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US Open 2026 : come-backs et invités surprises

Le dernier Grand Chelem de l’année fait décidément la part belle aux revenants et aux nouveaux visages dans le tableau masculin.

Karen Khachanov / Huitièmes de finale - US Open 2026
 - Romain Vinot

A chaque compétition majeure, le tennis se nourrit de grandes victoires, de belles histoires et de cruelles désillusions pour construire sa légende. Cet US Open 2026 ne fait pas exception, tant le suspense, les renversements de situation et les résultats inattendus sont légion depuis 10 jours. Au fil des come-backs et des surprises, deux habitués en quête de renouveau et deux promesses d’un avenir radieux sont parvenus à se hisser au stade des quarts de finale du tableau masculin.

VDZ, retour vers le futur

En 2021, alors âgé de 25 ans, Botic Van de Zandshulp s’était fait un nom – ou plutôt des initiales – en atteignant les quarts de finale de l’US Open après s’être brillamment extrait des qualifications. Seulement stoppé par le n°2 mondial et futur champion Daniil Medvedev dans sa folle aventure, il avait confirmé les espoirs placés en lui la saison suivante. Présent au troisième tour à Melbourne et Roland-Garros, il avait également rallié les huitièmes au All England Club, accédant ainsi aux portes du Top 20 mondial (22e, son meilleur classement en carrière).

Mais depuis, si le double finaliste de l’ATP 250 de Munich en 2022 et 2023 s’est bien imposé dans le paysage comme un empêcheur de tourner en rond (en référence notamment à ses victoires face à Carlos Alcaraz ici même en 2024 et contre Rafael Nadal quelques semaines plus tard en Coupe Davis), son absence de résultats significatifs dans les plus grandes compétitions l’avait tout de même plus ou moins fait retomber dans un certain anonymat. Jusqu’à cet US Open 2026, donc.

Surprenant tombeur d’Alex De Minaur (n°6) en trois sets secs au deuxième tour, il est ensuite sorti vainqueur de Zizou Bergs au bout d’un premier roller coaster de 4h29. Mais ce n’était finalement rien comparé à son huitième de finale disputé hier soir face au lucky loser français Arthur Géa. Au bord du précipice après la perte des deux premières manches, le Néerlandais est parvenu à se recentrer tout en y croyant jusqu’au bout, et ce alors que le Français a obtenu une balle de match dans le tie-break du troisième set avant de servir pour le gain de la rencontre dans la manche suivante.

Malgré une fâcheuse tendance à enclencher l’arrosage automatique (87 fautes directes pour 61 coups gagnants), c’est bien lui qui a fini par remporter le quatrième plus long match de l’histoire du Majeur new-yorkais, après 5h13 d’un combat grandiose par son scénario et son suspense (3/6, 6/7(0), 7/6(7), 7/6(3), 6/4). "C’est sans doute encore mieux que le premier quart de finale que j’ai disputé ici, a-t-il humblement commenté à l’issue de son succès. J’ai traversé quelques années difficiles mais j’ai recommencé à mieux jouer cette saison. Je ne prends pas encore la mesure de ce qu’il vient de se passer mais demain, ce sera un sentiment formidable."

D’ores et déjà assuré de gagner 30 places au classement grâce à son brillant parcours, l’actuel 70e mondial sera aux prises avec Alexander Zverev, ce mercredi. Une "mission impossible" au vu de la forme affichée par la tête de série n°1 lors de ses deux dernières sorties ? Cette expression a depuis longtemps été rayée du vocabulaire de cette discipline, et c’est ce qui en fait toute la beauté.

Khachanov récompensé de ses efforts

Puisque l’on parle marathon, le plus long match de l’US Open justement, Karen Khachanov l’avait perdu lors de son entrée en lice en 2024. Opposé au Britannique Dan Evans, il avait cédé après 5h35 de combat, non sans avoir mené 4-0 dans le set final. Une expérience douloureuse qui tranche avec de bien meilleurs souvenirs, lui qui avait rallié le dernier carré ici même en 2022, quatre ans après y avoir disputé (et perdu) l’un des plus beaux matchs de sa carrière, au troisième tour face à Rafael Nadal. "On vit ces moments et on s’en souvient, a-t-il confié après sa victoire face à Benjamin Bonzi lors de cette édition 2026. Mais d’un autre côté, c’est à chaque fois une nouvelle histoire qui commence. Ces souvenirs, il faut les mettre en perspective et retourner sur le court en gardant de bonnes sensations à l’esprit."

Ce fameux bon ressenti s’est fait rare cette année pour le champion du Rolex Paris Masters 2018 et demi-finaliste de l’Open d’Australie 2023. Retombé à la 50e place mondiale (son plus bas classement depuis 2017) avant le début des hostilités à Flushing Meadows, il restait sur trois défaites inaugurales consécutives (à Los Cabos, Montréal et Cincinnati) qui ne laissaient présager rien de bon à l’issue du tirage au sort. Et pourtant, quand on dit que le tennis peut avoir un charme fou…

Après une entrée en lice très convaincante contre Roman Andres Burruchaga, "KK" s’est offert le scalp de Félix Auger-Aliassime (n°3), a surclassé Benjamin Bonzi, avant de remporter une superbe opposition de styles, aussi physique que puissante cette nuit, face à Learner Tien (7/5, 4/6, 6/7(6), 6/1, 6/4 en 3h50). "Je suis en quarts de finale, c’est tout ce que je peux dire, a-t-il expliqué en conférence de presse. Avant le tournoi, j’avais évoqué le fait que cette année était difficile parce que les précédentes saisons, j’étais régulier, j’ai figuré dans le Top 10 ou du moins dans le Top 20 pendant une longue période. J’avais des doutes, il y a eu des hauts et des bas mais c’est la beauté du tennis, il faut toujours garder un bon état d’esprit et y croire. Tout peut changer en une semaine et il faut être prêt à ça. Évidemment, ça ne tombe pas du ciel, j’ai travaillé pour ça et je l’ai mérité en quelque sorte. Je suis vraiment très heureux de pouvoir de nouveau être à ce stade de la compétition en Grand Chelem."

Aussi surprenante qu’enthousiasmante, sa prochaine affiche l’opposera à Alexander Blockx (21 ans), révélation récente du circuit et premier Belge de l’histoire à atteindre les quarts de finale à New York. Pour ses grands débuts dans le tableau principal de l’US Open, le finaliste des ATP Next Gen a d’ores et déjà fait très fort, en écartant notamment Flavio Cobolli (n°5) de son chemin, avant de magnifiquement confirmer hier face à Francisco Cerundolo (6/3, 4/6, 7/5, 7/5 en 3h16). Malgré une alerte physique dans le set inaugural, il s’est montré solide psychologiquement pour écarter 14 des 17 balles de break auxquelles il a fait face et ainsi poursuivre son rêve éveillé. "Ce matin, j’ai foulé ce court Arthur Ashe pour la première fois, simplement pour m’échauffer, a commenté le demi-finaliste du Masters 1000 de Madrid. Alors jouer un match ici et le remporter, c’est encore plus fou !"

Michelsen au révélateur "Big Foe"

Autre jeune pousse à découvrir les joies d’une première accession au Top 8 en Majeur, Alex Michelsen impressionne par son sang-froid, sa précision et sa réussite depuis le début de la compétition. Seul joueur encore en lice à ne pas avoir perdu le moindre set, le 46e mondial a notamment éliminé Brandon Nakashima (n°16) au deuxième tour, et ce alors que ce dernier restait sur une finale à Montréal et une demie à Cincinnati. Un excellent bilan nord-américain dont ne pouvait pas se targuer son compatriote de 22 ans (5 victoires pour 3 défaites), ce qui ne l’empêchait toutefois pas de croire en sa bonne étoile. "Je suis un peu surpris parce qu’en ce qui concerne ma forme du moment, elle n’était pas terrible avant ce tournoi, a-t-il confirmé lors de sa première grande conférence de presse dans le Queen’s, à l’issue de son huitième victorieux contre Tomas Martin Etcheverry. Mais en même temps, je me donne à fond depuis tant d’années dans ce sport… J’ai toujours eu la conviction que ça finirait par arriver."

Du haut de son mètre 93, ses frappes surpuissantes ont jusqu’ici résonné sur les différents courts du Billie Jean King National Tennis Center, jusqu’à donner des maux de tête à tous ses vis-à-vis. Mais ses armes et sa confiance seront-elles suffisantes pour récidiver contre Frances Tiafoe (n°11), qu’il regardait à la télévision lorsqu’il était plus jeune ? "Je crois que je l’ai vu pour la première fois quand il a affronté Federer ici, sur le court Arthur Ashe, en 2017, s’est-il souvenu. J’avais 12 ou 13 ans, c’était vraiment cool de voir ce match. Je l’ai affronté deux fois et il mène 2-0 donc je vais forcément devoir changer quelque chose. Mais cela dit, ça fait longtemps que je ne l’ai pas joué et j’ai l’impression d’avoir progressé depuis. C’est un gars incroyable et un ami, je pense que ça va être un moment génial, une expérience unique."

En matière de confiance, "Big Foe" s’apparente en effet à un très gros client. Après des mois difficiles, le demi-finaliste des éditions 2022 et 2024 est pleinement de retour à son meilleur niveau, lui qui est enfin parvenu à retrouver le chemin des lauriers à Halle – une première depuis 2023 –, qui a récemment disputé la finale à Cincinnati et qui compte le plus de victoires cette saison sur dur (il a signé la 25e en disposant de Daniil Medvedev (n°7) en huitièmes). Une dynamique et de l’expérience à revendre qui ne l’empêchent pas d’éprouver le plus grand respect pour son jeune compatriote. "C’est incroyable qu’il soit en quarts de finale à 13 ans (rires), a-t-il lancé face aux médias. Plus sérieusement, il joue vraiment bien en ce moment, il a un très bon entraîneur (Kristof Vliegen, ndlr), il joue de manière beaucoup plus offensive. Son service s’améliore, il monte au filet… Il a un jeu complet, ce qui est assez remarquable vu son jeune âge."

Encore une confrontation qui promet beaucoup dans la ville qui ne dort jamais et qui n’arrêtera pas de sitôt de nous surprendre…