"Irrationnel" est définitivement le mot à la mode ces derniers jours, tant les combats en cinq sets émaillent le tableau masculin de Roland-Garros. Et il va plutôt bien au teint de ce nouveau match fou entre Matteo Arnaldi et Frances Tiafoe, qui a finalement vu l'Italien l'emporter au terme d'une bataille épique et longue de 5h26 (7/6(5), 6/7(5), 3/6, 7/6(3), 6/4) !
Huitièmes de finale : Arnaldi, nouveau chef d'œuvre de folie !
Au terme d'une nouvelle bataille dantesque, le Transalpin s'est imposé d'une courte tête face à Frances Tiafoe dans la nuit parisienne.
Ambiance survoltée
Il faut dire que le bras de fer est parti sur de très bonnes bases. 2h40 pour les deux premiers sets, une bataille du fond et des points spectaculaires : nul autre scénario que le match marathon ne semblait envisageable sur un court Suzanne-Lenglen décidément magique.
Dans la première manche, l'Américain domine l’échange depuis sa ligne (18 coups gagnants) mais c’est Arnaldi qui s’offre le break en premier (à 4-3). "Big Foe" tient bon, recolle et s'offre un jeu décisif. Mais avec malice, c'est bien l'Italien qui arrache le premier set.
Scénario inverse dans la deuxième manche. Le récent lauréat du Challenger de Cagliari mène les débats dans l’échange mais il craque à 4-3 (encore une fois). Les deux hommes se rendent coup pour coup et s'emmènent par la main... jusqu'au tie-break (une fois de plus). Grâce notamment à sa qualité de retour, l'Américain recolle. Tout est relancé.
Signe de la débauche d'énergie et d'une nette retombée de l'intensité, 36 minutes suffisent à Frances Tiafoe pour s'adjuger la troisième manche. Quelques minutes plus tard, le voilà qui mène 4-1, serre le poing et met un pied en quarts de finale. Mais c'était sans compter sur le retour en grâce de l'Italien, poussé par des spectateurs désormais habitués au luxe des cinq sets boulevard. Au bord du gouffre, il se maintient en vie à coup de forza et de frappes le long des lignes. Passé à deux points de la sortie (5-4, 30-0), il s'offre un nouveau tie-break et le remporte. Dans une ambiance survoltée, la grande explication pouvait commencer.
C'est bien là, dans la moiteur et la dangerosité d'une cinquième manche, que le match bascule dans l’irrationnel. Les joueurs se subliment et donnent tout. En version condensée, cela donne : des frappes imprenables (aussi bien en coup droit qu'en revers), des grands écarts d'Arnaldi, des éruptions volcaniques du public ou encore des sauts désespérés d'un Tiafoe recouvert de la tête aux pieds par la terre embrasée du Lenglen. Mais puisque les (très) bonnes choses ont une fin, c'est sur un dernier jeu de service sous très haute tension qu'Arnaldi porte l'estocade finale, ovationné par tout un peuple qui ne peut que remercier les deux acteurs du 31e thriller de cette folle édition.
"Je ne pensais pas être là aujourd'hui, a confié l'Italien au micro d'Alex Corretja. J'ai été blessé au pied ces derniers mois, c'est un rêve d'être ici. Aujourd'hui, dès le premier set, j'étais si fatigué... Mais je me suis accroché. J'ai toujours voulu jouer dans les plus grands stades. Il devait y avoir un vainqueur et c'est moi aujourd'hui. C'est le plus grand match que j'ai joué dans ma carrière. J'adore ce court, le public est incroyable, je suis si heureux de jouer devant vous".
À 25 ans, Matteo Arnaldi disputera son premier quart de finale en Grand Chelem face à un autre Matteo, qui n'est autre que son compatriote, Berrettini. Si l'on ajoute Flavio Cobolli à la liste, il y aura donc trois Italiens en quarts de finale d’un tournoi Majeur, une première historique. Malgré la déflagration engendrée par l’élimination précoce de Jannik Sinner, Paris sourit bien à l'Italie.