueuses ont maintenu un suspense total jusqu’au 9e jeu de la deuxième manche, moment choisi par Muchova pour porter l’estocade, bien aidée par quelques fautes de la Japonaise. Allait-elle trembler au moment de conclure ? Ses deux aces pour définitivement compléter sa rédemption ont prouvé le contraire. "J’ai perdu deux fois mon service en début de match mais je pense que j’avais besoin de m’habituer au court, a-t-elle expliqué en conférence de presse. Ensuite, j’étais plus à l’aise et il faut dire aussi que ça m’aide beaucoup quand je suis en forme et que je sers bien. Dans les moments difficiles ou sur les balles de jeu, je peux simplement compter sur mon service ou sur le coup d’après."
Dit comme ça, tout paraît plus facile. A voir si cela le sera encore ce jeudi, dans un remake de la demie de l’US Open 2023.