Au terme d'une finale exceptionnelle par ses rebondissements, durant laquelle les nerfs des deux joueurs ont été mis à rude épreuve, Alexander Zverev a pris le meilleur sur Flavio Cobolli. Malgré la perte de la quatrième manche à l'issue d'une fin de set et d'un tie-break irrespirables, le grand favori de cette édition 2026 a finalement assumé son statut et fait étalage de sa force mentale, en dominant totalement l'acte final (6/1, 4/6, 6/4, 6/7(5), 6/1 en 4h16). Avec ce succès - le plus important de sa carrière -, Sascha décroche donc, à 29 ans, ce fameux titre en Grand Chelem après lequel il a tant couru ces dernières années. Il devient, par ailleurs, le premier Allemand de l'ère Open sacré à Roland-Garros.
Zverev, la victoire appartient au plus opiniâtre
Après trois tentatives infructueuses sur la dernière marche ces six dernières années, l'Allemand est enfin devenu un champion de Grand Chelem ce dimanche sur la terre battue de Roland-Garros.
Le plus opiniâtre depuis Goran Ivanisevic
Qui plus que Zverev méritait de gagner Roland-Garros, deux ans après une première finale perdue en cinq sets contre Carlos Alcaraz, et quatre ans après une terrible blessure à la cheville survenue au cœur d'une demie titanesque face à Rafael Nadal ? Qui mieux que lui incarne la fameuse citation de Roland Garros (l'aviateur) gravée dans les tribunes du court Philippe-Chatrier, "La victoire appartient au plus opiniâtre", avec ce triomphe obtenu à sa 41e tentative en Grand Chelem ? Seul Goran Ivanisevic avait fait "mieux", en 2001 à Wimbledon, en étant sacré à sa 48e tentative, et après trois finales perdues...
Le Croate avait alors, lui aussi, 29 ans. Et il s'était lui aussi imposé à l'issue d'une finale en cinq sets pleine de rebondissements et de dramaturgie. La tentation est grande de faire le parallèle, d'autant que lors de cette finale contre Pat Rafter, Ivanisevic avait également mené deux sets à un et semblait avoir le match en mains, avant de se faire rattraper par le poids de l'histoire et de ne s'en sortir qu'au bout du suspense.
Cinq actes et de multiples péripéties
La pièce s'est donc également jouée en cinq actes pour Zverev. Le premier fut à lui, rien qu'à lui. Jusqu'à 6/1, 3-3, l'Allemand, parfaitement entré dans son match, a complètement dominé les débats. Sa première "claquait" bien, comme toujours, et son coup droit aussi, ce qui est toujours un baromètre chez lui. En général, chez Zverev, quand le coup droit va, tout va.
Mais l'Allemand s'est tendu subitement, presque sans aucun signe annonciateur, en commettant à ce moment-là ses deux premières doubles fautes, suivies d'une accélération de coup droit dans le couloir. Break Cobolli, qui n'en demandait pas tant. Une récompense pour son attitude, aussi. Initialement très nerveux pour sa première finale de Grand Chelem, le Florentin avait su se remotiver à coups de "Andiamo" et avec le soutien d'une forte colonie azzurra. À croire que son pressing constant avait fini par payer.
Une partie géante de "qui perd gagne"
Et c'est donc à partir du troisième set que le niveau de jeu est monté d'un cran, tout comme l'intensité. Beaucoup plus créatif et surtout beaucoup plus offensif, avec des incursions au filet de plus en plus nombreuses, l'Italien tentait de trouver la faille dans la forteresse adverse. Mais Zverev ne cillait pas. Bien abrité derrière sa première balle de service, formidable rampe de lancement, il traversait ce troisième acte sans avoir à sauver la moindre balle de break. Et à 5-4, rattrapé par la tension, Cobolli commettait un très mauvais jeu qui lui coûtait le break, et donc le set.
Mais on était loin d'être au bout de nos surprises. Dans le quatrième set, le match basculait dans une autre dimension, au fil des rebondissements nombreux et des émotions palpables. Dans cette partie géante de "qui perd gagne" jouée les nerfs à vif, Cobolli se détachait 3-1, puis 5-3. Mais à chaque fois, Zverev revenait aussitôt. L'Allemand, qui commençait à donner des signes de fatigue musculaire au niveau des cuisses (il fit appel au kiné à 6-5 en sa faveur), refusait de se laisser embarquer dans un cinquième set. Et pourtant…
La troisième finale d'affilée en cinq sets...
Le tie-break allait atteindre des sommets de tension et de dramaturgie. Zverev commettait une cruciale double faute à 3-4, qui permettait à Cobolli de se retrouver ensuite, à 6-4, avec deux balles d'égalisation à deux sets partout. Sur la première, il tentait un service-volée audacieux mais manquait une volée haute de coup droit quasiment "toute faite" (facile à dire…) ! L'irréparable ? Non ! Car derrière, l'Italien revenait au score d'une splendide accélération de coup droit long de ligne. Du grand spectacle.
Pour la troisième année consécutive, la finale masculine allait donc se jouer au cinquième set (un "triplé" jamais vu à Roland-Garros depuis le début des années 60). Le 32e match en cinq sets de cette édition 2026, à une unité du record absolu. Mais peut-être celui de trop pour Cobolli. Car c'était l'Italien, finalement, le plus touché physiquement à l'attaque de cette manche finale.
Mené 3-0 double break, Cobolli jouait son va-tout et s'octroyait trois occasions de refaire une partie de son retard, dont une manquée d'un smash dans le filet, tout au bout d'un échange magnifique. C'était l'ultime tournant de cette finale. L'ultime piège pour Zverev au carrefour de son destin. Cette fois, plus rien n'allait pouvoir s'opposer à son rêve. Trois jeux plus tard, l'Allemand s'imposait sur un nouveau break, et sur un nouveau smash manqué de son adversaire. Il touchait enfin au bonheur suprême.
Ce court représente tellement de choses pour moi. J’ai passé les meilleurs moments de ma vie sur ce court, mais aussi les pires. C'est une fin heureuse.
Allongé de tout son double mètre sur la terre battue parisienne, non loin de l'endroit où il s'était écroulé de douleur contre Nadal quatre ans plus tôt, Alexander Zverev ne semblait plus vouloir quitter ces instants magiques. "Ce court représente tellement de choses pour moi, dira-t-il plus tard lors de la cérémonie des trophées. J’ai passé les meilleurs moments de ma vie sur ce court, mais aussi les pires. Je me suis rompu sept ligaments à la cheville, j’ai perdu une finale et désormais, je remporte ce trophée. C'est une fin heureuse."
Un formidable happy end, même, qui lui permet de devenir le premier joueur allemand titré à Paris depuis Henner Henkel en 1937. Qui lui permet aussi de se débarrasser, à tout jamais, du titre honorifique du plus grand joueur de l'histoire à n'avoir jamais gagné de Grand Chelem. Celui de champion de Roland-Garros lui sied beaucoup mieux !