×

Wimbledon 2026 : sans conteste

Jannik Sinner et Alexander Zverev disputeront la finale messieurs du troisième Grand Chelem de l’année.

Jannik Sinner / Demi-finales - Wimbledon 2026
 - Romain Vinot

Alors que les deux affiches promettaient beaucoup, les deux favoris du dernier carré ont outrageusement dominé les débats afin de rallier sans encombre la dernière marche de cette édition 2026 de Wimbledon. Il s’agira de leur deuxième duel à ce stade de la compétition en Majeur, après l’Open d’Australie 2025.

Sinner, le match référence

Il en fallait un. Jannik Sinner ne pouvait décemment pas rejoindre une deuxième finale de Wimbledon consécutive sans un match parfait, dominé de bout en bout, qui plus est face à l'adversaire le plus redoutable de sa quinzaine sur le papier. Cette partie, il a donc choisi de la livrer ce vendredi, au grand dam d'un Novak Djokovic bien moins en jambes que lors de son quart de finale historiquement long disputé trois jours auparavant. Un récital aussi bien sur son engagement qu'en retour, pour sèchement s'imposer 6/4, 6/4, 6/4 en 2h20.

L’apanage des champions est sans doute de savoir gagner sans jouer son meilleur tennis et d’enfiler ses habits de lumière lors des très grands rendez-vous. Poussé à disputer cinq manches d’entrée de tournoi puis victorieux en trois lors de chacune de ses sorties suivantes sans pour autant définitivement convaincre, le n°1 mondial n'a pas tardé à montrer son vrai visage dans le dernier carré. Celui qui lui a permis de remporter quatre titres du Grand Chelem, de s’installer durablement au sommet de la hiérarchie ou encore de devenir invincible en Masters 1000.

En ne perdant que 17 petits points sur sa mise en jeu (4 dans le premier set, 6 dans le deuxième et 7 dans le troisième), il a eu tout le loisir de se concentrer sur le service du Serbe, sous pression constante du début à la fin de ce sommet. Clinique aussi bien sur sa ligne (40 coups gagnants dont 16 aces pour seulement 15 fautes directes) qu'au filet (17 points gagnés sur 20 montées soit 85% de réussite), il ne s’est pas frustré au moment de manquer ses deux premières balles de break. Avec le sang-froid qui le caractérise, il a patiemment attendu son moment, en sachant sans doute pertinemment que celui-ci allait bien finir par arriver. Il a fait une première différence à 4-4 pour prendre les commandes et ne plus jamais les lâcher.

Novak Djokovic pouvait-t-il seulement avoir voix au chapitre face à une telle démonstration de puissance et de précision ? En théorie oui, car bien qu’émoussé, l’homme aux 24 titres en Majeur fait toujours montre de ressources insoupçonnées. Il a tenté de prendre davantage de risques, de multiplier les services-volées pour déstabiliser le rouleau-compresseur. En vain. Sa première et unique opportunité de break est intervenue dans le quatrième jeu du troisième set et a été sauvée par un ace.

Une impuissance qu’il a lui-même parfaitement résumée en conférence de presse. "On ne peut pas attaquer sa première balle, on peut juste essayer de l'anticiper, de la bloquer, de la remettre en jeu, a expliqué le septuple vainqueur de l’épreuve. Il possède un service imprévisible, avec une grande variété, un excellent équilibre et une puissance impressionnante. Il exploite extrêmement bien sa taille. Sa deuxième balle est également très profonde dans le carré avec beaucoup d’effet… Il peut y mettre beaucoup de vitesse, il ne commet que très peu de doubles fautes. Il est tout simplement très solide et en plus, il enchaîne avec un premier coup très agressif. Si vous jouez un retour trop court, vous vous retrouvez tout de suite exposé, sur la défensive. C’est vraiment difficile de jouer contre lui, surtout en retour."

Cette magnifique revanche après avoir subi la loi de la légende du jeu sur la Rod Laver Arena en janvier offre au patron de la discipline la possibilité de disputer une septième finale de Grand Chelem en trois ans.

Mais si l’Italien reste désormais sur six victoires lors de leurs sept dernières confrontations, il n’a pas manqué de rendre hommage à son inspirant vis-à-vis devant les médias. "C’est vraiment incroyable de le voir encore jouer à ce niveau, a-t-il expliqué. J’ai regardé son match contre Félix et c’était vraiment du grand tennis. Novak est une véritable source d’inspiration pour nous tous, mais aussi pour la plus jeune génération, il prouve à quel point avoir un bon état d’esprit peut avoir un impact positif physiquement et mentalement. Le côtoyer et avoir l’honneur de jouer contre lui, ressentir cette pression lorsqu’on est en face, c’est une chance. J’espère que ces matchs m’aideront aussi bien aujourd’hui que dans le futur."

En ce qui concerne l’avenir très proche, il se décidera ce dimanche face à un joueur contre lequel il a remporté ses neuf derniers duels…

Intraitable Zverev

Puisqu’il faut toujours un ogre dans un conte de fées, Alexander Zverev a joué ce rôle à merveille ce vendredi pour mettre fin à la folle et belle aventure d’Arthur Fery dans ce Wimbledon 2026 (7/6(0), 6/2, 6/4 en 2h14). L’espoir de voir l’invité franco-britannique rallier la finale messieurs n’a finalement duré qu’une manche, le temps que l’Allemand se règle complètement et qu’il devienne injouable.

Car dans les faits, le 114e joueur mondial n’est pas passé à côté de son match. Breaké à 2-1 à la suite d’un revers complètement manqué sur la première opportunité adverse, il n’a pas paniqué pour immédiatement recoller. Encouragé par un public acquis à sa cause et motivé par ses discussions avec Marijana Veljovic sur le fait qu’il entendait des "Let" sur les engagements de son vis-à-vis, il est parvenu à déployer la panoplie qui a fait de lui un phénomène jusqu’au jeu décisif. Mais déjà sur les échanges qui ont précédé, on sentait le champion de Roland-Garros plus déterminé, plus agressif et plus en réussite surtout. Une impression pleinement confirmée par le tie-break (7/6(0)).

Le fameux jeu des sensations contraires s’est alors gentiment mis en place sur le Centre Court. Libéré par cette prise de pouvoir, Sascha a encore davantage lâché ses frappes. A l’inverse, peut-être quelque peu plombé par le scénario de cette première manche, Arthur a sombré. Les passings surpuissants, les coups droits et revers courts croisés ou le long des lignes et les services gagnants ont eu raison de la volonté et du courage de la wild-card. Le tableau des scores s'est emballé pour permettre à l’Allemand d'avoir un pied et demi sur la dernière marche.

Si le dernier acte a été davantage équilibré, Fery s'est de nouveau fait breaker trop tôt pour espérer un énième come-back de folie. Ce vendredi, Alexander Zverev n’était pas d’humeur à douter ou à laisser entrouverte la moindre petite porte. Il n’a d’ailleurs pas rechigné à entrer dans le court, à tenter des amorties ou à prendre le filet pour profiter des temps de retard de son adversaire. Sa feuille de statistiques a d’ailleurs de quoi impressionner la galerie : 9 aces, 77% / 82% de points gagnés derrière sa première / sa deuxième balle, 44 coups gagnants dont 22 en coup droit pour seulement 16 fautes directes, 67% de points inscrits au filet (16/24)… Nul besoin d’aller chercher plus loin.

Grâce à ce succès acquis de la tête et des épaules, Sascha disputera sa première finale à Wimbledon. Il devient ainsi le troisième joueur allemand à se qualifier pour la dernière marche au All England Club (après Boris Becker et Michael Stich) et ce alors qu’il n’avait jusqu’ici jamais dépassé les huitièmes. "C’est incroyable, ce Majeur a toujours été celui qui m’a posé le plus de difficultés et me voilà en finale de Wimbledon, a-t-il souri sur le court à l’issue de la partie. Je suis incroyablement heureux. Et fier aussi, de moi, de mon équipe et de toutes les personnes qui ont participé à ce parcours. Il ne nous reste plus qu’un match à jouer dimanche…"

Cinq semaines seulement après avoir réalisé son rêve de remporter un Grand Chelem sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros, il tentera ce dimanche de réaliser un incroyable back-to-back. La tâche ne sera évidemment pas aisée pour celui qui a désormais atteint ce stade de la compétition dans chacune des quatre levées majeures. Mais avec ce Zverev en lévitation sur le court et définitivement libéré d’un poids, tout peut arriver.