C'est, comme on dit, la cerise sur le gâteau. Dans une édition marquée par un nombre invraisemblable de surprises et de combats au long cours, la présence en finale de Maja Chwalinska s'est imposée comme une sensation historique à Roland-Garros : jeudi, la Polonaise est non seulement devenue la première qualifiée, mais aussi la joueuse la plus mal classée, à rallier la dernière marche Porte d'Auteuil. Et ce, dames et messieurs confondus.
Le top 10 des finalistes surprises à Roland-Garros (ère Open)
Si cette édition 2026 a peut-être battu tous les records, Roland-Garros a souvent généré des finalistes surprises. Voici un petit florilège.
Roland-Garros, terre éternelle de surprises
C'est peu dire, pourtant, que le Grand Chelem parisien nous a souvent gâtés en matière de surprises. Nous aurions pu, ainsi, remonter très loin : à Marcel Bernard, par exemple, vainqueur en 1946 alors qu'il n'était initialement inscrit qu'en double. À Ginette Bucaille, la Française "oubliée", finaliste en 1954 sans jamais avoir fait mieux qu'un quart de finale en Majeur, ni avant, ni après. Et à bien d'autres encore.
Mais dans un souci de concision, nous nous sommes limités à l'ère Open. Comme vous pourrez le constater, cela fait déjà beaucoup de sensations. Et encore, cette liste n'est pas exhaustive !
1986 : Mikael Pernfors
Classé 27e mondial, le Suédois n'a jamais gagné le moindre match en Grand Chelem avant ce Roland-Garros 86. Mais le tournoi dans son ensemble est marqué par des surprises gigantesques, dont la défaite au troisième tour du tenant du titre, Mats Wilander, ou la présence en demies de Johan Kriek, (re)venu à Paris uniquement parce que son épouse souhaitait y faire du shopping. Pernfors contribue au désordre ambiant en éliminant notamment Boris Becker et Henri Leconte. Il est ensuite ramené à la raison en finale par Ivan Lendl.
1989 : Michael Chang
L'un des vainqueurs les plus fous de l'histoire du tournoi. Le plus jeune, en tout cas (17 ans et 110 jours). Avant cette édition 89, l'Américain est certes classé 19e mondial et tout le monde connaît son talent ultra précoce. Mais de là à le voir gagner le titre en renversant le n°1 mondial Ivan Lendl, dans un huitième de finale resté dans la légende, puis Stefan Edberg en finale…
1997 : Gustavo Kuerten
On sait l'empreinte immense que le triple champion a laissée sur la terre parisienne. Mais quand il débarque en 1997, Kuerten n'a que 20 ans, n'a jamais joué la moindre finale ATP ni gagné le moindre match à Roland. Et il emporte tout sur son passage en battant trois anciens vainqueurs (Thomas Muster, Yevgeny Kafelnikov et Sergi Bruguera en finale), dans une ambiance de carnaval.
Au bout d'une folle édition également marquée par la présence du qualifié Filip Dewulf en demies (du jamais-vu), le Brésilien demeure le joueur le plus mal classé vainqueur à Paris (66e). Avant lui, seuls Marcel Bernard (1946) et Mats Wilander (1982) avaient gagné sans être têtes de série.
1999 : Andreï Medvedev
En 1999, l'Ukrainien est une figure bien connue du circuit puisqu'il a été 4e mondial cinq ans plus tôt. Mais beaucoup, et lui le premier, craignent que le meilleur de sa carrière soit derrière lui. Miné par les blessures (pied, poignet…), il est redescendu à la 100e place mondiale et envisageait sérieusement d'arrêter le tennis quelques semaines avant le tournoi. Andre Agassi, qui le bat en finale, est l'un de ceux qui l'ont convaincu de ne pas le faire. Bingo ! Medvedev reste à ce jour le finaliste le plus mal classé de Roland-Garros.
2003 : Martin Verkerk
C'est dur de hiérarchiser mais là, on tient peut-être la palme de la surprise la plus dingue... En 2003, Verkerk, 46e mondial, est inconnu du grand public, même s'il a été titré à Milan quelques mois plus tôt. En Grand Chelem, il n'a jamais gagné le moindre match et son tennis très offensif semble peu adapté à la terre battue. Mais soudain, le Hollandais volant prend feu. Du haut de son quasi double mètre (1m96), il se met à toucher toutes les lignes et sort successivement le vainqueur 98, Carlos Moya, puis l'un des grands favoris, Guillermo Coria. Il rend finalement les armes en finale contre Juan Carlos Ferrero.
2009 : Robin Söderling
Que Söderling, 25e mondial, déjà trois titres ATP au compteur en 2009, atteigne la finale de Roland-Garros, on a en soi déjà vu beaucoup plus fou. Le véritable séisme vient surtout de son succès en huitièmes sur Rafael Nadal, qui n'avait jamais perdu à Paris et qui venait de le surclasser à Rome (6/1, 6/0). Mais alors que le quadruple tenant du titre est diminué par une blessure au genou, le Suédois sort un match XXL pour le terrasser en quatre sets (6/2, 6/7(2), 6/4, 7/6(2)). Il confirme derrière – ce qui est très fort aussi –, jusqu'à une défaite en finale contre Roger Federer.

2017 : Jelena Ostapenko
Cette édition 2017 a des airs de celle de 2026 : à compter des quarts de finale, aucune championne en Grand Chelem n'est encore en lice. Dans ce grand remue-ménage, illustré par la défaite d'entrée de la n°1 mondiale Angelique Kerber (du jamais-vu à Paris), une tornade venue de Lettonie renverse tout sur son passage : Jelena Ostapenko, 46e mondiale, distribue les coups gagnants à tour de bras jusqu'à renverser en finale la favorite Simona Halep, 4/6, 6/4, 6/3, après avoir été menée 6/4, 3-0, balle de 4-0. Un choc !
2020 : Iga Swiatek
Drôle d'idée de caser une quadruple lauréate de Roland-Garros dans cette liste ? Là encore, il faut remettre les choses dans leur contexte. En 2020, Iga Swiatek a 19 ans, elle n'a pas gagné le moindre titre et personne ne l'attend. Mais dans une édition très particulière, disputée en automne en raison de la crise Covid, la Polonaise se révèle au grand jour et bat le record de la joueuse la plus mal classée (54e) victorieuse à Paris.
Avant la finale contre Sofia Kenin, elle surclasse en demies Nadia Podoroska, qui était jusqu'à présent la seule qualifiée à avoir atteint le dernier carré à Paris. Maja Chwalinska, compatriote et grande copine de Swiatek, a donc fait mieux cette année…

2021 : Barbora Krejcikova
En elle-même, l'affiche de la finale 2021 est surprenante. Barbora Krejcikova, 33e mondiale, contre Anastasia Pavlyuchenkova, tête de série n°31: voilà qui ne figurait pas du tout dans les plans de départ. Mais ce tournoi fait partie de ceux ayant subitement échappé à toute rationalité. Seule joueuse du top 10 encore en lice en quarts, la tenante du titre Iga Swiatek est sortie à ce stade par Maria Sakkari, tandis que Tamara Zidansek, 85e mondiale, complète cet étonnant dernier carré. Krejcikova a le dernier mot et a largement confirmé depuis...
2026 : Maja Chwalinska
Nous avons à peu près tout dit cette année sur l'incroyable parcours de la joueuse polonaise, devenue à 24 ans, la première qualifiée à atteindre la finale de Roland-Garros. Quel que soit son résultat samedi contre Mirra Andreeva, on peut être sûr d'une chose : son nom restera très longtemps dans les livres d'histoire !