Trois affiches Roland-Garros emblématiques

 - Elodie Iriart

Plongée dans les archives de Roland-Garros et retour sur 3 affiches emblématiques du tournoi.

Depuis 1980, la Fédération Française de Tennis met à l'honneur l'art contemporain en confiant chaque année à un artiste le soin de réaliser l'affiche officielle du tournoi de Roland-Garros.

C'est aujourd'hui 40 affiches qui retracent l'histoire du Grand Chelem parisien. Entre esclandres, admiration ou interrogations, voici trois affiches emblématiques qui ont marqué les esprits et fait date dans la série des affiches de Roland-Garros.

"Je trouve intéressant l’esprit qui anime cette collection de Roland-Garros : réaliser une affiche, non pas pour représenter visuellement l’épreuve, mais pour en dévoiler l’âme. Chaque projet doit être, à mon sens, un mélange d’excitation et de provocation." -Jaume Plensa-

1 - Valerio Adami - Roland-Garros 1980 - les instruments du jeu

Avec cette toute première affiche de la série Roland-Garros a émergé l'idée même de cette collection. Pour la petite histoire, le projet fut lancé par Eduardo Arroyo, Valerio Adami, Jean Lovera et Daniel Lelong (directeur de la galerie éponyme) et présenté non sans surprise à Philippe Chatrier (à l'époque président de la FFT). Quarante ans et 40 affiches plus tard, ce projet fou s'est transformé en un rituel signature, amorçant chaque année le lancement officiel du mythique Grand Chelem parisien.

Valerio Adami signa donc la première affiche de Roland-Garros en 1980. Né en 1935 à Bologne, il est une figure incontournable de la Figuration Narrative. L'artiste Italien, déjà familiarisé avec la thématique du tennis qu'il consacre dans plusieurs de ses œuvres avant celle-ci, possédait également une grande maitrise dans l'exercice contraignant de l'affiche et l'utilisation de l'espace.

Son affiche se caractérise par des aplats colorés, cernés de noir et évoque la main d'un joueur au service avec la représentation de la balle, la raquette et la main, la beauté du geste en somme. Jean Lovera explique : “Née de la belle idée de représenter un trait, en une simple ligne, l’essence du tennis : une main, une balle et une raquette. Synthèse à la valeur de symbole que chacun peut s’approprier grâce à son caractère universel.“

L’œuvre finale, issue d’un dessin original, fut déclinée en affiches et sérigraphies selon trois versions : vert, bleu et rouge.

2- Hervé Di Rosa - Roland-Garros 2012 - L’art du spectacle

Les affiches de Roland-Garros n’en finissent jamais de surprendre, la preuve en est avec l’affiche de l’édition 2012 réalisée par le peintre français Hervé Di Rosa, qui à l’époque, a fait beaucoup parler d’elle ! Acteur majeur de la Figuration Libre, Di Rosa trouve ses influences dans la BD, les comics, le rock ou encore le street art. Son style reconnaissable entre-mille, met en scène de curieux personnages aux formes généreuses.

On retrouve dans cette affiche tout l’univers décalé et coloré de l’artiste : une composition riche et saturée intégrant ses fameux personnages cyclopes. Ils représentent les spectateurs de Roland-Garros en train de suivre la trajectoire d’une balle de tennis. Nous ne sommes pas dans la représentation conventionnelle du tennis, Di Rosa a souhaité représenter l’autre aspect essentiel de ce sport : le spectacle, incarné par le regard et les expressions du spectateur en tribunes qui suivent les aller-retours de la balle sur le court.

Car c'est bien la balle qui est au cœur de l'œuvre: "c’est elle que l’on suit plus que les joueurs", dit-il. Elle constitue l’élément central de l’affiche, projetée à toute vitesse et laissant dans son sillage l’inscription de l’année de cette édition du tournoi. Le filet quant à lui est représenté en bas de l’affiche sous la forme d’un quadrillage rouge. Hervé Di Rosa se joue une fois encore de tous les codes dans son art. Entre réprobations et critiques, son affiche, elle, nous raconte une histoire.

©Eduardo Arroyo/Galerie Lelong-FFT

3 - Eduardo Arroyo - 1981 - La silhouette légendaire

Eduardo Arroyo, décédé le 14 octobre 2018, est l’une des principales figures de la peinture espagnole. Engagé politiquement et artistiquement, ses sujets conservaient une dimension politique et symbolique généralement axée sur l’actualité. Les œuvres d'Arroyo se caractérisent par des aplats de couleurs et sont très souvent marquées par une réflexion sur la représentation de l'image.

Il signe l'affiche de Roland-Garros 1981 qui s'inscrit alors dans le mouvement de la Figuration Narrative des années 1970. C'est la deuxième née de la série des affiches de Roland-Garros. Arroyo n'a vraisemblablement pas souhaité représenter les symboles forts du tournoi et ses attributs habituels (la raquette de tennis, le filet, la balle ou encore la terre battue) mais a préféré s'immiscer dans l'actualité de la quinzaine en choisissant un modèle bien particulier.

De dos, avec un bandeau autour de sa crinière blonde, ce personnage fait référence de manière évidente à Björn Borg qui depuis 1976 régnait sans partage sur le tennis mondial. Arroyo est ainsi le premier à avoir représenté un joueur au sommet de sa carrière, de son vivant et de son temps.

Cette légende du tennis et de la Porte-d'Auteuil incarne alors à lui seul l'image que l'on se fait à l'époque du tournoi de Roland-Garros ! Le tennisman venait d'enchainer quatre victoires consécutives à Paris et allait remporter quelques semaines plus tard son 6e et dernier titre sur la terre de Roland-Garros. Visionnaire, Arroyo ?