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Troisième tour : Fonseca, l'acte fondateur

À seulement 19 ans, Joao Fonseca s'est offert une victoire exceptionnelle et historique face à Novak Djokovic (4/6, 4/6, 6/3, 7/5, 7/5, en 4h53) ce vendredi au troisième tour de Roland-Garros.

Joao Fonseca / Troisième tour - Roland-Garros 2026
 - Rémi Bourrieres

Mené deux manches à rien au cours d'une rencontre d'abord largement dominée par l'homme aux 24 titres du Grand Chelem, Joao Fonseca a réalisé l'impensable au cœur d'un court Philippe-Chatrier incandescent. De plus en plus puissant et agressif, le Brésilien a refait son retard avant de prendre le dessus, concluant son récital de résilience et d'abnégation par trois aces.

Après 4h53 d'un combat mémorable, il est devenu le premier teenager à battre le "Djoker" en Majeur. Et le premier depuis 2011 à lui infliger une telle remontada. "J'ai juste joué, j'ai juste pris du plaisir à être sur le court, a-t-il confié lors de son interview d'après-match. C'est la première fois que je jouais contre lui, je ne pensais pas aux conditions, j'essayais juste de renvoyer la balle. On a toujours l'impression que Djokovic a 20 ans. À la fin du match, on aurait dit qu'il était plus en forme que moi !"

Une victoire qui peut faire date

L'avenir le dira, mais il y a fort à parier que Roland-Garros se souviendra de ce 29 mai 2026 comme une date fondatrice dans la carrière de Fonseca. Il est des victoires qui propulsent une destinée, un peu à l'image de celle conquise par Roger Federer, à 19 ans lui aussi, en 2001 à Wimbledon, contre Pete Sampras. Même s'il est un peu tôt pour parler de passation de pouvoir, sur un plan symbolique, ce succès du Brésilien face à la légende serbe est du même acabit.

Avant tout, c'est un exploit phénoménal, surtout à cet âge. On l'a dit, jamais un teenager n'avait battu Djokovic en Grand Chelem. Pas même Rafael Nadal (à quelques jours près), pas même Carlos Alcaraz (à quelques semaines près). Fonseca, qui avait déjà remonté deux sets de retard au tour précédent contre Dino Prizmic, est par ailleurs devenu le premier teenager à réussir deux exploits de ce type dans un Majeur depuis près de 40 ans (Aaron Krickstein, US Open 1986).

Il l'a fait grâce à sa foi inébranlable en lui-même, et grâce à sa joie de jouer communicative. C'était son leitmotiv du jour. À ce stade de sa carrière, c'était avant tout une chance et un privilège de jouer un tel match, sur un tel court, contre un tel joueur. Un état d'esprit qu'il n'a jamais perdu de vue, même après avoir été surclassé dans les deux premières manches, se montrant alors beaucoup trop approximatif, peut-être justement par excès d'enthousiasme.

Il faut dire qu'en face, Djokovic proposait un nouveau chef d'œuvre sur le plan tactique. Mais il a suffi qu'il baisse d'un poil sur le plan physique au troisième set pour que le Brésilien s'engouffre dans la brèche. Fonseca s'est également adapté tactiquement, en augmentant notamment sa dose d'amorties pour créer de l'incertitude. Et c'est à partir du quatrième set que le match est vraiment entré dans une autre dimension.

Soudain, le festival carioca

C'est à partir de là aussi que Fonseca est devenu grand. Très grand, même, pour écarter avec beaucoup de cran deux cruciales balles de 5-3 dans ce quatrième acte. Ou pour effacer un break de retard au cinquième set (3-1), grâce à deux énormes accélérations de coup droit. Le Serbe donnait certes des signes de fatigue, mais il était là et bien là, fidèle à lui-même, jusqu'au bout. Il est même passé à deux points du succès, à 5-4, 40-40.

Mais le Carioca a tenu bon. Puis il a soudainement pris feu, breakant à 5-5 sur une constellation de coups gagnants, dont une ultime amortie de coup droit, le tout dans une ambiance de festival. Servant pour le match à 6-5, il s'est alors retrouvé face à une balle de débreak. D'aucuns auraient, a minima, tergiversé. Lui a donc aligné trois aces d'affilée "pour la première fois de ma vie". On appelle ça le sens du timing.

Un nouveau vainqueur en Grand Chelem assuré

Pour la première fois, Joao Fonseca sera donc en huitièmes de finale d'un tournoi majeur. Un stade avant lequel Djokovic ne s'était plus incliné à Roland-Garros depuis 2009. Un stade auquel, pour la première fois depuis Roland-Garros 1968, on ne retrouvera aucun ancien vainqueur de Grand Chelem. Novak Djokovic était le dernier encore debout. Il est tombé, mais à l'issue d'une défaite qui ne fait que le grandir encore un peu plus. C'était, tout simplement, le plus long match de sa carrière à Paris. Avec lui, la légende ne s'arrête jamais.

Toujours aussi sportif, Nole a ensuite réservé une accolade pleine de respect à son bourreau du jour, définitivement adoubé dans la caste des grands. Puis il a quitté le court Philippe-Chatrier en adressant un cœur au public. Le reverra-t-on l'an prochain ? C'est l'éternelle question. Personne n'a la réponse, pas même lui, comme il l'a signifié en conférence de presse. Profitons juste du moment. Et de ce Roland-Garros définitivement fou.