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Daniil Medvedev, de retour à sa place

L’ancien numéro 1 mondial a réintégré le Top 10 en déployant un tennis agressif de très haut niveau.

Daniil Medvedev / Miami 2026
 - Reem Abulleil

L’an dernier, Daniil Medvedev n’a gagné qu’un seul match lors des quatre levées du Grand Chelem. Éliminé de l’US Open dès le premier tour et conscient qu’il devait trouver des solutions, il s’est mis en quête de conseils auprès de différents acteurs, parmi lesquels Andy Roddick.

Au cours d’un appel de 45 minutes avec l’Américain, "Meddy" évoque le fait qu’il a le sentiment que tous les joueurs du circuit frappent plus fort aujourd’hui et se demande s’il ne devrait pas, lui aussi, épouser cette tendance à la superpuissance. "Je lui dis : 'Je ne sais pas trop si ça correspond à ton registre. Il n’y a pas moyen que tu montes en agressivité sans juste cogner plus fort ?'", a confié A-Rod dans son podcast Served.

L’ancien numéro 1 mondial met Medvedev face à un constat : cela fait plus de dix ans qu’il reste sur les mêmes schémas de jeu et il existe peut-être une possibilité de changer de cap. "Je ne sais pas si mon conseil a porté, j’imagine qu’il a aussi passé d’autres coups de fil. En tout cas, bravo à lui," a poursuivi l’immense serveur du début des années 2000.

"Quand on a bâti son succès sur une filière de jeu, en jouant d’une certaine manière pendant longtemps, ça n’est pas évident de se réinventer à 30 ans, en trouvant le bon dosage d’ajustements et en mettant en place de nouvelles choses. Ni d’aller voir un ancien vainqueur en Grand Chelem, Thomas Johansson en l’occurrence, et de lui demander : 'Tu en penses quoi ? Qu’est-ce que je peux changer ?'. Je lui tire mon chapeau, ne serait-ce que pour sa curiosité."

Daniil Medvedev / Deuxième tour Open d'Australie 2026

Un regard neuf

Après Flushing Meadows, Medvedev a annoncé se séparer de son entraîneur de longue date, Gilles Cervara, pour travailler avec Thomas Johansson, vainqueur de l’Open d’Australie 2002, et Rohan Goetzke.

Peu après le début de cette nouvelle collaboration, il a mis fin à une pénurie de titres longue de 882 jours en s’adjugeant le tournoi ATP 250 d’Almaty en octobre et a bouclé son exercice 2025 sur une série de 15 victoires pour 5 défaites. De quoi aborder son premier bloc d’entraînement de la saison 2026 en compagnie de son nouveau staff avec la ferme intention d’enchaîner sur la lancée.

Mais quels axes de travail a-t-il voulu explorer avec ses entraîneurs pendant cette période ? "Difficile de répondre précisément parce qu’il y a le coup droit, le revers, le coup droit en attaque, le coup droit en défense, le coup droit slicé et je vous en passe. On a simplement essayé de travailler en profondeur sur des détails, le service, la volée, bien entendu, le jeu de fond de court, et puis le tennis dans son ensemble", a détaillé Medvedev dans un entretien accordé à rolandgarros.com le mois dernier.

"Ce qui est bien, c’est que j’ai fini l’année assez fort, donc il s’agissait surtout de rester sur la dynamique de la fin d’année dernière, tout en essayant d’ajouter des choses par-ci par-là. En gros, c’était ça l’idée."

Après avoir été à la peine pendant l’essentiel de la saison dernière, Medvedev savait qu’il avait besoin d’un regard neuf. Avec Cervara, il a vécu huit années extrêmement fructueuses qui l’ont vu atteindre le premier rang mondial, remporter l’US Open 2021 et accéder à cinq autres finales de Majeurs. Mais le feeling est-il le même quand on a un ancien vainqueur en Grand Chelem dans sa box ?

"La différence, c’est simplement que Thomas a été Top 10, donc il a connu beaucoup de choses, même si c'était une autre époque, ne serait-ce qu’au niveau du contexte. Mais il sait quand même ce que c’est de jouer ce type de tournois," a expliqué Medvedev.

"Il y a des périodes où l’on joue moins bien, d’autres où l’on joue mieux, des périodes où l’on est en confiance, d’autres où l’on est en plein doute. Il est passé par là, donc le seul fait d’en parler peut parfois s’avérer utile. En soi, le fait que mon entraîneur ait gagné un titre en Grand Chelem importe peu, mais c’est marrant qu’il en ait gagné un, comme moi. Donc oui, c’est très sympa de passer du temps avec lui."

Montée en puissance

Medvedev a inauguré sa campagne 2026 en allant décrocher le titre à Brisbane, avant de s’incliner en huitièmes de finale de l’Open d’Australie face à Learner Tien, qui l’avait déjà éliminé au terme d’un thriller en cinq sets lors de l’édition précédente.

Après deux sorties précoces à Rotterdam et Doha en février, c’est un joueur déterminé à se remettre en selle qui s’est présenté à Dubaï.

"Ce n’est pas facile, car on voudrait toujours bien jouer. Quand tu enchaînes les tournois où tu fais demies ou finale, que tu en gagnes une, tu te sens super bien. Dès que tu commences à perdre quelques matchs, tu te mets à douter de certains de tes coups, car la réalité aujourd’hui, c’est que tous les joueurs du top 100 sont forts", nous a-t-il expliqué avant son entrée en lice aux Émirats arabes unis.

"Quand j’évolue à mon meilleur niveau, il n’y a pas beaucoup de monde capable de me battre facilement et même quand je joue juste bien, il y a peu de joueurs capables de m’inquiéter. Mais dès que tu baisses ton niveau de 2-3 %, s’il t’arrive de faire une double faute, tu perds ton service et tu peux te faire battre par beaucoup de monde."

En tout cas, peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir battu Medvedev depuis qu’il a fait cette déclaration. À Dubaï, il a tout renversé sur son passage pour décrocher le titre, avant de rallier Indian Wells au prix d’un périple qui l’a mené des EAU à Los Angeles en passant par Oman et Istanbul, en raison des perturbations du trafic aérien occasionnées par le conflit au Moyen-Orient.

Medvedev a continué de surfer sur sa vague de confiance dans le désert californien, où il a atteint la finale en mettant fin à l’invincibilité de Carlos Alcaraz en 2026 au stade des demies.

Le joueur de 30 ans, qui n’avait plus battu l’Espagnol depuis l’US Open 2023, a stoppé une série de quatre défaites face à lui en pratiquant un tennis entreprenant qui tutoyait parfois la perfection.

"C’est toujours une question d'équilibre. À un certain stade de ma carrière, j’ai essayé d’être plus agressif, mais j’en faisais trop, du coup, ça n’avait rien donné. Je gaspillais trop d’énergie, ce n’était pas mon style de jeu et ça me rendait dingue, je cassais des raquettes, etc.", a analysé l’intéressé en conférence de presse à Indian Wells, après avoir écarté "Carlitos".

"Aujourd’hui, je suis en confiance et, comme je l’ai toujours dit, quand je suis en confiance, je suis un joueur agressif, en particulier sur mon service. En retour, c’est un peu différent. Et encore, dès que j’ai l’occasion de faire la différence en retour, je la saisis. C’est ce que j’ai fait aujourd’hui, en essayant de dicter l’échange ensuite."

"Le tennis a besoin de lui"

Certes, Medvedev s’est incliné en finale contre Jannik Sinner (non sans l’avoir poussé au tie-break lors des deux sets), mais cela n’enlève rien au fait qu’il est officiellement de retour. En pleine possession de ses moyens et en pleine confiance.

"Il joue vraiment un super tennis, a d’ailleurs confirmé l’Italien après la finale. Il était très confiant puisqu’il arrivait ici en ayant déjà remporté deux titres cette année. Il a très, très bien joué. N’oublions pas qu’il a gagné un tournoi du Grand Chelem, ce n’est pas un hasard. Il a très bien joué, très bien servi et j’ai eu du mal en retour, en particulier sur ses deuxièmes balles."

"En tout cas, je suis convaincu que le tennis a besoin de lui. Son style de jeu est vraiment unique. C’est génial de le voir de retour à ce niveau. Il monte vraiment en puissance. C’est un joueur très agressif, finalement. Il y a deux facettes dans son jeu : quand il sert et quand il retourne. Il faut arriver à bien négocier ça."

Le verre à moitié plein

De retour dans le Top 10, poussant les cadors du circuit dans leurs derniers retranchements, Medvedev se trouve effectivement à sa vraie place.

À 30 ans, il a le recul nécessaire pour savourer sa vie sur le circuit, lui qui dit se sentir "frais" après avoir débuté l’année 2026 sur un remarquable bilan de 19 succès pour 5 défaites.

"C’est sûr que c’est assez usant de jouer les tournois, mais bon, je ne débarque pas sur le circuit, je sais comment gérer ça", a-t-il assuré à Tennis Channel à Miami la semaine dernière.

"J’ai tendance à toujours essayer de retenir le côté positif. Je ne vais pas vous mentir, sur certains tournois, c’est dur de raisonner comme ça, mais si tu te fais sortir tôt ici à Miami, tu as plus de temps pour préparer la saison sur terre battue et tu peux aussi profiter de la ville. Après, bien sûr, si tu fais un bon tournoi de A à Z, alors tant mieux, c’est pour ça qu’on joue."

Medvedev a perdu contre l’Argentin Francisco Cerundolo ce lundi au troisième tour du Masters 1000 de Miami, mais fidèle à sa philosophie, il a gagné le droit de profiter d’un peu de répit à South Beach avant de se tourner vers la saison sur ocre. Il faut toujours retenir le côté positif, comme il le dit si bien.