Marco Cecchinato, le patient italien

 - Alexandre Coiquil

Marco Cecchinato est la surprise de ce Roland-Garros. Portrait.

Roland-Garros 2018, 8e de de finale, Marco Cecchinato©Julien Crosnier / FFT

Qualifié pour la première fois de sa carrière pour les quarts de finale de Roland-Garros, après son succès face à David Goffin (7/5 4/6 6/0 6/3), Marco Cecchinato est en train de se faire un nom à Paris. Après un début de carrière en montagnes russes, le Sicilien a enfin trouvé son chemin.

Roland-Garros parle italien en 2018. Et, contrairement à l'habitude, avec de fortes inflexions masculines. Plus coutumier des performances des Francesca Schiavone, Sara Errani voire Flavia Pennetta, le tournoi parisien s’offre un petit look rétro avec les qualifications en deuxième semaine de l’incontournable Fabio Fognini et d'un petit nouveau aux dents longues, Marco Cecchinato, qui a même déjà validé son billet pour les quarts après son succès de prestige face à David Goffin (7/5 4/6 6/0 6/3)

Deux Italiens en deuxième semaine de Roland-Garros ? Ce n’était plus arrivé depuis l’édition 1976 avec les présences d'Adriano Panatta, futur vainqueur (et dernier Italien à avoir conquis "Roland" à ce jour), et Corrado Barazzutti.

Un profil de tardif

Jamais parvenu aussi loin dans un tournoi du Grand chelem, Cecchinato a tardivement suivi les pas de sa tête de gondole nationale, Fognini, réussissant enfin à exploiter pleinement son potentiel dans sa cinquième année chez les professionnels, marquée par son premier titre sur le circuit principal à Budapest, en avril.

"Ce déclic aurait pu ne pas arriver. Beaucoup de joueurs n'auront jamais l'opportunité de le connaître, a précisé le Sicilien. Connaître ça à 25 ans, c’est le moment idéal. Je ne suis ni trop jeune, ni trop vieux. Je travaille très bien."



Pour se frayer un chemin en deuxième semaine de Roland-Garros, Cecchinato a dû sortir son armure de guerrier face à Marius Copil et Marco Trungelliti, puis ses habits de gala pour faire tomber Pablo Carreño Busta, tête de série n°10 du tournoi et quart de finaliste sortant (2/6 7/6(5) 6/3 6/1). Un match qui a marqué un tournant. "Je devais élever mon niveau de jeu et j’ai réussi à le faire, a souligné le Transalpin. J’ai joué à un très haut niveau, c’était l’un de mes plus beaux matchs. Quand j’ai gagné, je me suis dit : 'Je n’y crois pas'."

L'étape suivante a été encore plus belle et prestigieuse. Cecchinato s'est offert le scalp d'un certain David Goffin sur le court Suzanne-Lenglen et signé le succès le plus important de sa carrière : avant de faire chuter le Belge, il n'avait jamais battu un Top 10 dans sa carrière. Quelque soit son dénouement, ce Roland-Garros changera à jamais sa carrière.

Il est devenu le septième Italien de l'ère Open à atteindre les quarts Porte d'Auteuil après Martin Mulligan (1970), Adriano Panatta (1972, 1973, 1975, 1976, 1977), Paolo Bertolucci (1973) Corrado Barazzutti (1978, 1980), Renzo Furlan (1995) et Fabio Fognini (2011).

Un profil de terrien

Côté technique, Cecchinato ne manque pas de talent. Capable d’accélérer le jeu des deux côtés, doté d'un superbe revers à une main, adroit dans le petit jeu, précis en retour de service, le droitier dispose de toute la palette technique du pur terrien. Tout ce que produit l'élégant Sicilien respire la fluidité.

"Je n'ai pas un coup fort, j'ai plusieurs armes et c’est la donnée la plus importante. Je suis plus agressif, je vais plus au filet", a-t-il détaillé. "J’ai aussi appris à prendre les commandes dans une rencontre et ne plus attendre les erreurs de mon adversaire. Tout a beaucoup changé dans ma façon de jouer."

Un profil de fidèle

Une carrière dépend de choix forts et de rencontres capitales. Celui de Cecchinato est principalement lié à deux noms : celui de Massimo Sartori, d'abord. Connu pour être l'entraîneur historique d'Andreas Seppi, ce dernier s'est occupé de Cecchinato à compter du sortir de l'adolescence. Quitter la Sicile à 17 ans pour aller s'entraîner dans le Sud-Tyrol, non loin de l'Autriche : le choc culturel est énorme... mais formateur. Avec lui, Cecchinato fait son chemin jusqu'à s'installer entre la 100e et 200e place mondiale.

C'est parce qu'il stagnait dans cette zone de classement depuis trois ans qu'en 2017, Cecchinato a changé de d'entraîneur et de décor en partant pour Bologne, haut lieu du tennis italien (Sara Errani et Simone Bolelli, notamment, viennent de là-bas), s'entraîner avec Simone Vagnozzi. Avec lui, Marco Cecchinato vit ses plus belles heures de tennisman avec cette percée printanière : premier match gagné en Masters 1000 (Monte-Carlo), premier titre (Budapest), premier quart de finale en Grand chelem. Le voilà bien à l'abri dans le Top 100.

"Je sentais que je devais changer quelque chose. Puis j’ai gagné le Challenger de Santiago. J’ai senti que je pouvais franchir un cap. Je suis déterminé, je regarde vers le futur." Son futur immédiat s'appelle Novak Djokovic, pour une place en demi-finale de Roland-Garros.