Deux come-backs grandioses, des larmes de joie, de tristesse et des mots lourds de sens pour exprimer le bonheur aussi bien que le désarroi. Loin d’être avare en chocs et en surprises depuis une semaine, l’US Open 2026 a vécu ce qui fait l’essence de la discipline cette nuit : l’allégresse d’un succès inespéré d’une part et l’affliction d’une défaite qui pourrait laisser des traces de l’autre.
US Open 2026 : émotions contraires
Rêves et cauchemars ont marqué la nuit américaine à l’occasion du troisième tour du dernier Grand Chelem de l’année.

Zheng, le come-back de l’année
La messe était dite, pensait-on. Lorsque le tableau des scores affichait 5-0 en faveur de Madison Keys dans le set décisif, nombreux étaient ceux qui se projetaient déjà sur le huitième de finale de la championne de l’Open d’Australie 2025. Tout le monde même, à l’exception de Qinwen Zheng et de son clan, les poings serrés à l’unisson à chaque échange remporté. Deux jeux plus tard, la championne olympique a sauvé une balle de match au retour, se donnant ainsi une raison supplémentaire d’y croire. L’histoire était en marche. "Elle a très bien commencé le troisième set, j’avais l’impression de ne rien pouvoir faire durant les trois premiers jeux, a analysé la Chinoise en conférence de presse. Je faisais bien les choses mais elle jouait de manière incroyable. Mais quand j’ai inscrit mon premier jeu, j’ai senti chez elle une sorte de doute, elle n’était plus aussi précise qu’auparavant. Elle a commencé à commettre beaucoup de fautes et je me suis dit que je devais me montrer à la hauteur et qu’il fallait que je continue de me battre et de ne surtout pas abandonner."
Sa précision et sa puissance ont ensuite nettement tranché avec les errements adverses, au point de lui permettre d’inscrire sept jeux consécutifs pour finalement s’imposer 1/6, 7/6(1), 7/5 en 2h28. Un come-back aussi flamboyant qu’inespéré, symbole de son retour au plus haut niveau après un énorme passage à vide en raison d’une blessure puis d’une opération chirurgicale au coude droit. Un temps retombée à la 160e place mondiale (elle a démarré le Majeur américain en tant que 121e), l’ancienne membre émérite du Top 10 n’avait pas gagné plus de deux matchs consécutifs depuis son retour sur les courts en septembre dernier.
Contrainte d’en passer par les qualifications à New York, elle vient donc d’enchaîner un sixième succès de rang pour rallier les huitièmes, une première pour une qualifiée depuis… Emma Raducanu, lauréate en 2021. "Quand j’ai décidé de ne pas m’engager à Cincinnati pour m’entraîner avec mon équipe, j’avais conscience que j’allais disputer les qualifications de l’US Open, a-t-elle confié. On a travaillé très dur pour obtenir de bons résultats ici même si je n’y pense pas trop, je veux simplement me battre à chaque match et y mettre toute mon énergie. Ces trois, quatre derniers mois, je n’avais pas la bonne énergie pour jouer au tennis, d’autant que mon jeu et ma condition physique n’étaient pas suffisants pour évoluer au plus haut niveau. Mais après cette intense période d’entraînement, j’ai vraiment senti que j’étais revenue plus forte, aussi bien physiquement que mentalement."
A la suite de cette victoire renversante – l’une des plus belles de sa carrière – Qinwen Zheng a évidemment été emportée par l’émotion. Au-delà de sa beauté, cette folle remontée vient récompenser ses efforts et pourrait bien marquer les prémices d’un renouveau tant espéré. "J’ai déjà ressenti beaucoup d’émotions lors des qualifications, j’avais même pleuré après avoir remporté le troisième match, synonyme d’accession au tableau principal, a-t-elle poursuivi. Le tableau principal, ce n’est pourtant que le point de départ pour tous les joueurs, ce n’était que le début pour moi aussi à l’époque […] Quand j’ai gagné aujourd’hui, je me suis dit que c’était incroyable. Pour une fois, la chance a été de mon côté après ces derniers mois durant lesquels j’ai beaucoup souffert."
"Encore pire que ce que je montrais"
Ce bonheur indescriptible tranche évidemment grandement avec la douleur ressentie par son adversaire, victime de ce come-back qui illustre autant la beauté et la cruauté de ce sport. Toujours très honnête et franche devant les médias, Madison Keys a évoqué un mal plus profond à l’issue de la rencontre.
"Tout le monde a plus ou moins remarqué que c’était difficile ces derniers temps mais au fond de moi, c’était encore pire que ce que je montrais, a-t-elle confié. Certaines semaines sont plus faciles que d’autres et celle-ci fait évidemment partie des plus difficiles, parce que je tiens énormément à ce tournoi […] Je pense que le mal couve depuis un moment, j’ai juste continué et continué encore parce que c’est comme ça que fonctionne le monde du tennis et j’en suis arrivée au point où je dois vraiment faire quelque chose pour y remédier […] A la fin du match, j’ai eu l’impression que je ne pouvais plus jouer au tennis, j’ai eu le sentiment que ça prenait une ampleur bien plus grande que le simple fait de disputer une rencontre."
Cerundolo, l'autre roller coaster
Abattu, Taylor Fritz l’était aussi après sa défaite aux allures de désillusion face à Francisco Cerundolo. Parfaitement lancé vers un quatrième huitième de finale consécutif à Flushing Meadows à l’issue des deux premières manches, le chouchou du public a quelque peu perdu le fil de sa rencontre. A l’inverse, l’Argentin s’est accroché, est monté en puissance et a toujours cru en ses chances. Un come-back qui aurait pu ne jamais voir le jour si l’Américain avait converti l’une de ses occasions de break à 4-3 dans la cinquième et dernière manche. Que de regrets... "Je ne sais même pas quoi dire, a expliqué le finaliste de l’édition 2024 devant la presse. Je n’ai vraiment pas envie de parler ou de voir qui que ce soit. J’ai juste besoin de m’évader quelques jours puis de me remettre au travail. Je ne sais pas comment j’ai pu laisser ça arriver aujourd’hui."
Ces opportunités ont été sauvées par trois premières balles magistrales de celui qui disputait le troisième tour de l’US Open pour la première fois de sa carrière (3/6, 4/6, 6/3, 6/4, 6/4 en 3h39). Après une chaleureuse accolade avec son partenaire de spectacle, Cerundolo a laissé éclater sa joie, prenant alors pleinement conscience de son exploit avant de l'évoquer à tête davantage reposée en conférence de presse. "Je suis super heureux, a-t-il lancé. Jouer mon premier match sur le court Arthur Ashe, être mené deux manches à rien contre Taylor Fritz, membre du Top 10 et ancien finaliste et parvenir à revenir pour gagner, c'est fantastique. Je suis super fier de moi et je pense que j'ai très bien joué au tennis dans les quatrième et cinquième sets."
Ce lundi, la tête de série n°24 aura l'occasion de sublimer son aventure new-yorkaise face à une autre surprise du tableau, le Belge Alexander Blockx (n°28), tombeur du finaliste de Roland-Garros, Flavio Cobolli (n°5).