À Paris, Medvedev perpétue la tradition russe

 - Emmanuel Bringuier

En panne de résultats depuis près d'un an, le Moscovite a renversé Alexander Zverev en finale du Rolex Paris Masters.

Daniil Medvedev posing with his Rolex Paris Masters 2020 trophy©Cédric Lecocq/FFT

En panne de résultats depuis sa demi-finale à l’US Open, le Moscovite est monté en puissance pour renverser Alexander Zverev en finale du Rolex Paris Masters. Il devient le 4e Russe à remporter le tournoi. Peu en réussite jusque-là dans la capitale française, il signe une victoire éclatante et décroche son 3e Masters 1000.

Deux sets intenses. Disputés, acharnés. Puis un troisième en forme de formalité.

Malgré la perte de la première manche, Daniil Medvedev a su parfaitement se mobiliser pour renverser Alexander Zverev en finale de l’édition 2020 du Rolex Paris Masters, terminant en trombe face à un adversaire usé physiquement (5/7, 6/4, 6/1).

Une superbe consécration pour le 5e mondial.

Daniil Medvedev fist pumping during the final of the Rolex Paris Masters 2020©Philippe Montigny/FFT

La France, une "deuxième maison"

Et pourtant, on ne peut pas dire que Daniil Medvedev était jusqu’à ce dimanche en réussite à Paris.

Certes, le Russe est francophone, francophile, et l’hexagone est sa «deuxième maison» depuis longtemps.

Mais avant cette édition, les statistiques locales du Moscovite n’incitaient guère à l’optimisme : quatre défaites au premier tour à Roland-Garros, un seul match gagné en deux participations au Rolex Paris Masters… Famélique.

Mais les temps changent. Auteur d’un parcours très solide (un set égaré face à Alex De Minaur avant une démonstration contre Diego Schwartzman en demi-finale), le protégé de Gilles Cervara avait assumé son statut de tête de série n°3 du tournoi.

Il ne partait toutefois pas favori sur le papier de cette finale.

Son adversaire, Alexander Zverev, menait en effet largement dans leur confrontions avant la rencontre (5-1). L’Allemand, tombeur de Rafael Nadal en demi-finale, était sur une pente ascendante, surfant sur une excellente dynamique qui l’avait vu remporter deux titres consécutifs à Cologne et compiler 12 victoires de suite.

Alexander Zverev during the final of the Rolex Paris Masters 2020©Philippe Montigny/FFT

Zverev n’a pas tenu

Entre deux grands serveurs, cette finale a d’abord proposé un schéma aux filières courtes, avec un minimum d’échanges. Arc-boutés derrière leur première balle, le Russe et l’Allemand ont d’abord soigné leur engagement, évitant de prendre des risques, semblant attendre patiemment le tie break. Peut-être un peu trop confiant en ce scénario cousu de fil blanc, Daniil Medvedev a ronronné… et laissé Alexander Zverev sortir de sa boîte à 6-5. L’Allemand a mis plus d’intensité dans ses retours pour breaker au meilleur des moments.

Mais la perte de ce premier acte fut sans doute un mal pour un bien côté russe. Le Moscovite a alors joué plus relâché, avec une réelle volonté de dicter le jeu. Les échanges ont gagné en longueur, le suspense s’est épaissi.

Zverev a d’abord résisté, sauvant quatre balles de break à 2-2. Mais Medvedev a enfoncé le clou et ravi l’engagement adverse à 4-4. «J'ai exercé de la pression sur lui constamment et petit à petit, j'ai changé de braquet», a-t-il expliqué en conférence de presse.

Le set avait trouvé son vainqueur, le match aussi. Medvedev ne relâchait pas l’étreinte et breakait d’entrée dans la manche décisive. Trop passif et touché physiquement, Zverev commençait à voir son jeu se déliter peu à peu, son service être un peu moins performant. «À la fin du deuxième set, j'étais mort, a-t-il confirmé. J'ai eu un match extrêmement physique contre Mannarino qui m'a épuisé (en huitième de finale, ndlr). Je n'avais pas l'énergie de le finir comme il fallait. Une fois que j'ai perdu le deuxième set, je savais que ce serait difficile, surtout contre lui».

Comme un symbole de cette fatigue et de ses carences, le natif de Hambourg a cédé le match sur une double faute, son «péché mignon». C’est sa deuxième finale d’importance perdue depuis l’arrêt dû à la pandémie de Covid, après celle, mémorable, de l’US Open face à Dominic Thiem.

Medvedev, le retour de flamme


Fort de ce 8e titre, le 3e en Masters 1000 (après Montréal et Cincinnati en 2019), Daniil Medvedev, 24 ans, poursuit lui avec talent une belle tradition russe dans l’est parisien.

Il succède au palmarès du tournoi à Marat Safin (couronné à trois reprises en 2000, 2002 et 2004), à Nikolay Davydenko (2006), et à Karen Khachanov (2018). Il gagne également une place au classement ATP et occupe ce lundi le 4e rang mondial, aux dépens de Roger Federer.

Daniil Medvedev and his wife Daria posing with the trophy at the Rolex Paris Masters 2020.©Philippe Montigny/FFT

Par ailleurs, Medvedev se rassure après un léger trou d’air ces dernières semaines. Avec 4 défaites et seulement 3 victoires, son bilan suivant sa demi-finale à l’US Open était relativement inquiétant pour un des meilleurs joueurs de la planète. Mais le longiligne Russe, sur lequel tout semble parfois glisser, a conjuré le mauvais sort, se réconciliant avec son jeu… et avec Paris.

«Gagner, ici, à Bercy, au Rolex Paris Masters, en France, c'est vraiment beau», a d’ailleurs souri après le match celui qui se sent «l’un des plus Français de tous les étrangers du Top 100». La love story contrariée a enfin débuté.