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Édition 2026 : qui peut battre Jannik Sinner ?

Le n°1 mondial débarque à Roland-Garros sur une série de 29 victoires. Peut-il perdre à Paris ? Et si oui, contre qui ?

Jannik Sinner / Roland-Garros 2026 / Entrainement
 - Rémi Bourrieres

Même Rafael Nadal - maître absolu de la terre battue - n'est peut-être jamais arrivé à Roland-Garros avec une pancarte aussi imposante dans le dos. En l'absence du double tenant du titre Carlos Alcaraz, son bourreau ces deux dernières années Porte d'Auteuil (en demies en 2024 puis lors d'une mémorable finale en 2025), Jannik Sinner s'avance comme l'immense favori de cette édition 2026.

Un bolide lancé à pleine vitesse

Petit rappel des chiffres, pour commencer. Ils sont vertigineux. Le patron de la discipline n'a plus perdu depuis février et un quart de finale à Doha face à Jakub Mensik. Il a remporté les six derniers Masters 1000 du calendrier (le Rolex Paris Masters fin 2025, puis Indian Wells, Miami, Monte-Carlo, Madrid et Rome en 2026), un record. Un triplé sur ocre inédit depuis l'épopée nadalienne de 2010. Et il reste sur 29 victoires consécutives, série en cours…

C'est donc lancé à pleine vitesse que l'Italien s'attaque au seul Grand Chelem qui manque encore à son palmarès. Et une question revient désormais partout : qui peut le battre ici, et surtout comment ? "Franchement, c'est très compliqué, a concédé Daniil Medvedev lors du Media Day. La seule solution, c'est d'être à son meilleur niveau pendant cinq sets. Courir, frapper fort, bien servir, bien retourner… Être au top partout, parce que lui est partout. À Rome, je l'ai été pendant le deuxième set. Et puis, il m'a suffi d'un mauvais jeu de service au troisième pour perdre le match. Contre lui, on ne peut pas se relâcher."

Medvedev, qui pourrait affronter Sinner en demi-finales (stade qu'il n'a jamais atteint à Roland-Garros), fait partie des rares à avoir réussi à le bousculer ces derniers temps. Il a été le seul à lui prendre un set à Rome, et même à le pousser dans ses retranchements physiques. Hormis peut-être la révélation espagnole Rafael Jodar à Madrid, ils sont très peu nombreux à avoir réussi à fissurer l'armure de l'Imperatore au cours de sa croisade printanière.

Mais à tout seigneur tout honneur : l'homme le mieux placé pour le battre reste le dernier à l'avoir fait en Grand Chelem. Ce n'est autre que Novak Djokovic, auteur cette année, en demi-finales de l'Open d'Australie, d'une démonstration tactique face à celui qui est souvent désigné comme son héritier naturel. Lequel l'avait battu au même stade de la compétition, l'an dernier, à Roland-Garros et à Wimbledon.

Djokovic, Mensik, Griekspoor et Bublik : un carré VIP

Alcaraz mis à part, le Serbe est l'un des quatre seuls joueurs à avoir battu Sinner depuis deux ans : un club très fermé auquel il faut ajouter Jakub Mensik à Doha, on l'a dit, ainsi que Tallon Griekspoor l'an passé à Shanghai (sur abandon) et Alexander Bublik à Halle, quelques mois plus tôt. Voilà, fin de la liste. Même Alexander Zverev, challenger principal de l'Italien à la lumière du classement ATP, n'en fait pas partie. Il reste sur une série de neuf défaites d'affilée, dont une très sèche récemment en finale à Madrid (6/1, 6/2).

Tout le monde essaie de nouvelles choses pour me battre. Je suis certain que des matchs très difficiles m'attendent ici.

Sur le papier, Jannik Sinner semble donc presque imbattable. Mais méfiance : le tennis est un sport qui aime les scénarios contrariés, surtout à Roland-Garros. Dans l'ère Open, deux joueurs sont arrivés Porte d'Auteuil sur une série encore plus impressionnante : John McEnroe en 1984 (36 victoires) et Novak Djokovic en 2011 (39). Aucun des deux n'est reparti avec la Coupe des Mousquetaires.

Comme eux, le patron du circuit devra composer avec la pression d'une quête encore inachevée à Paris, un mercure en nette hausse et avec des adversaires prêts à tout pour le faire vaciller. "Tout le monde essaie de nouvelles choses pour me battre, c'est normal, a-t-il reconnu lors de son Media Day. Il faut être prêt à répondre à ça. Prêt aussi au format en cinq sets, qui est toujours différent. Je suis certain que des matchs très difficiles m'attendent ici."

Le Transalpin sait mieux que quiconque que le danger peut surgir de partout, y compris de joueurs moins attendus. Tous observent le phénomène avec fascination, comme l'a raconté Valentin Vacherot, qui a eu la chance de s'entraîner récemment à deux reprises avec lui : "Il fait une faute toutes les demi-heures, c'est là où il fait la différence. J'ai ressenti la même chose avec Carlos Alcaraz : en deux heures d'entraînement avec ces joueurs-là, on comprend immédiatement ce que l'on doit travailler".

Taylor Fritz (éliminé au premier tour ce dimanche) résume parfaitement la quadrature du cercle : "Pour battre Sinner, il faut être dans un jour exceptionnel où tout fonctionne, surtout sur les points importants. Car lui, il joue incroyablement bien sur les points clés. C'est comme ça qu'il prive très vite ses adversaires des petites opportunités qu'ils parviennent à se créer. Il faudra sans doute un alignement de plusieurs facteurs pour le faire tomber ici. Mais cela reste du sport : tout peut arriver".