Au-delà d’assister à une nouvelle démonstration de domination des plus grandes stars de la discipline, les tournois du Grand Chelem permettent bien souvent de suivre l’éclosion ou la progression de jeunes talents dont l’ascension ne fait que commencer. A l’image de Janice Tjen ou Alex Eala – dont nous avons dressé les portraits en 2025 –, focus aujourd’hui sur Zeynep Sonmez, première joueuse turque à rejoindre ce stade de la compétition lors du premier Majeur de l’année.
AO 2026 : Zeynep Sonmez, promesses tenues
Comme lors de l’édition 2025 de Wimbledon, la joueuse de 23 ans a rallié le troisième tour de l’Open d’Australie.
Une folie populaire
La scène a fait le tour du monde. Alors qu’elle se trouvait au cœur d’une bataille acharnée face à Ekaterina Alexandrova (11e joueuse mondiale) au premier tour, Zeynep Sonmez est venue en aide à une ramasseuse de balle proche du malaise au moment où son adversaire servait pour le gain de la deuxième manche. "Elle se sentait vraiment mal, a confié la joueuse à BBC Sport à l’issue de la rencontre. Elle disait qu’elle allait bien mais il était évident que ce n’était pas le cas. Je suis allée la chercher et je lui ai dit de s’asseoir et de boire quelque chose. Pendant que nous marchions, elle s’est évanouie mais heureusement, je l’ai rattrapée. Elle tremblait vraiment beaucoup. Je dis toujours qu’il est plus important d’être un bon être humain qu’une bonne joueuse de tennis. Mon instinct m’a poussée à l’aider et je pense que tout le monde aurait fait la même chose. Je suis heureuse d’avoir pu l’épauler."
Une très bonne action récompensée par l’une des plus belles victoires de sa carrière. Menée 2-5 dans la première manche, la 112e mondiale a sauvé une balle de set avant d’inscrire les sept jeux suivants pour virer en tête. De nouveau dos au mur dans la manche décisive, elle a glané six des sept derniers jeux pour finalement s’imposer (7/5, 4/6, 6/4 en 2h37) et ainsi créer un premier upset dans cette quinzaine. Ce deuxième succès professionnel contre une membre émérite du Top 20 (elle s’était déjà offert le scalp de Clara Tauson à Pékin l’an passé) lui a tout simplement permis de devenir la première joueuse turque à remporter un match à Melbourne Park dans l’ère Open.
Une marque que la native d’Istanbul s’est empressée d’améliorer au deuxième tour face à son amie Anna Bondar (6/2, 6/4 en 1h30), le tout dans une ambiance de folie créée par ses très nombreux supporters présents en tribunes. "J’étais très nerveuse, je jouais contre quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup, a-t-elle détaillé en conférence de presse. C’était sympa de partager le court avec elle et il y avait énormément de bruit ! J’ai vraiment apprécié le fait qu’il y ait beaucoup de Turcs, je me sentais comme chez moi […] Au début, je ne parvenais même pas à entendre mes propres pensées tellement c’était bruyant. Je me suis dit : ‘Zeynep, concentre-toi sur la balle, sur ton jeu, sur le court’. J’ai ressenti leur soutien dans les moments importants, ça m’a beaucoup aidée. En Turquie, il était 3h du matin et je sais que beaucoup de gens se sont réveillés pour me regarder. Je leur en suis vraiment reconnaissante."
Une folie populaire et un parcours qui n’est pas sans rappeler son aventure au All England Club l’été dernier (tombeuse de Jaqueline Cristian puis Xinyu Wang en deux manches, elle s’était inclinée avec les honneurs devant… Ekaterina Alexandrova, contre laquelle elle a donc pris sa revanche il y a quelques jours). A la différence près que Zeynep Sonmez a disputé les qualifications à Melbourne et qu’elle vient donc de remporter cinq matchs consécutifs, ce qui constitue un avantage vis-à-vis des conditions de jeu mais un inconvénient en termes d’énergie. "A Wimbledon aussi il y avait beaucoup de monde. Mais l’ambiance d’aujourd’hui, je ne l’avais jamais connue auparavant […] Disputer trois rencontres en qualifications, ça aide, parce que je me suis habituée aux courts, au climat et à tout le reste. Plus je joue et mieux je sens mes coups sur le terrain. Mais bien sûr, c’est aussi très bien d’avoir un jour de repos entre les matchs, ce qui est le cas dans le tableau principal. Je ne me sens pas fatiguée, j’ai l’impression de m’y habituer au fur et à mesure."
Travail et inspirations
Avoir de bonnes habitudes et enchaîner les victoires en Grand Chelem n’est jamais anodin. Et c’est encore moins le fruit du hasard pour la Turque, dont la mentalité exemplaire et le travail quotidien ne sont plus à prouver. Véritablement révélée en 2024 lorsqu’elle est devenue la deuxième représentante de son pays à remporter un titre WTA (à Mérida, succédant ainsi à Cagla Buyukakcay, championne à Istanbul en 2016), elle a atteint son meilleur classement en octobre 2025 – à la 69e place mondiale – avant de redescendre au-delà du Top 100.
Une perte de points qui l’a sans doute amenée à effectuer des changements dans sa structure et à réaliser sa présaison au sein de la toute nouvelle académie Ons Jabeur de Dubaï. Actuellement en congés maternité, la triple finaliste en Grand Chelem officie en tant que mentor alors que son entraîneur historique Issam Jellali s'installera prochainement dans la box de Sonmez, aux côtés de Mehmet Bayraktar, coach physique et mental. Gestion émotionnelle, construction des points, autorité naturelle sur le court : Zeynep continue de peaufiner un jeu résolument tourné vers l’avant et qui allie toucher et frappes puissantes. "Depuis que j’ai commencé à jouer au tennis, mon jeu de jambes et mes déplacements ont toujours été mes points forts, confiait-elle à la WTA fin 2024. J’ai dû ajouter une partie offensive à mon arsenal. Lorsqu’on évolue dans le Top 150, il faut faire les points, on ne peut pas se contenter de courir et de renvoyer la balle. C’est davantage une question d’état d’esprit, je ne me dis pas simplement que je vais frapper une volée par exemple mais plutôt que je vais prendre le filet et jouer de manière agressive."
Tout faire pour réussir et se construire une identité ne sont pas des concepts récents pour celle qui a véritablement découvert le tennis durant l’enfance et qui est définitivement tombée amoureuse de ce sport lorsqu’elle a assisté aux Finales WTA d’Istanbul. "Je détestais tellement le basket que je m’enfuyais sans cesse pour aller sur les courts de tennis, poursuit-elle. Je prenais des grosses raquettes et j’essayais de jouer toute seule. C’est à ce moment-là que mon premier entraîneur m’a remarquée […] Je me souviens que ma mère venait me chercher à l’école pour assister aux Finales WTA. J’avais 11 ou 12 ans et j’essayais de regarder tous les matchs ! C’était incroyable, l’ambiance était folle et il y avait Azarenka, Li Na, Serena, Sharapova… des joueuses emblématiques !"
Des modèles, elle en a également eu en Turquie et elle aime à le rappeler lorsqu’on lui dit que son pays n’a pas une culture tennistique aussi importante que les nations voisines. "En Turquie, nous avions de bons joueurs comme Cagla Buyukakcay, Marsel Ilhan, Cem Ilkel, Altug Celikbilek… J’ai grandi en les regardant jouer et ils me supportent quand je joue. Ils essaient toujours de m’aider en me partageant leur expérience. Je sais que c’est quelque chose qui reste nouveau en Turquie mais je ne veux pas m’arrêter là, je veux continuer et faire mieux."
Si elle a déjà dépassé ses illustres prédécesseurs en termes d’accomplissements, la droitière a des ambitions et des rêves. Et elle compte bien se donner les moyens de les réaliser. "Je pense que tous les enfants rêvent de remporter un Grand Chelem, a-t-elle repris face aux médias en Australie. Mais je ne me concentre pas spécifiquement sur ce rêve. Je veux progresser chaque jour et profiter d’être sur le court, c’est sur ces points que je fais des efforts. Je ne suis pas tellement obsédée par les résultats mais bien sûr, je veux gagner."
Progresser et gagner tout en franchissant un à un tous les paliers : Zeynep Sonmez aura une nouvelle occasion de cocher ces cases ce vendredi au troisième tour de l’Open d’Australie, face à la Kazakhstanaise Yulia Putintseva.