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Jodar, atouts indéniables et marge de progression

Focus tactique sur l'un des nouveaux grands espoirs du tennis mondial, opposé ce mardi à Alexander Zverev en quarts de finale de Roland-Garros.

Rafael Jodar, R3, Roland-Garros 2026
 - Hadrien Hubert

Qui d’autre qu'un "Rafa" - prénom prédestiné - pour alimenter le brasier du tennis espagnol ? Au pays de Nadal, un jeune Madrilène vient de faire son entrée dans le grand monde : Rafael Jodar, 165e mondial en janvier, toque désormais à la porte du Top 20. Un titre à Marrakech comme acte de naissance, avant de chatouiller les cadors à Barcelone, Madrid et Rome. Ce mardi, il tentera de dépasser les attentes placées en lui face à Alexander Zverev, tête de série n°2 et favori du tournoi.

Comme un grand 

Au premier regard, Rafael Jodar en impose par sa taille. Culminant à 1,91m, il possède les caractéristiques physiques de ce qui se fait de mieux dans le tennis moderne. Depuis une dizaine d’années, les ambitieux et les champions confirmés peuvent frôler le double mètre. Il y a eu, dès 2014, l’avènement d'Alexander Zverev et de Daniil Medvedev. Puis Taylor Fritz, Félix Auger-Aliassime et Jannik Sinner leur ont emboîté le pas. La nouvelle génération dorée semble suivre le même chemin : Jakub Mensik, Joao Fonseca, et donc Rafael Jodar. Ils mesurent entre 1,88m à 1,96m et sont au rendez-vous des quarts de finale Porte d'Auteuil.

Si, par le passé, les grands gabarits étaient davantage catalogués comme des serveurs pur jus, en difficulté loin du filet, la donne a désormais changé. Mobiles, souples, vivaces, ils peuvent tout autant ferrailler en fond de court que briller par leurs offensives. Rafael Jodar incarne ce changement de modèle. C’est d’ailleurs ce qui a frappé Toni Nadal quand il l’a vu pour la première fois : "L'intensité de son jeu de jambes et la rapidité avec laquelle il s’engouffre dans le court" l’amènent à penser que le Madrilène deviendra "l'un des meilleurs", a-t-il expliqué dans le quotidien espagnol El País. Et il sait de quoi il parle.

Au plus haut niveau, Jodar s'illustre dans tous les secteurs qui comptent. Prenons par exemple la qualité de retour, souvent présentée comme un marqueur pertinent pour évaluer les joueurs prometteurs. En 2026, l’Espagnol fait (déjà) partie des meilleurs relanceurs du circuit. Surtout sur les premières balles adverses, où il gravite dans les mêmes sphères que la référence actuelle, Jannik Sinner.

En 2026, Rafael Jodar affiche la même réussite que le meilleur relanceur du monde face à une première balle (33,7%). Quand il est confronté à une deuxième, son retour est similaire à celui de Casper Ruud (51,4%). Son adversaire du jour, Alexander Zverev, affiche quant à lui des taux plus faibles : 28,8% / 50,7%.

Tantôt éloigné, tantôt proche de sa ligne, il est tout à fait capable d'adapter sa position au retour. Une bonne façon de brouiller les pistes et de créer de la confusion chez l’adversaire.

Confronté à une deuxième balle de James Duckworth (au deuxième tour), Rafael Jodar s'éloigne de sa ligne de fond.

Quelques jeux plus tard, l'Espagnol adopte une position proche de sa ligne. Sur ce service, James Duckworth commettra une double faute.

3224 tours par minute

Dans la plus pure tradition du tennis espagnol, son coup droit est appelé à faire des dégâts. Rapide, il génère surtout beaucoup d’effet et de rotation. Lors du récent Masters 1000 de Madrid - où Rafael Jodar s’est hissé en quarts de finale - l’ATP a mesuré la rotation de sa balle : 3224 tours par minute. Un niveau comparable à celui de Rafael Nadal.

En comparaison, la balle de Joao Fonseca "tourne moins" avec ses 2909 tours par minute. Pour pousser encore davantage le jeu des comparaisons, la gestuelle en coup droit de la tête de série n°27 rappelle celle de Félix Auger-Aliassime, autre quart-de-finaliste Porte d'Auteuil : même laxité du poignet, "swing" semblable et position de la raquette à l’impact similaire. Sa gifle en coup droit reste toutefois plus friable quand il est mis sous pression.

La flèche jaune représente la trajectoire de la balle de James Duckworth, la rouge celle de Rafael Jodar. Repoussé loin derrière sa ligne par le lift de son adversaire, le Madrilène inverse la dynamique de l'échange par son coup droit à la fois bombé et rapide.

Quand Rafael Jodar arme en coup droit, sa raquette se retrouve alignée avec sa jambe droite. À noter, également, que l'Espagnol fait partie des joueurs "ancrés", qui ont besoin de marquer des appuis forts au sol avant de frapper la balle.

En revers, une préparation condensée

En revers - son geste le plus mature - la donne est différente. Alors que son coup droit nécessite une préparation plus ample pour imprimer toute la rotation nécessaire (voir ci-dessus), sa force miroir est plus compacte. La gestuelle est condensée, les frappes liftées sont délaissées au profit de trajectoires davantage rectilignes. Dans El País, certains grands noms du jeu, comme Alex Corretja ou Mats Wilander le comparent au revers de Jannik Sinner ou de Novak Djokovic pour sa qualité principale : changer de direction à foison, sans effort.

Parmi les axes de progression facilement décelables, sa mise en jeu n'est pas encore l'arme qu'elle devrait être. En mesurant 1,91m, l'actuel 29e joueur mondial possède les prédispositions physiques pour être un grand serveur. Or, pour l'instant, il ne fait pas partie des références dans ce domaine. Mais il y a fort à parier que ses progrès futurs seront vertigineux.

Outre sa taille, son kick sur seconde balle est déjà efficace, surtout sur terre battue. Il pourrait alors s'inspirer de la progression récente de Joao Fonseca. Loin d'être considéré comme un excellent serveur à ses débuts, le Brésilien peut désormais s'offrir pléthore de points gratuits sur son engagement.

En matière de toucher, l'Espagnol n'est pas non plus à plaindre. Parfois aspiré au filet par Alex Michelsen au troisième tour ou Pablo Carreno Busta en huitièmes, il a remporté 64% de ses points dans l'exercice depuis le début du Majeur parisien. Bien qu'il ne l'utilise qu'assez peu, il sait manier le slice. Les amorties ? Il les glisse avec intelligence et malice. Cet après-midi, il faudra sans doute qu'il use de tout son panel pour contrecarrer le jeu en cadence d'Alexander Zverev. Le rendez-vous est pris.

Pris de vitesse par une accélération de James Duckworth, Rafael Jodar est contraint de "lâcher une main" pour mettre sa raquette en opposition. En bout de course et loin derrière sa ligne, il réalise un lob génial qui laisse son adversaire sur place.

Après un échange de plusieurs frappes contre Michelsen, Jodar passe "sous la balle" pour glisser une amortie. En un geste éclair, il brise la dynamique du bras de fer et remporte le point.