Il fut un temps où Marta Kostyuk était sa propre adversaire. Dotée d’un esprit particulièrement vif, l’Ukrainienne avait tendance à considérer les difficultés comme des problèmes à résoudre plutôt que comme des défis à relever. Une approche qui a profondément évolué au cours des douze derniers mois. Portée par une confiance nouvelle, la joueuse de 24 ans a signé une impressionnante série de 16 victoires consécutives au printemps, remportant le plus grand titre de sa carrière à Madrid avant d’enchaîner deux demi-finales en Grand Chelem, à Roland-Garros puis à Wimbledon.
Interview - Marta Kostyuk : "Roland-Garros, une étape majeure dans ma progression"
À l’approche de son deuxième tour à l’US Open, Marta Kostyuk revient sur sa saison remarquable, ses excellents résultats et le changement d’état d’esprit qui lui a permis de franchir un cap.

Maturité psychologique et sportive
"Je pense qu'avec mon équipe, nous gérons simplement beaucoup mieux les mauvais jours, en essayant d’en tirer le maximum et en acceptant les challenges qui se présentent", a-t-elle confié à rolandgarros.com depuis New York, où elle a parfaitement lancé sa campagne en dominant l’Australienne Storm Hunter (6/4, 6/1) lors de son entrée en lice. Nous sommes confrontés à des défis chaque jour, à l’entraînement comme en match. Avant, dès qu’il y avait un obstacle, quelque chose qui n’allait pas, j’avais besoin de le corriger, de le faire disparaître. Aujourd’hui, j’ai compris que cela faisait simplement partie de la vie et du sport. Ce changement a fait une énorme différence."
Si elle est encore jeune, Kostyuk fait toutefois déjà partie des joueuses les plus expérimentées du circuit. Révélée à seulement 15 ans lors de l’Open d’Australie 2018, où elle avait franchi les qualifications avant d’atteindre le troisième tour, elle a appris à composer avec les attentes et les aléas d’une carrière au plus haut niveau.
Au cours des années qui ont suivi, elle n’a pas obtenu de très bons résultats en Grand Chelem. Mais en 2024, elle a atteint les huitièmes de finale Porte d’Auteuil et a surtout gagné en régularité au cours des douze derniers mois. "C’est un ensemble de facteurs, explique-t-elle. J’ai beaucoup travaillé sur moi-même, notamment grâce à la thérapie et à l’introspection. Il y a aussi le travail effectué avec mon équipe, les observations sur les domaines dans lesquels je pouvais progresser. Et puis il y a tout simplement le fait de grandir, de moins subir mes émotions. Cela fait partie d’un processus."
"J’ai simplement senti que le moment était venu"
À Roland-Garros cette année, Marta Kostyuk a atteint un tout autre niveau. Capable de décocher des coups gagnants depuis les quatre coins du court, elle a également mis en avant des qualités athlétiques et une souplesse héritées de son passé de gymnaste. D’ailleurs, lorsqu’elle remporte un titre, elle le célèbre souvent en effectuant un salto arrière. Son remarquable parcours jusqu’au dernier carré à Paris lui a permis d’intégrer le Top 15 mondial.
"C’était un tournoi incroyable, se souvient-elle. J’avais déjà joué énormément de matchs et j’abordais chaque rencontre sans vraiment savoir comment elle allait se terminer. J’ai d’ailleurs failli perdre dès le deuxième tour contre Katie Volynets. C’était extrêmement serré. Puis j’ai battu Iga (Swiatek) et Elina (Svitolina) au cours de duels complètement fous. Roland-Garros a été une étape majeure dans ma progression. Mais je n’ai jamais eu l’impression de forcer les choses. J’ai simplement senti que le moment était venu. Ça a été un déclic encore plus important pour moi que Madrid."
Son aventure parisienne s’est achevée face à la future championne Mirra Andreeva, au terme d’une demi-finale disputée dans des conditions venteuses particulièrement compliquées. Mais elle a confirmé ses très bonnes dispositions quelques semaines plus tard à Wimbledon en atteignant de nouveau le dernier carré, où elle s’est, là encore, inclinée face à la future lauréate, Linda Noskova.
À l’image de sa compatriote Elina Svitolina, Marta Kostyuk profite également de sa visibilité pour rappeler que l’Ukraine est en guerre et continue de se défendre. "J’essaie généralement d’aborder les sujets qui me tiennent à cœur, qu’il s’agisse de santé mentale, de la guerre ou d’autres problématiques actuelles, poursuit-elle. Tout cela fait partie de ma vie. Alors, si je peux simplement en parler autour de moi et partager ce que je vis, peut-être que quelqu’un pourra y réfléchir et éprouver de l’empathie."
Une dynamique très positive
Jusqu’à présent, son meilleur résultat à l’US Open reste un huitième de finale, obtenu l’an passé. Seulement, elle aborde cette édition 2026 en tant que 11e joueuse mondiale – son meilleur classement en carrière – et affiche un niveau de jeu et une confiance rarement atteints. Elle estime également que les conditions de jeu lui sont particulièrement favorables cette année. "J’ai l’impression que les courts sont plus lents, analyse-t-elle. Les balles sont vraiment très lentes et cela me donne davantage de temps pour construire les points. Par le passé, j’avais plus de difficultés ici contre les joueuses qui servaient ou frappaient très fort. Pourtant, j’ai toujours plutôt bien joué à New York. Avant cette saison, mes résultats y étaient même meilleurs qu’à Paris ou à Londres."
Avec déjà 33 victoires au compteur en 2026, Marta Kostyuk surfe sur une dynamique particulièrement positive. Et elle mesure pleinement l’ampleur du soutien dont elle bénéficie désormais. "C’est incroyable, j’ai l’impression que cet engouement ne cesse de grandir, surtout depuis mes parcours à Madrid et à Roland-Garros. J’ai toujours bénéficié de soutien, mais il est devenu beaucoup plus important aujourd’hui. C’est vraiment génial et j’adore ça", conclut-elle avec le sourire.