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Wimbledon 2026 : Dimitrov, le droit au bonheur

Bénéficiaire d’une wild-card, le Bulgare a fait chavirer le Court n°1 en se qualifiant pour le troisième tour du Grand Chelem londonien.

Grigor Dimitrov / Deuxième tour - Wimbledon 2026
 - Romain Vinot

Certains succès marquent aussi bien l’heureux vainqueur que le public venu assister à la rencontre. Celui de Grigor Dimitrov – au nez et à la barbe du demi-finaliste de Roland-Garros Jakub Mensik (7/6(5), 4/6, 7/5, 6/3 en 3h15) – en fait partie à plus d’un titre. De la manière à la qualité de l’adversaire en passant évidemment par le contexte, cette victoire sonne comme une nouvelle libération pour un joueur apprécié de tous et dont les émotions et le parcours ne laissent personne indifférent. A 35 ans et malgré son classement (146e mondial), le Bulgare est bel et bien de retour.

La lumière au bout du tunnel

Souvenez-vous l’été dernier. Il y a pratiquement un an jour pour jour (le 7 juillet 2025 précisément), Grigor Dimitrov menait 6/3, 7/5, 2-2 face à Jannik Sinner en jouant le meilleur tennis de sa carrière, celui qui lui avait permis d’atteindre la 3e place mondiale et de remporter les Finales ATP en 2017. Des coups d’une rare beauté, une sensation de lévitation sur le court et une domination totale depuis sa ligne de fond et au filet : cette emprise allait lui permettre de battre le n°1 mondial et de rallier les quarts de finale de Wimbledon pour la première fois depuis 2014, pensait-on.

Mais sur un ultime ace pour égaliser à 2-2 dans la troisième manche, le Bulgare s’était accroupi sur le gazon en se tenant le pectoral droit. Sorti quelques minutes pour évaluer les dégâts et bénéficier d’un traitement médical, c’est en larmes qu’il était revenu sur le Centre Court, contraint à l’abandon pour la quatrième fois consécutive en Grand Chelem (US Open 2024, Open d’Australie, Roland-Garros et donc Wimbledon 2025).

"On commence à tout remettre en question, à douter, a-t-il analysé samedi lors du media day. Au tout début, je n’y avais pas réfléchi en ces termes, je me disais juste ‘Il s’est passé quelque chose mais il n’y a pas de problème’. J’ai pleuré pendant deux heures dans le vestiaire, je suis sorti directement pour aller à l’hôpital et j’ai pensé ‘Maintenant la rééducation commence’. Mais pendant que je récupérais et que j’essayais de rejouer, les questions sont arrivées : ‘Est-ce que je vais pouvoir revenir à 100% ? Est-ce que je vais pouvoir servir à nouveau ?’ Vous lancez la balle et vous avez des flashbacks. C’était un monologue intérieur très bizarre et loin d’être sain. Ça a duré un certain temps et ça m’a vraiment perturbé."

Rompu aux blessures au cours d’une carrière aussi brillante que frustrante, Dimitrov a cette fois connu une longue et lente descente aux enfers, n’apercevant que très récemment la lumière au bout du tunnel. Après une apparition éclair au Rolex Paris Masters (forfait avant son deuxième match), il a ensuite été éliminé au premier tour à Melbourne, Dallas, Acapulco, Miami, Monte-Carlo, Madrid, en qualifications à Roland-Garros mais aussi aux Challengers d’Aix-en-Provence et de Bordeaux…

Ce n’est qu’en juin, à Dublin puis à Majorque, qu’il a retrouvé le chemin et le goût de la victoire. "Ces derniers matchs ont été très importants pour moi car la dernière fois que j’en avais disputé six en dix jours, c’était il y a un an, a-t-il poursuivi devant la presse avant le tournoi. J’arrive désormais à davantage me concentrer sur les aspects positifs alors que je suis habituellement très critique et très dur envers moi-même […] C’est vraiment délicat lorsqu’on perd le contrôle dans notre sport, je n’ai jamais eu à vraiment gérer ça au cours de ma carrière. Je continue d’apprendre et je suppose que j’ai fait un pas dans la bonne direction."

"Me dépasser et jouer au tennis, peu importe le résultat"

Un pas qui s’est donc transformé en avancée considérable à SW19. Vainqueur sans trembler de Dane Sweeny lors de son entrée en lice, le 146e joueur mondial faisait face à un beaucoup plus gros morceau ce jeudi soir, en la personne de Jakub Mensik (18e mondial et tête de série n°15). Un adversaire plus jeune de 15 ans, véloce, capable de déclencher la foudre à chaque frappe de balle et qui sortait tout juste d’un dernier carré en Majeur après s’être pleinement révélé l’an passé en remportant le Masters 1000 de Miami face à son idole Novak Djokovic.

Et ce vis-à-vis s’est justement montré le plus dangereux dans la première manche, obtenant la bagatelle de sept balles de break dont trois de set. Mais à la puissance tchèque (54 coups gagnants dont 31 aces au total), Dimitrov a répondu par ses slices, sa variété, son intelligence tactique et ses services précis (75% de points gagnés derrière sa première sur l’ensemble de la rencontre) pour empocher l'acte inaugural sur sa première opportunité. Insuffisant toutefois pour déstabiliser le demi-finaliste Porte d’Auteuil, reparti au combat avec la même agressivité sur l’engagement adverse pour enfin parvenir à faire le break sur sa 11e tentative et ainsi recoller au score.

Les vieux démons allaient-ils ressurgir pour celui qui semblait enfin prendre un plaisir fou à batailler sur le court ? Que nenni. Le Bulgare a continué son travail de sape à coup de volées (73% de points gagnés au filet) et de revers slicés d’une efficacité redoutable. Et Mensik a enfin craqué sur sa mise en jeu, au pire des moments, se rendant coupable d’une double-faute sur balle de set alors qu’il engageait pour rester dans la troisième manche. Le toit s’est fermé, le son des encouragements du public pour leur chouchou du soir a davantage résonné et malgré un break concédé d’entrée de quatrième acte, Dimitrov a continué de jouer son plus beau tennis. Pour revenir d’abord, puis pour prendre un avantage définitif et conclure avec sang-froid.

De quoi donner et ressentir d’immenses frissons avant de pleinement laisser s’exprimer ses émotions. "Honnêtement, je n’ai pas grand-chose à dire si ce n’est que je suis très heureux d’être de retour et de simplement pouvoir jouer au tennis devant vous, a-t-il déclaré au public à l’issue de la partie. C’est tout, c’est très émouvant pour moi, je suis un peu submergé par l’émotion. C’était un magnifique match mais tout ce que je voulais, c’était pouvoir entrer sur le court et me battre. C’était mon seul objectif, je ne pensais ni à la victoire, ni à la défaite. Je ne pensais même pas tellement à mon physique. L’année écoulée a été tellement difficile… L’important était de me dépasser et de jouer au tennis peu importe le résultat aujourd’hui."

Un résultat qui compte tout de même beaucoup et qui lui ouvre les portes d’un nouveau duel de prestige face à un joueur qui connait les maux du corps et de l’esprit mieux que personne : Matteo Berrettini. De retour à son meilleur niveau malgré son abandon en quarts de finale de Roland-Garros, l’Italien s’est défait d’Arthur Fils un peu plus tôt dans la journée (6/4, 7/5, 3/6, 6/3 en 2h51) et rêve désormais d’un parcours aussi abouti que lors de l’édition 2021, où il avait atteint la dernière marche. Une autre époque, tout comme les premiers affrontements entre les deux revenants, qui datent de 2019 (1-1 dans leur face-à-face). Mais sept ans plus tard, ils vivent de nouveau d’incroyables moments et continuent de faire rêver des millions de supporters partout dans le monde. Et c’est toute la beauté (et parfois la cruauté) de ce sport.