- Myrtille Rambion

Titrée à Paris en 2011, Li Na s'est confiée sur sa relation spéciale avec le tournoi.

Première Chinoise titrée en Grand chelem, la championne de l'édition 2011 de Roland-Garros Li Na évoque ce que représente pour elle Roland-Garros.

Que ressentez-vous quand vous revenez ici, à Roland-Garros ?

Je n'ai que des bons souvenirs ici. Peu importe que cinq ans ou cinq mois se soient passés... et ce sera la même chose dix ans après ! Quand je mets les pieds à Roland-Garros, je ressens encore tous les moments excitants que j'y ai vécus. Et à présent que je ne suis plus joueuse, c'est encore différent. Parce qu'avant, je devais toujours me concentrer sur mon tournoi et sur mon jeu. Alors que maintenant, j'amène toute ma famille avec moi (elle a à présent deux enfants, ndlr), je visite la ville... Je profite de la vie, quoi (sourire) !

Vous profitez donc de vos visites à Roland-Garros pour faire un peu de tourisme à Paris ?

Oui ! Enfin (sourire) ! J'ai enfin du temps pour ça ! J'ai visité des vignobles de la Loire, j'ai appris comment on faisait le vin. Ce n'est pas loin de Paris, à une heure et demie en voiture. Et j'ai aussi visité Paris en famille, pour leur montrer les principaux monuments. La Tour Eiffel, les Champs-Elysées... il fallait que je vois tout ça !

A vous entendre, on a le sentiment que vous prenez beaucoup de plaisir à simplement profiter de la vie, maintenant que vous n'avez plus à être concentrée sur vous-même ?

Exactement. Quand j'étais joueuse, il y a avait pas mal de tension, il fallait que je pense chaque jour à mon entraînement, à mon match ou à revenir à l'hôtel faire mes bagages pour préparer le voyage suivant. Maintenant, j'ai moins de pression, bien sûr. Je n'ai plus à penser au tennis (rires).

Vous souvenez de vos émotions quand vous jouiez ici ?

Ce matin, en descendant de la voiture pour rejoindre cette salle d'interview (juste à côté du sas d'entrée sur le court Philippe-Chatrier), je me suis dit: "Oh, c'est le Central". Et puis j'ai vu ma signature sur le mur du couloir et j'ai pensé : "Hmm, c'est vrai, j'ai pas mal réussi ici" (sourire).

Vous qui savez ce que ça fait de gagner ici... dites-nous tout !

Je me rappelle très bien la balle de match. Je me suis allongée par terre et j'ai regardé le ciel. Je me souviens qu'il était très bleu... Il faisait très beau (sourire). Mais le moment le plus spécial pour moi a été celui où j'ai vu mon drapeau avant que l'hymne national chinois ne résonne dans le stade. Cela a rendu le tout encore plus riche en émotions et excitant. Et j'étais bien entendu fière de moi, comme l'aurait été n'importe quelle personne en train de vivre un tel moment.

Etait-ce un rêve de petite fille pour vous ?

Complètement. Tout enfant qui joue au tennis rêve de gagner un tournoi du Grand chelem, non ?

Aviez-vous une idole quand vous étiez enfant ?

Andre Agassi ! La première fois où j'ai regardé un de ses matchs à la télévision - il a changé après, mais bon - il avait les cheveux longs, son short en jean... Ouah, je l'ai trouvé tellement cool ! Je me suis dit : "Ah bon, les joueurs de tennis peuvent être comme ça ?" Je l'ai tout de suite adoré car il n'en avait rien à faire de ce que les gens pouvaient penser ou dire de lui. Il essayait simplement de faire de son mieux sur le court.

Grâce à vous, le tennis a grandi en Chine.

Et c'est de mieux en mieux au fil des ans. Aujourd'hui, énormément d'enfants choisissent le tennis.

Vous êtes une star dans votre pays...

Je ne peux pas dire que tout le monde sait qui je suis en Chine, mais ceux qui aiment et suivent le sport et particulièrement le tennis me connaissent, oui, bien sûr.

Continuez-vous à suivre le tennis aujourd'hui que vous êtes retraitée ?

Oui, même si je ne joue plus. Je suis bien entendu impressionnée par Serena. Elle est forte, elle est puissante et même si elle a déjà gagné tellement de tournois, elle a toujours faim de victoires et de titres. Et je peux tout à fait comprendre qu'elle ait toujours autant envie. Tout le monde a des parcours de vie différents. Moi par exemple, j'ai pris ma retraite parce que mon corps a dit stop, autrement, j'aurais continué à jouer.

Et parmi les joueuses de la nouvelle génération ?

J'aime assez Garbiñe Muguruza et son tennis offensif. J'ai la sensation qu'elle peut réussir de belles choses (l'interview a été réalisée durant le tournoi 2016, quelques jours avant que l'Espagnole remporte le tournoi, ndlr). Ici, à Roland-Garros, bien sûr, mais de toute façon sur n'importe quelle surface. Si elle est épargnée par les blessures.

Que représente le tennis pour vous ?

Le tennis est une partie de ma vie. Je ne vais pas dire qu'il est toute ma vie parce que maintenant que j'ai arrêté de jouer, ma vie continue ! Mais le tennis a changé ma vie. Il m'a permis de voyager dans le monde entier, de rencontrer plein de gens différents, de découvrir des pays différents, de me confronter à des histoires et des cultures différentes. Le tennis m'a ouvert les yeux. Il m'a encouragée à m'intéresser à différentes choses, je crois.

A propose de culture : comment résumeriez-vous la culture française ?

La première fois que je suis venue à Paris, j'étais un peu stressée parce que je ne parlais pas français. Et... pas grand-monde ne parlait anglais non plus, je dois dire (rires). Du coup, la communication était un peu difficile. Maintenant, ça se passe très bien, les gens sont très gentils avec moi et même quand je jouais encore, le public français m'encourageait, au bord du court je sentais le soutien des spectateurs.

Deux mots pour caractériser Roland-Garros ?

Difficile (sourire). Et romantique (rires). Parce que c'est à Paris !

Paris, justement : qu'est-ce qui vous plaît dans la ville ?

L'histoire. En se promenant à travers Paris, on voit tellement de belles choses. Je n'ai jamais eu l'occasion de visiter de musées pour le moment, mais je le ferai. Je vais adorer ça !