Djokovic : 4 questions pour une hégémonie

La domination du n°1 à Melbourne est-elle le signe d'un cavalier seul sur la durée?

Novak Djokovic and Rafael Nadal on the podium during the trophy presentation at the 2019 Australian Open©Corinne Dubreuil/FFT
 - Romain Vinot

Eclatant vainqueur de l'Open d'Australie, Novak Djokovic a posé les bases d'une saison qui s'annonce grandiose. Déjà sacré à Wimbledon et à l'US Open l'année passée, le Serbe est en confiance et ne se fixe aucune limite.

Au point de détrôner Rafael Nadal Porte-d'Auteuil et d'écœurer un peu plus la nouvelle génération ?

Le meilleur Djoko de l'histoire ?

En 2017, qui aurait pu imaginer Novak Djokovic soulever de nouveau trois majeurs de suite ? Battu au deuxième tour de l'Open d'Australie par Istomin, humilié par Thiem en quart de finale de Roland Garros et contraint à l'abandon au même stade à Wimbledon face à Berdych, le Serbe vivait l'une des pires saisons de sa vie. Certains spécialistes lui prédisaient même une fin de carrière précoce suite à sa blessure au coude et son supposé manque d'envie.

Comment un joueur peut-il relancer la machine lorsqu'il a tout gagné et qu'il stationne au sommet du tennis mondial ? Visiblement, le Djoker a rapidement trouvé la réponse à cette question de motivation. Une solution qui semble également porter un nom, celui de Marian Vajda. Coach historique du numéro un mondial, ce dernier avait été remercié en mai 2017 avant d'être rappelé au printemps suivant, profitant de ce retour en grâce pour faire le ménage dans l'entourage de son champion.

 

Novak Djokovic reaction at the 2019 Australian Open©Corinne Dubreuil/FFT

Petit à petit, Novak a retrouvé le goût de l'entraînement, des matchs à haute intensité et des victoires, évidemment. De nouveau sur le toit du monde depuis ses succès à Wimbledon et à l'US Open, il est arrivé en Australie avec l'étiquette du grand favori. Si Shapovalov et Medvedev l'ont légèrement mis en difficulté, ses deux dernières sorties -face à Pouille puis Nadal- ont été de véritables démonstrations de tennis.

Son revers, son service et ses retours n'ont jamais semblé aussi dévastateurs. Alors que le public s'attendait à une nouvelle finale épique face à son rival historique, le Serbe a livré un récital, une partition de soliste. Reste à savoir s'il sera capable de reproduire une telle performance.



Une domination sur la durée ?

En gagnant les trois derniers tournois du Grand Chelem, Novak Djokovic a frappé un grand coup sur la tête de tous ses adversaires. Surtout, cette impressionnante moisson a porté son total à 15 titres majeurs, soit respectivement deux et cinq de moins que Nadal et Federer.

"Tant que je joue et que je m'aligne sur des tournois du Grand Chelem, c'est logique de postuler au record du nombre de titres. Je suis très heureux d'en avoir gagné quinze. Il y a deux joueurs devant moi dans l'histoire mais j'ai encore du temps. Je ne pense pas à la moindre limite" a-t-il déclaré avant de quitter l'Australie.  

Si ce n'est pas la première fois que le Serbe domine outrageusement le circuit, la course aux records est évidemment une motivation supplémentaire pour un tel champion. Auteur d'un Petit Chelem en 2011 puis d'un Grand Chelem sur deux saisons en 2015-2016, le Djoker a encore de l'appétit et voit plus grand.



 

Pourquoi ne pas viser un nouveau Grand Chelem sur deux saisons ou même sur une seule ? "Il est tellement supérieur en ce moment qu'on ne peut pas affirmer que c'est impossible. Il ne faut connaître aucun accroc. Et pour lui, vu que sa série a commencé à Wimbledon l'an dernier, ça voudrait dire tenir la cadence, non pas sur un an, mais sur un an et demi. Je ne parierai pas là-dessus" a estimé Arnaud Clément dans les colonnes du journal L'Equipe.

Et si Nole a soulevé sept trophées en autant de finales sur les terres bénies de Melbourne, son ratio Porte-d'Auteuil est beaucoup plus faible. Pour devenir le premier joueur de l'ère Open à gagner au moins deux fois chaque tournoi du Grand Chelem, il devra être à 100% physiquement et pratiquer le même tennis qu'en janvier. Mais le maître des lieux n'a pas dit son dernier mot...

Rafael Nadal and Novak Djokovic posing before the 2019 Australian Open final©Corinne Dubreuil/FFT
Nadal peut-il perdre Roland-Garros ?

 

Le scénario évoqué avant le début de cette nouvelle saison se confirme. L'année 2019 devrait bel et bien être celle d'un nouveau duel entre Novak Djokovic et Rafael Nadal. Le natif de Belgrade a remporté haut la main la première bataille, en infligeant un score d'une sévérité inédite en finale du premier majeur de l'année. Mais faut-il pour autant enterrer le Majorquin ?

Les bookmakers ne s'y trompent pas, sur sa terre battue parisienne, Rafa est et sera toujours le grandissime favori. Et finalement, cet Open d'Australie accrédite cette thèse. S'il est passé à côté de sa finale, l'Espagnol a tout de même réalisé un très beau tournoi.

Affuté physiquement après cinq mois d'absence, il n'a pas perdu le moindre set avant sa dernière rencontre et a déroulé un tennis de très grande qualité face à Berdych, De Minaur, Tiafoe ou encore Tsitsipas.



"J'ai joué un tennis fantastique durant ces quinze jours, je n'ai pas souffert, je ne peux pas être triste [...] J'ai besoin de travailler encore et d'avoir plus de semaines comme celles-ci. Je ne suis pas inquiet du tout, c'est seulement une question de temps" a-t-il confié lors de la dernière conférence de presse du tournoi.

 Evidemment, la question de la condition physique se pose davantage pour l'Espagnol que pour le Serbe. Mais s'il ne se blesse pas d'ici fin mai, Nadal sera plus fort qu'en Australie et aura forcément à cœur de prendre sa revanche et d'inscrire encore un peu plus son nom dans la légende. L'ogre de l'ocre mène 16 à 7 face au Djoker sur terre battue et n'a perdu qu'une seule fois contre lui à Roland-Garros en 2015, année où le Serbe s'est incliné en finale contre Stan Wawrinka.

 

Roger Federer waving the crowd goodbye at the Australian Open 2019©Corinne Dubreuil/FFT
Quelle place pour Federer et les Héritiers ?


S'il est très difficile de battre Rafa à Paris, Nole l'a donc déjà fait une fois. Seulement pour réaliser une saison parfaite, il faudra également se défaire de la concurrence. Si les deux monstres semblent armés pour dominer, les Héritiers ne veulent pas se contenter des miettes. Durant la quinzaine australienne, Daniil Medvedev est probablement celui qui a posé le plus de problèmes au Djoker.

Peut-être encore trop tendre pour s'imposer en majeur, il postulera rapidement à une victoire en Masters 1000. C'est également le cas de Zverev ou encore Kachanov, qui ont tous pris le meilleur sur le Serbe en fin de saison dernière. Serait-il moins concentré et moins impitoyable face à des joueurs plus jeunes ou plus bas dans le classement ?

Une hypothèse balayée d'un revers contre Lucas Pouille sur la Rod Laver Arena. Mais maintenir une telle application et un tel niveau toute l'année face à des joueurs en constante progression ressemble à un défi titanesque.



Au-delà des jeunes pousses, d'autres cadors comme Del Potro, Thiem ou encore Bautista-Agut joueront leur carte, notamment sur terre battue. Et que dire de ceux qui disputent peut-être leur dernière saison au plus haut niveau ? Andy Murray, réopéré de la hanche cette semaine n'a pas été ridicule à Melbourne et voudra briller "chez lui" à Wimbledon.

Sorti par un Tsitsipas grandiose en huitième de finale de l'Open d'Australie, Roger Federer a quant à lui annoncé sa présence à Roland-Garros. Si certains fans craignent la fameuse tournée d'adieu, nul doute que le Suisse ne viendra pas à Paris pour faire de la figuration. Et s'il pouvait au passage prendre le meilleur sur ses deux plus grands rivaux et s'imposer en patron, il ne s'en privera pas...