Sur leur lancée de Roland-Garros, des tournois de préparation ou même simplement de ce Wimbledon 2026, les quatre joueuses et joueurs qualifiés pour le dernier carré ont impressionné ce mercredi sur les courts toujours très bien garnis du All England Club.
Wimbledon 2026 : la dynamique fait foi
Marta Kostyuk, Linda Noskova, Arthur Fery et Alexander Zverev ont booké les derniers tickets pour les demi-finales de cette édition 2026.

Fery, c’est toujours la folie
Le "Fery-tale" du "short-king" comme il est désormais surnommé en Grande-Bretagne, se poursuit. Tombeur de Zizou Bergs puis de Grigor Dimitrov au meilleur des cinq manches, Arthur Fery a cette fois totalement maîtrisé son quart de finale face au 10e joueur mondial, Flavio Cobolli (6/4, 7/6(4), 6/0 en 2h14). Un succès synonyme bien évidemment de première demie en Grand Chelem pour celui qui n’avait jusqu’ici jamais dépassé le 2e tour dans une compétition de cette ampleur, qui occupe (plus pour longtemps) le 114e rang mondial et qui a bénéficié d’une wild-card pour intégrer le tableau principal.
Inimaginable et reconnaissons-le, assez féérique. "Je n’en reviens pas, a-t-il balbutié en fin de match. J’ai l’impression de m’améliorer à chaque match. C’est incroyable de jouer sur le Centre Court pour la deuxième fois en deux jours et de remporter une nouvelle victoire […] Je n’avais évidemment jamais été dans cette position auparavant. On va essayer de continuer, de tout faire comme d’habitude, et on verra bien où ça nous mènera."
Vivace, souvent infranchissable, doté d’un service fiable (8 aces, 78% de points gagnés derrière sa première), capable d’accélérations imprenables et toujours enjoué à l’idée de prendre le filet (22/29 points marqués soit 76% de réussite), le Franco-Britannique a le jeu parfait pour réussir sur herbe. Et ce mercredi, il a fait tourner en bourrique le finaliste de Roland-Garros, qu’il avait déjà éliminé un peu plus tôt cette saison lors de son entrée en lice à Melbourne. "Je l’avais affronté et battu en Australie, a-t-il poursuivi. Ça m’a donné un boost de confiance et m’a convaincu que j’en étais capable, même si c’était ma première fois en quarts de finale et qu’il avait déjà atteint ce stade de la compétition en Grand Chelem. J’étais très nerveux mais j’ai juste foncé tête baissée jusqu’à la ligne d’arrivée."
Au terme d’une première manche plutôt équilibrée, il a converti son unique balle de break au meilleur des moments pour faire la course en tête. Malgré son manque d’expérience à ce niveau de compétition, il n’a pas paniqué lorsque l’Italien l’a breaké d’entrée de deuxième manche. Au contraire, il est revenu, a tenu, avant de parfaitement négocier le tie-break pour définitivement faire chavirer un Centre Court bien évidemment acquis à sa cause. La suite ? Un dernier acte digne d’un conte de fées pour devenir le deuxième joueur invité de l’histoire à rallier le dernier carré au All England Club.
Le premier n’était autre que Goran Ivanisevic en 2001 (125e à l’époque), qui était reparti couvert de lauriers. De quoi donner quelques idées à Fery, qui fêtera en plus ses 24 ans ce dimanche, jour de la finale. Mais avant cela, il faudra franchir une très grande étape de plus, face à un tout nouveau champion en Grand Chelem…
Zverev, tous les sorts sont conjurés
S’il n’y aura pas de remake de la finale de Roland-Garros ce vendredi à l’occasion des demi-finales messieurs, ce ne sera donc pas la faute d’Alexander Zverev. Opposé à sa bête noire Taylor Fritz – l’Américain l’avait battu lors de leurs 7 dernières confrontations directes, Laver Cup comprise – dans un quart de finale piège par excellence, le champion de la Porte d’Auteuil a envoyé un signal fort à la concurrence en s’imposant de la tête et des épaules (6/4, 6/4, 6/2 en 1h59). "J’espère jouer encore deux matchs ici, a-t-il souri sur le court. Mais pour l’instant, je suis juste extrêmement heureux d’être en demi-finale, surtout après avoir battu Taylor, qui m’a toujours dominé pendant deux ans d’affilée… J’ai joué un match fantastique et je suis très heureux d’être dans le dernier carré."
Le n°3 mondial, qui n’avait jusqu’ici jamais dépassé les huitièmes de finale à Wimbledon a tout bien fait ou presque, en dominant l’échange depuis sa ligne de fond de court et en maîtrisant parfaitement son tennis et ses nerfs dans les moments clés, à l’image des quatre balles de break écartées dans la première manche (les seules de la rencontre).
Une impression de maîtrise totale inédite dans le temple du tennis au cours de sa carrière. "Je suis simplement très content d’être encore en lice dans ce tournoi, a-t-il confirmé. L’année dernière à la même époque, j’étais déjà en train de m’entraîner sur dur […] Jouer sur ce Centre Court, c’est l’un des plus grand honneur de notre discipline, il n’y a rien de comparable dans ce sport. C’est un rêve qui se réalise pour moi d’enfin parvenir à bien jouer à Wimbledon. J’ai attendu cela assez longtemps."
Avant de penser à un éventuel doublé en Grand Chelem, le 5e joueur allemand de l’ère open à atteindre les demies à SW19 aura, dans deux jours, un magnifique joueur et tout un peuple en face de lui. Reste à savoir s’il parviendra à enfiler le costume du briseur de rêve.
Kostyuk, l’envol se poursuit
Il y a un petit peu plus d’un mois, Marta Kostyuk n’avait encore jamais connu le bonheur de jouer une demi-finale de Grand Chelem. Ce mercredi après-midi, elle a réalisé un merveilleux back-to-back Roland-Garros / Wimbledon en étrillant la finaliste de l’édition 2024, Jasmine Paolini (6/3, 6/2 en 1h09). Les deux genoux au sol avant d’effectuer ses désormais célèbres petits pas de ballerines au terme de sa première sortie très réussie sur le Centre Court, elle est ainsi devenue la deuxième Ukrainienne de l’histoire à rallier ce stade de la compétition au All England Club (après Elina Svitolina, à deux reprises).
"Dieu merci ma coach m’a fait faire une balade ici hier, j’ai été époustouflée par cette entrée et par l’intérieur du court, a-t-elle souri en interview d’après-match. Je me suis dit qu’il me fallait bien une journée pour me remettre de ce que je venais de voir. J’étais déjà venue ici en tant que spectatrice, pour assister à un match de Roger. C’était déjà un moment exceptionnel mais revenir en tant que joueuse et avoir le droit à une entrée d’honneur sur le Centre Court… J’ai pris le temps de m’imprégner de tout ça et désormais je m’exprime devant voir en ayant gagné. C’est un rêve qui devient réalité. La victoire n’était même pas dans mes plans aujourd’hui, je voulais juste prendre du plaisir et offrir un beau spectacle."
Au-delà de sa détermination, de sa technique et de sa rage de vaincre, c’est bien sa joie d’être sur les terrains qui saute aux yeux de tous les observateurs. Et on le serait à moins, quand on sait que la tête de série n°12 vient d’enchainer 21 victoires lors de ses 22 dernières rencontres, une série sublimée par deux titres (à Rouen et au WTA 1000 de Madrid) et donc, deux demies majeures.
Au vu du niveau de jeu affiché aujourd’hui, ces chiffres et cette incroyable dynamique n’ont rien de surprenant. Impériale sur sa mise en jeu (90% de points gagnés derrière sa première et aucune balle de break à défendre), elle a surtout mis à profit sa puissance et ses exceptionnelles qualités athlétiques pour pressuriser son adversaire au retour. Cette dernière n’a connu aucun répit, ne gagnant que 41% des points disputés derrière sa deuxième balle et concédant son service à quatre reprises (deux fois dans chaque manche).
La puissance et la précision de Kostyuk – notamment en coup droit (11 de ses 19 coups gagnants du jour) – lui ont ouvert grand les portes d’un deuxième Final 4 consécutif. Des qualités indéniables qui lui seront de nouveau bien utiles face à l’une des meilleures joueuses sur herbe cette saison.
Noskova, tradition oblige
En termes de pente ascendante, Linda Noskova en connait également un rayon. Après avoir intégré le Top 10 mondial pour la première fois de sa carrière il y a 15 jours, la voici, à 21 ans, dans le dernier carré d’un Majeur. Si elle avait échoué à franchir ce cap lors de l’Open d’Australie 2024, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle y parvienne au All England Club, sur une surface qu’elle maîtrise et qu’elle apprécie particulièrement depuis deux ans.
C’est d’ailleurs assez simple d’en juger : entre 2025 et 2026, elle a d’ores et déjà engrangé 18 victoires sur herbe, plus que n’importe quelle autre joueuse. "Sur gazon, j’ai l’impression de pouvoir pleinement exploiter de nombreux aspects de mon jeu, a-t-elle analysé à l’issue de son succès du jour face à Elise Mertens (6/3, 7/5 en 1h50). Je peux multiplier les amorties, les slices, les montées au filet et j’utilise bien mon service. Mon style m’aide à surmonter tous les moments difficiles. J’ai l’impression d’avoir commencé à m’y sentir à l’aise l’an passé et j’attendais avec impatience de pouvoir y remettre les pieds."
Une panoplie qu’elle a parfaitement su déployer face à la Belge sur le Court n°1. Si elle n’a converti que 2 de ses 11 balles de break, elle l’a fait dans des moments particulièrement opportuns, afin de s’offrir l’opportunité de servir pour le gain de la première manche puis pour le match. Précise, offensive et en réussite sur ses prises d’initiatives, elle n’a laissé que peu d’espoir à sa vis-à-vis, qui s’est tout de même battue jusqu’au bout, à l’image de ce magnifique jeu de service à 4-4 dans le set final.
Malgré quelques erreurs évitables, Linda Noskova a pleinement mérité de devenir la plus jeune joueuse demi-finaliste pour la première fois à Wimbledon depuis sa compatriote Petra Kvitova en 2010. Un exemple particulièrement inspirant pour la Tchèque, dont les compatriotes ont historiquement toujours bien réussi à SW19. "Nous nous sommes affrontées à deux reprises, a-t-elle confirmé. Les deux fois, j’étais un peu abasourdie de me retrouver sur le même court qu’elle. Quand j’étais petite, je l’admirais énormément. A l’époque où je ne connaissais encore pas grand-chose à la discipline, elle incarnait en quelque sorte le tennis de mon pays." Les visages du tennis tchèque sont désormais ceux de Noskova et de Karolina Muchova, également qualifiée pour le dernier carré de cette édition 2026.