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Simple dames : deux gauchères dans le vent

Par un jour de grand vent, Maja Chwalinska et Diana Shnaider ont créé deux nouvelles surprises et pris rendez-vous pour disputer la première demi-finale 100% gauchères de l'ère Open à Roland-Garros. Coïncidence ?

Maja Chwalinska / Quarts de Finale - Simple Dames - Roland-Garros 2026
 - Rémi Bourrieres

Dans le tennis féminin, cela fait un certain temps que la gauche n'a plus pris le pouvoir. Depuis Angelique Kerber en 2017, il n'y a en effet eu que des n°1 mondiales droitières. Mais les gauchères sont à la fête sur ce Roland-Garros puisque deux d'entre elles sont dans le dernier carré. Maja Chwalinska et Diana Shnaider s'affronteront ce jeudi dans une demi-finale aussi inattendue qu'historique, puisque jamais deux gauchères ne s'étaient retrouvées face à face à ce niveau de la compétition à Roland-Garros.

Un Roland "paranormal"

En temps "normal", le parcours déjà superbe des deux joueuses se serait probablement arrêté là. Qui aurait misé sur une telle remontée de Shnaider lorsqu'elle était menée 6-3, 5-3 par la n°1 mondiale Aryna Sabalenka ? Qui aurait pensé que Chwalinska, pour son huitième match du tournoi en comptant les qualifications, aurait encore l'énergie de battre une nouvelle tête de série en la personne d'Anna Kalinskaya (n°22) ?

Mais ce Roland-Garros n'est pas "normal". Le vent de surprises qui balaie le tournoi depuis le premier jour a soufflé encore plus fort, mercredi, lors de ces deux premiers quarts de finale féminins joués sous des rafales permanentes, et dans une relative fraîcheur. On ne sait à quel point ces conditions ont favorisé ce nouveau chamboulement, mais une chose est sûre : ce sont les deux joueuses à la main gauche soyeuse qui s'en sont le mieux accommodées.

"Aujourd'hui, les conditions étaient plus lentes et je pense que c'était plutôt un avantage pour son style de jeu, admettait ainsi Kalinskaya. Je n'ai pas pu exploiter ma vitesse et ma puissance, qui ne lui posaient pas vraiment de problèmes, raison pour laquelle je ne parvenais pas à dicter les échanges. C'est déjà difficile de jouer une gauchère. Là, j'avais l'impression de me battre contre les conditions en plus de me battre contre une adversaire."

Chwalinska, la finesse de l'ocre

Le style de jeu de Chwalinska, parlons-en : c'est l'une des grandes attractions de cette édition 2026. La Polonaise de 24 ans, 114e mondiale (elle sera au minimum 30e lundi), brille par son intelligence tactique, son sens de l'anticipation et, surtout, son extrême variété de frappes. Coups droits arrondis, slices de revers fuyants, montées à contre-temps, amorties du fond de court, défenses "main droite"… Voir jouer Chwalinska est une expérience fascinante. Avec elle, il n'y a jamais deux balles identiques et l'expression n'est pas galvaudée : c'est précisément son intention à chaque échange.

"Elle est, je trouve, très intelligente dans sa manière de jouer car elle donne toujours des balles différentes, donc c'est dur de s'adapter, reconnaissait la Française Diane Parry, sa victime en huitièmes de finale. Son coup droit, notamment, rebondit très haut, d'autant plus sur le Central. Je savais qu'elle allait jouer de cette manière, mais je n'ai tout simplement pas réussi à trouver les solutions."

Maya Chwalinska Roland-Garros 2026

Une séquence "typique" de Maya Chwalinska, très efficace dans l'immensité du court Philippe-Chatrier : un coup droit bombé très haut qui va repousser son adversaire loin derrière sa ligne de fond.

Maya Chwalinska / Roland-Garros 2026

Prise par la hauteur du rebond, Anna Kalinskaya n'a pu venir couper la trajectoire en revers, comme elle aime le faire. Elle est contrainte de reculer.

Maya Chwalinska / Roland-Garros 2026

Sans même attendre la réplique adverse, Maya Chwalinska est intelligemment montée à contre-temps. Sa main va faire le reste, avec une volée amortie de coup droit qui n'a même pas eu besoin d'être parfaite pour être gagnante.

Dans un monde globalement dominé par la puissance, Maya Chwalinska apporte une finesse rare. Elle n'a pas le choix. Petit gabarit (1,64 m), elle compense ce relatif "déficit" athlétique par un sens tactique hors normes. La dichotomie entre son coup droit lifté, qu'elle aime enrouler très haut sur le revers adverse, et son revers slicé, qu'elle aime garder très bas pour se protéger, est un poison permanent.

Si elle a toujours eu cette qualité de main et de variation, la Polonaise a poli cette identité de jeu très marquée aux côtés de celui qui l'entraîne depuis plusieurs années, Jaroslav Machovsky. Mais au-delà des problèmes physiques et de santé mentale qu'elle a connus par le passé, Chwalinska avait, aussi, besoin de mettre sa condition physique au diapason de ce jeu difficile à tenir sur la durée. Elle confie volontiers que son travail fait depuis un an avec Maciej Ryszczuk, préparateur physique qui collabore avec Iga Swiatek et plusieurs joueuses polonaises, a été pour elle un détonateur dans sa progression.

Shnaider, le changement tactique payant

Maya Chwalinska aura toutefois un problème tactique nouveau à résoudre ce jeudi : pour la première fois depuis le début de son Roland-Garros - qualifications comprises -, elle affrontera donc une autre gauchère, davantage établie au plus haut niveau mais guère plus attendue à pareille fête. Diana Shnaider (n°25) possède un jeu bien différent, sans doute plus proche des canons de puissance actuels. Mais avec un point commun indéniable : la qualité de sa main, tellement précieuse pour s'adapter dans des conditions difficiles.

Paradoxalement, alors que la 23e joueuse mondiale avait elle aussi concocté un plan de jeu basé sur la variation pour tenter de faire dérailler Sabalenka, c'est en se mettant à frapper plus fort qu'elle a réussi à renverser la vapeur.

Jusque-là, j'essayais de mettre de la variété… Mais ça ne fonctionnait pas. Alors, j'ai commencé à appuyer davantage mes coups.

"Je ne mettais pas suffisamment de pression. Alors, à 6-3, 5-3 en sa faveur, je me suis dit qu'il fallait que je tente quelque chose d'autre, a-t-elle raconté en conférence de presse. Jusque-là, j'essayais de mettre de la variété, alterner les lifts, les slices… Mais ça ne fonctionnait pas. Alors, j'ai commencé à appuyer davantage mes coups, à être plus agressive, à avancer davantage sur ses deuxièmes balles, pour lui mettre plus de pression. Et aussi à jouer plus souvent mon coup droit long de ligne pour aller sur le sien, car j'ai vu qu'elle faisait quelques erreurs de ce côté aujourd'hui. Finalement, ça a fonctionné."

L'autre ironie de l'histoire est que Sabalenka avait confié il y a quelques jours qu'elle appréciait – chose rare – de jouer des adversaires gauchères. Mais ce Roland-Garros a décidément choisi de bouleverser tous les repères établis. Cette année, ce sont donc les gauchères qui ont le vent en poupe.