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US Open 2026 : un big show à l’américaine

Ben Shelton, Frances Tiafoe, Aryna Sabalenka et Jessica Pegula ont composté leur billet pour les demi-finales d’un US Open décidément fou.

Ben Shelton / Quarts de finale - US Open 2026
 - Romain Vinot

Des marathons, de l’émotion, du suspense, des renversements de situation, des exploits, des ovations et des larmes : les premiers quarts de finale du Majeur américain ont condensé tout ce que le tennis peut offrir de plus beau et de plus cruel, au cours d’une journée démarrée à 11h30 et conclue à plus de 3h30 (un record) par des succès marquants.

Shelton, au bout de la nuit et du suspense

Il a donc fallu attendre 3h33 du matin (heure locale) pour connaître l’issue d’un affrontement dantesque, aussi brillant tennistiquement qu’éprouvant nerveusement, tout autant pour les acteurs que pour les heureux spectateurs. Un record absolu, évidemment, puisque la précédente marque (2h50) datait du monumental quart de finale 2022 entre Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Le Murcien était sorti vainqueur de cette bataille. Cette fois, c’est Ben Shelton qui a serré le poing le dernier, pour la énième fois de cette folle soirée. Après 17 tentatives infructueuses, le showman américain s’est donc offert le scalp d’un Top 3 mondial – qui plus est le tenant du titre et grand favori pour son retour à la compétition – afin de s’ouvrir les portes d’une deuxième demi-finale à l’US Open, après celle de l’édition 2023.

Sérieux du premier jusqu’au dernier point, "Big Ben" a fait preuve de cette fameuse constance qui lui avait fait cruellement défaut lors de ses précédentes tentatives sur les dernières marches d’un Majeur. Malgré la perte d’un premier set de haut niveau au tie-break, il est resté dans le combat et a profité des fautes et d’une panne au service du septuple lauréat en Grand Chelem pour enchaîner neuf jeux de rang et ainsi changer la physionomie de la partie. Surtout, il n’a pas paniqué lorsqu’il a manqué deux opportunités de break dans la quatrième manche et que son prestigieux opposant a choisi cet instant pour reprendre le leadership et multiplier les célébrations au terme d’un set à sens unique.

Moins clinique (34 coups gagnants contre 38 pour Alcaraz) mais plus précis (35 fautes directes contre 53), il a refait jeu égal jusqu’à un super tie-break durant lequel la tension a atteint son paroxysme. Comme un symbole, alors que "Carlitos" avait jusqu’ici très bien lu son service, il a conclu son récital et signé la plus belle victoire de sa carrière sur son septième ace du soir (6/7(5), 6/1, 6/3, 1/6, 7/6(7) en 4h28). "Je suis épuisé, a-t-il lâché en interview. C’était la guerre, un match épique, c’était tellement physique… Carlos est l’un des plus grands champions de notre discipline et il n’a que 23 ans. C’est toujours un plaisir de l’affronter, c’est juste incroyable ce qu’il arrive à faire sur un court. C’est sans aucun doute le match le plus enthousiasmant que j’ai disputé dans ma carrière."

De la puissance, du toucher, des échanges à rallonge parsemés de coups de génie, des rebondissements et deux joueurs au sommet de leur art au même moment : tous les observateurs ont eu la douce sensation d’assister à un spectacle marquant, du calibre de ceux dont on se remémore le souvenir avec émotion, des années plus tard. Incroyablement fair-play, y compris dans la défaite, Alcaraz a d’ailleurs affiché un grand sourire au filet avant de confirmer aux journalistes son bonheur d’être définitivement de retour. "Mon objectif était de disputer ce tournoi et de jouer ce genre de matchs en pleine forme. C’était vraiment très serré et je ne vais pas être déçu de ne pas avoir gagné. Je suis heureux et fier de la manière dont je me suis battu […] J’ai quitté le terrain le cœur léger et avec le sourire, c’est exactement ce dont j’avais besoin."

Le réveil de "Big Foe"

Quelques heures auparavant, l’ambiance n’était pas vraiment la même sur le court central. Inconsolable et en larmes, Alex Michelsen est resté un très long moment dans les bras de son ainé Frances Tiafoe à l’issue du premier quart de finale masculin de la journée. Passé tout près d’un dernier carré en Grand Chelem, l’Américain de 22 ans a craqué sous la pression, subissant de plein fouet les effets d’un énième come-back surréaliste dans cet US Open 2026. "Je n’ai pas beaucoup parlé, j’ai essayé de me contrôler mais je n’y suis pas vraiment parvenu, a-t-il expliqué en conférence de presse. Il m’a dit plein de choses sympas et personnelles comme ‘Tu seras là, quand je serai plus vieux, tu seras là et on revivra ce genre de moments’. Vraiment de beaux mots. Frances est quelqu’un de formidable qui a su me réconforter à ce moment-là."

Une déception et une tristesse au niveau de l’occasion qu’il venait tout juste de manquer. Car durant deux sets, quasiment trois, son adversaire était tout simplement absent des débats, méconnaissable. Le spécialiste du Louis Armstrong (10 victoires en 10 matchs dans sa carrière) est apparu timoré, sans idée et surtout sans solution face à la puissance, la précision et la solidité en fond de court de son jeune compatriote. Mais comme souvent – particulièrement cet été à Flushing Meadows – il y a eu un déclic, un moment clé qui a fait tout basculer. En servant pour le match à 5-4 dans la troisième manche, celui qui n’avait jusqu’ici pas perdu le moindre set au cours de sa brillante aventure s’est rendu coupable de deux doubles fautes et a été subitement privé de premières balles.

Logiquement débreaké, il a ainsi lui-même redonné de l’espoir au finaliste du Masters 1000 de Cincinnati. "Il m’a offert quelques cadeaux, notamment deux doubles et j’ai ensuite commencé à peu à peu trouver mon rythme, a confirmé le vainqueur sur le court. J’ai remporté le troisième set et j’ai mieux joué au fur et à mesure du match. Mais c’est un sacré joueur, il aurait dû gagner haut la main aujourd’hui alors un grand bravo à Alex." De nouveau sur de bons rails, "Big Foe" a en effet remporté les six jeux suivants, changeant ainsi complètement la physionomie de ce duel en réussissant tout ou presque.

Mais puisque cette dernière levée de l’année est définitivement placée sous le signe de la dramaturgie, le désormais triple demi-finaliste de l’US Open s’est également retrouvé mené 0-3 dans le set décisif avant de finalement devoir en passer par un super tie-break pour valider son incroyable come-back (5/7, 3/6, 7/5, 6/3, 7/6(6) en 4h39). "Jouer au meilleur des cinq manches est une bénédiction car ça laisse le temps de se remettre dedans et j’ai clairement attendu la dernière minute, a-t-il souri face aux médias. On voit quand une petite fenêtre s’ouvre, on repère les instants décisifs. Un point et tout à coup, quatre heures plus tard, on se retrouve dans une bataille, juste grâce à un seul point. C’est ce qui rend le tennis si unique."

Comme en 2022 et 2024, celui qui se dit "à fond et très enthousiaste" mais qui ne veut évidemment pas s’arrêter là, jouera pour une place en finale de Grand Chelem ce vendredi. Ce sera donc face à son ami Ben Shelton, contre qui il est mené 3-1 dans leur face-à-face mais qu’il avait battu ici-même il y a deux ans…

Sabalenka s’offre un sursis et retrouvera Pegula

Si les échanges se sont autant prolongés dans la nuit américaine, c’est également parce que le premier quart de finale du jour a tenu toutes ses promesses. Et ce n’est pas Aryna Sabalenka, au bord du précipice lorsqu’elle s’est retrouvée menée 2-4 par Linda Noskova dans l’acte final, qui dira le contraire. "Linda est une joueuse incroyable, a-t-elle évoqué sur le court. Je n’ai pas les mots pour l’instant parce que j’ai repoussé mes limites, particulièrement dans la troisième manche. Honnêtement, je pensais que c’était fini, que le match était terminé et perdu et c’est finalement ce qui m’a aidée à me détendre et à aller chercher mes frappes."

Solide dans la première manche et impériale dans le jeu décisif, elle a ensuite subi l’agressivité de la lauréate de Wimbledon, plus régulière mais surtout infranchissable sur son engagement pendant une bonne partie de la rencontre (7/9 balles de break écartées sur l’ensemble du match). Poussée dans un troisième set toujours piégeux puis breakée à la suite notamment de deux doubles fautes particulièrement inopportunes, la championne des éditions 2024 et 2025 a donc eu le mérite de retrouver sa puissance et sa précision lorsqu’elle était dos au mur. Au bout du suspense, c’est par un ace sur deuxième balle qu’elle a conclu le super tie-break, pour arracher une victoire aux allures de rédemption psychologique (7/6(1), 3/6, 7/6(7) en 2h22). "Je pense qu’elle s’attendait à un service kické sur son revers et j’ai eu de la chance qu’elle ne lise pas ce service, a-t-elle analysé en salle de presse. Je suis ravie d’avoir conclu le match sur un ace, sur deuxième balle. Mais ça a été une partie très difficile, je suis heureuse d’avoir su rester offensive et d’avoir fait confiance à mes coups."

Sortir satisfaite d’un tel scénario n’était plus dans les habitudes récentes de la reine du circuit. Privée de sacre depuis son magnifique Sunshine Double au printemps et précocement éliminée en quarts puis en huitièmes à Roland-Garros et au All England Club, elle ne s’est, cette fois, pas écroulée dans le money time et a eu une réaction de patronne. Si le destin de son trône n’est plus entre ses mains (Elena Rybakina sera assurée de devenir n°1 mondiale en cas de victoire sur Qinwen Zheng ce mercredi), Aryna Sabalenka s’est offert un sursis de la plus belle des manières et plus important encore, reste en lice pour réaliser un magnifique triplé new-yorkais. Demain, elle disputera sa sixième demie consécutive à l’US Open, la 15e en Grand Chelem, face à un visage très familier, celui de Jessica Pegula.

L’Américaine a connu un scénario similaire à celui de sa future adversaire lors de son quart contre sa compatriote Emma Navarro. A la différence près qu’elle a dû remonter une manche de retard, en plus d’un break dans le troisième set. Sans évoluer à son meilleur niveau (notamment au service avec seulement 41% de points gagné derrière sa deuxième balle), elle a, comme souvent, fait preuve de patience et trouvé le moyen de faire basculer la rencontre en sa faveur (3/6, 6/4, 6/3 en 2h21). "C’était vraiment dur et éprouvant physiquement aujourd’hui, a-t-elle commenté. L’atmosphère était très humide, je n’ai pas réussi à vraiment servir comme je le souhaitais et j’ai dû lutter contre beaucoup de démons sur le court."

Depuis 2020, elle est la joueuse du circuit qui a le plus souvent remporté une partie en trois manches (90) et réussi un victorieux come-back (48). Ce 50e succès de la saison lui ouvre les portes d’une troisième demi-finale consécutive à Flushing Meadows, la 4e en tout dans sa carrière si l’on ajoute celle disputée lors de l’Open d’Australie 2026. Battue en finale de l’édition 2024 par Aryna Sabalenka et menée 9-4 dans leurs confrontations, "JPeg" peut toutefois se targuer d’avoir gagné deux de leurs trois derniers duels. Et on le sait, elle ne déposera pas les armes si facilement ce jeudi, encore moins devant son public et avec la douce perspective de pouvoir soulever son premier trophée en Majeur et de s’installer au sommet de la hiérarchie…