Une affiche très séduisante entre un invité surprise et le récent champion de Roland-Garros puis un duel au sommet attendu depuis le tirage au sort de cette édition 2026 : le dernier carré messieurs de Wimbledon promet de faire des étincelles sur le Centre Court ce vendredi.
Wimbledon 2026 – Demi-finales messieurs : voyage en haute altitude
Focus sur le dernier carré du simple messieurs de ce troisième Grand Chelem de l’année.

Arthur Fery (WC) – Alexander Zverev (n°2)
💪 Le contexte / la forme du moment
Etre 114e mondial constitue-t-il l’assurance de rallier une finale de Grand Chelem ? C’est dans cette position que Maya Chwalinska a réussi cet exploit à Roland-Garros. C’est également en occupant cette place qu’Arthur Fery va tenter de faire au moins aussi bien ce vendredi. Le "short king" comme le surnomment affectueusement ses compatriotes, vit un véritable rêve éveillé depuis 15 jours. Invité par les organisateurs (merci au fameux "british flair") le Franco-Britannique – qui pourrait bien fêter ses 24 ans sur le Centre Court ce dimanche – avait seulement remporté deux matchs en tableau principal de Majeur avant cette édition 2026 : ici-même l’an passé face à Alexei Popyrin et en janvier à l’Open d’Australie contre Flavio Cobolli.
Un finaliste Porte d’Auteuil de nouveau écœuré en quarts de finale de ce Wimbledon par le tennis vif, instinctif, puissant et intelligent du chouchou des gradins. Bousculé voire amené au bord du précipice par certains de ses adversaires durant son incroyable aventure, Arthur est également parvenu à poursuivre son Fery-tale au mental, lui qui a toujours cru en ses capacités malgré plusieurs blessures ayant ralenti sa transition sur le circuit professionnel. "J’ai toujours pensé que je pouvais faire partie des meilleurs joueurs du monde, a confirmé celui qui sera au minimum 36e mondial lundi prochain. Evidemment, être demi-finaliste de Wimbledon, c’est tout autre chose. Mais j’ai simplement réfléchi match par match, je n’ai pas cherché à anticiper quoi que ce soit. Et voilà où j’en suis aujourd’hui."
Pour définitivement suivre les traces de Goran Ivanisevic (wild-card et 125e mondial lors de son sacre au All England Club en 2001), Fery devra toutefois réussir l’ascension d’un sommet encore plus haut perché ce vendredi. Car c’est le n°3 mondial et récent champion en Grand Chelem qui se dresse désormais sur sa route. Libéré d’un énorme poids depuis son sacre à Roland-Garros, Alexander Zverev n’avait jamais affiché un tel sang-froid et une telle sérénité sur les courts du All England Club.
Huitième-de-finaliste au mieux et éliminé dès son entrée en lice en 2025, l’Allemand a certes changé de dimension ces dernières semaines mais il a surtout modifié son approche pour maîtriser une surface qui s’était jusqu’ici toujours refusée à lui. "J’ai adapté mon jeu au gazon, a-t-il analysé à l’issue de son succès face à sa bête noire, Taylor Fritz. Ma position au retour, et plus généralement sur le court, a changé. J’avais déjà tenté ça ces deux dernières années mais je ne m’étais jamais senti à l’aise. Cette fois, c’est un peu différent et j’en suis évidemment très heureux."
Porté par son engagement et sûr de sa force une fois les pieds ancrés sur sa ligne de fond de court, Sascha maîtrise ses nerfs aussi bien que l’échange, qu’il n’hésite d’ailleurs plus à venir conclure au filet, avec parcimonie naturellement. Des qualités indéniables et un état d’esprit irréprochable qui pourraient bien lui permettre de réaliser un formidable back-to-back sur la dernière marche d’un tournoi majeur.
🏆 Leur tournoi 2026
Conte de fées ne rime pas nécessairement avec promenade de santé. Pour se hisser dans le dernier carré, Arthur Fery a régulièrement dû se montrer héroïque, à l’image de ses victoires fondatrices face à Zizou Bergs ou Grigor Dimitrov. Des succès qui ont prouvé sa valeur mais qui ont aussi puisé dans son réservoir puisqu’il a d’ores et déjà passé 16h26 dans son jardin (il a grandi à quelques minutes seulement du All England Club) soit près de 4h de plus que son futur adversaire (12h54).
Le parcours d’Arthur Fery
Premier tour : victoire face à Damir Dzumhur (3/6, 6/2, 6/2, 6/1 en 2h40)
Deuxième tour : victoire face à Otto Virtanen (5/7, 7/6(3), 6/3, 6/3 en 2h58)
Troisième tour : victoire face à Zizou Bergs (2/6, 7/5, 2/6, 7/6(3), 7/6(5) en 4h39)
Huitièmes de finale : victoire face à Grigor Dimitrov (7/5, 3/6, 4/6, 6/4, 7/6(7) en 3h55)
Quarts de finale : victoire face à Flavio Cobolli (6/4, 7/6(4), 6/0 en 2h14)
Un vis-à-vis qui n’a concédé que deux manches sur la route des demies, bien aidé on l’a dit par une mise en jeu particulièrement efficiente et un sang-froid redoutable à l’occasion de ce cru 2026 (78 aces, 81% de points gagnés derrière sa première et de balles de break écartées, soit 17 sur 21).
Le parcours d’Alexander Zverev
Premier tour : victoire face à Alexander Blockx (6/4, 6/7(8), 7/6(5), 7/6(0) en 2h55)
Deuxième tour : victoire face à Valentin Royer (6/1, 6/3, 7/6(3) en 2h04)
Troisième tour : victoire face à Marcos Giron (6/2, 7/6(4), 6/4 en 2h34)
Huitièmes de finale : victoire face à Jiri Lehecka (6/4, 7/5, 3/6, 7/6(6) en 3h22)
Quarts de finale : victoire face à Taylor Fritz (6/4, 6/4, 6/2 en 1h59)
🆚 Face-à-face
Comme on pouvait s’y attendre, les deux hommes ne se sont encore jamais affrontés. Une grande première, on vous dit !
🎤 Entendu en conf’
Arthur Fery : "J'ai vraiment progressé face aux gros serveurs, en acceptant de parfois de prendre des aces et de subir davantage de pression que mon adversaire à l’engagement […] Zverev, c’est encore un cran au-dessus. Mais je suis prêt à relever le défi, je n’ai rien à perdre. Je vais entrer sur le court, jouer mon jeu, faire ce que j’ai toujours fait, croire en moi et on verra où ça me mènera."
Alexander Zverev : "La première fois que j’ai vu jouer Arthur, c’était en Australie. Il avait battu Flavio Cobolli au premier tour et j’avais regardé ce match. Il m’avait déjà impressionné à l’époque avec sa très belle technique et ses coups de fond de court très précis. Je trouvais que c’était déjà un très bon joueur de tennis à l’époque. Bien sûr, c'est peut-être un peu surprenant qu'il soit en demi-finale mais je pense qu'il le mérite. Ses victoires, la façon dont il s'est battu pour remonter au score dans certains de ces matchs, c'est formidable à voir. C'est une belle histoire et je suis très heureux de l'affronter."
Jannik Sinner (n°1) – Novak Djokovic (n°7)
💪 Le contexte / la forme du moment
Allait-il résister physiquement à ses adversaires et à l’étouffante chaleur qui pesait sur la capitale britannique ? Serait-il prêt mentalement à batailler après la désillusion de son deuxième tour à Roland-Garros ? Ces questions trottaient dans la tête de nombreux observateurs avant le début de Wimbledon et force est de constater que Jannik Sinner y a – une nouvelle fois – répondu sur le court. Ces interrogations n’étaient d’ailleurs sans doute pas totalement légitimes au vu des exceptionnelles performances du numéro un mondial avant son "accident" Porte d’Auteuil. Couronné à l’occasion des cinq premiers Masters 1000 de la saison, il a enchaîné pas moins de 30 victoires consécutives dont 28 sans perdre la moindre manche.
Se relever fait partie de son ADN, comme il l’avait prouvé ici-même l’an passé en prenant une revanche royale sur son plus grand rival Carlos Alcaraz, un mois seulement après sa déchirante défaite lors de la légendaire finale parisienne. Et si sa série de succès s’est brutalement et trop précocement interrompue, il ne faut pas non plus oublier qu’elle avait suivi de près un autre revers marquant dans le dernier carré de l’Open d’Australie, dont il était double tenant du titre. S’il n’a peut-être pas encore livré une partie époustouflante et digne d’un futur champion, nul doute qu’il sera prêt à le faire au moment d’entrer sur le Centre Court face à son bourreau Down Under.
Car les années passent mais la légende du jeu continue de marquer de son empreinte les événements majeurs de la discipline. A 39 ans, Novak Djokovic poursuit inlassablement sa quête d’une 25e étoile et semble de plus en plus proche de réaliser son rêve ultime. Finaliste de l’Open d’Australie après avoir battu son futur adversaire du jour au terme d’un combat monumental, il n’avait pas réussi ce fameux combo diabolique deux jours plus tard face à Carlos Alcaraz.
Eliminé au troisième tour de Roland-Garros par le jeune Joao Fonseca au terme d’une magnifique empoignade, il s’est immédiatement tourné vers le gazon et s’est dit bien mieux préparé physiquement et tennistiquement au moment de poser les pieds dans son temple. Les faits lui donnent raison puisque le septuple vainqueur de l’épreuve y disputera ce vendredi sa 15e demi-finale, la 55e au total dans la reine des compétitions. Et si son parcours semé d’embuches peut soulever quelques interrogations quant à sa fraîcheur au moment d’aborder ce nouveau sommet, son sourire et ses coups de raquette à Aorangi Park au lendemain de son mémorable marathon face à Félix Auger-Aliassime laissent à penser qu’il sera lui aussi disposé à en découdre ce vendredi.
🏆 Leur tournoi 2026
Mis en difficulté par Miomir Kecmanovic lors de son entrée en lice, le patron est progressivement monté en puissance pour ne plus lâcher un set en route et s’ouvrir les portes d’une 3e demi-finale au All England Club, la 10e en Grand Chelem. S’il n’est pas aussi impérial qu’à l’accoutumée, il s’est toutefois montré clinique dans les moments importants, notamment en quarts face à Jan-Lennard Struff. Ses statistiques prouvent d’ailleurs qu’il est loin d’être en méforme : 85% de points gagnés derrière sa première, 225 coups gagnants, 74% de points gagnés au filet…
Le parcours de Jannik Sinner :
Premier tour : victoire face à Miomir Kecmanovic (4/6, 6/3, 6/7(6), 6/2, 6/3 en 3h30)
Deuxième tour : victoire face à Nuno Borges (7/6(4), 7/6(2), 6/4 en 2h32)
Troisième tour : victoire face à Jenson Brooksby (6/4, 6/3, 6/4 en 2h14)
Huitièmes de finale : victoire face à Shintaro Mochizuki (6/3, 7/6(0), 6/3 en 2h25)
Quarts de finale : victoire face à Jan-Lennard Struff (7/5, 7/6(4), 6/3 en 2h35)
Si son futur adversaire n’a joué qu’un seul match de plus de trois sets, Novak Djokovic a connu un parcours diamétralement opposé. Facile vainqueur de Stefanos Tsitsipas au deuxième tour, il a au moins concédé une manche lors de ses quatre autres sorties. Des tableaux d’affichage qui expliquent qu’il ait passé 3h15 de plus que Sinner sur les courts (16h32 contre 13h16). Un bilan global quelque peu plombé, il est vrai, par le plus long quart de finale de l’histoire du tournoi, remporté au super tie-break face à FAA. Une donnée qui pourrait avoir son importance…
Le parcours de Novak Djokovic :
Premier tour : victoire face à Yibing Wu (6/4, 5/7, 6/4, 6/4 en 3h12)
Deuxième tour : victoire face à Stefanos Tsitsipas (6/3, 6/4, 6/2 en 1h38)
Troisième tour : victoire face à Arthur Rinderknech (7/5, 6/4, 1/6, 7/6(4) en 3h01)
Huitièmes de finale : victoire face à Roman Safiullin (7/6(6), 6/3, 3/6, 6/3 en 3h26)
Quarts de finale : victoire face à Félix Auger-Aliassime (7/6(10), 3/6, 6/3, 6/7(4), 7/6(4) en 5h15)
🆚 Face-à-face
Inutile de préciser que les deux hommes se connaissent parfaitement et qu’ils ont pris la bonne habitude de se donner rendez-vous dans le dernier carré de chaque Grand Chelem ou presque. Sur une série de cinq défaites consécutives entre la fin d’année 2023 et la mi-saison 2025 (élimination en demies de l’Open d’Australie 2024 puis de Roland-Garros et Wimbledon 2025 notamment), Novak Djokovic a donc mis fin à l’hémorragie de manière grandiose sur la Rod Laver Arena en janvier. Un succès mémorable dont il tentera sans doute de s'inspirer, bien que la surface soit différente. Mené 6-5 dans ce face-à-face, le Serbe domine toutefois leurs confrontations à Wimbledon (2-1).
🎤 Entendu en conf’
Jannik Sinner : "Contre Novak, j’ai l’impression que chaque match est différent. Même si j’ai eu une belle série de victoires contre lui, chaque rencontre avait sa propre histoire. C’est particulièrement le cas sur cette surface : si c’est un jour sans au service ou si on ne sent pas bien la balle, c’est forcément très difficile. Novak a remporté ce tournoi tant de fois, il sait exactement comment l’aborder. J’ai hâte d’y être."
Novak Djokovic : "A Melbourne, j’avais disputé une très longue demi-finale contre Jannik et ici, j’ai joué un marathon en quarts. Et maintenant je retrouve Sinner dans le dernier carré. Mais la grosse différence, c’est la surface. L’Open d’Australie, c’était le premier grand tournoi de l’année pour moi et après plusieurs mois de pause et de préparation, j’étais plus frais. C’est un peu différent maintenant. Mais quoi qu’il en soit, c’est encore un parcours exceptionnel et historique en Grand Chelem. J'essaie toujours de prouver, à moi-même et aux autres, que je suis capable de rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde et de les battre sur les plus grandes scènes. C'est ce que j'ai fait en Australie et c'est ce que j'ai fait ici."