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Zverev et le fameux "match après match"

Jamais Alexander Zverev n'avait été à ce point favori pour décrocher son premier titre en Grand Chelem. Une position paradoxalement inconfortable, qu'il fait tout pour éluder.

Alexander Zverev / Roland-Garros 2026, simple messieurs / 1/4 de finale
 - Rémi Bourrieres

Si vous croisez Alexander Zverev dans les prochaines heures à Paris, parlez-lui de ce que vous voulez, mais évitez, si possible, de lui demander ce que ça fait d'être le principal favori d'un tournoi du Grand Chelem. Depuis quelques jours, l'Allemand a systématiquement le droit à cette question en conférence de presse. Et il répond systématiquement la même chose : "Je n'y pense pas. Je me concentre sur le match suivant. C'est la seule chose que je peux contrôler".

Un début de tournoi quasiment parfait

Malgré tous ses efforts pour rester dans sa bulle, le n°3 mondial, vainqueur impressionnant de Rafael Jodar ce mardi pour rallier son cinquième dernier carré à Roland-Garros, ne peut l'occulter : il sait pertinemment qu'avec le forfait de Carlos Alcaraz, la défaite de Jannik Sinner et le vent de surprises qui a balayé cette folle édition, il tient là une occasion en or de décrocher enfin (à 29 ans) ce fameux premier Grand Chelem. Son job consiste précisément à ne pas y penser.

Sportivement, Zverev est sur une voie – a priori – royale. C'est justement ce qui rend sa position aussi inconfortable. Jusqu'à présent, la tête de série n°2 a parfaitement évité les pièges, que ce soit sur le terrain ou devant les micros. Lorsque Julien Benneteau lui a demandé, sur le court, s'il était fier de décrocher une cinquième demie Porte d'Auteuil, il a, là encore, parfaitement éludé : "Pas vraiment, non. Je ne m'en préoccupe pas. Je veux juste gagner mon prochain match. Bien sûr, je suis content d'être en demies. Mais c'est tout, pour le moment".

Méthode Coué ou éléments de langage ? De l'extérieur en tout cas, rien ne semble pour l'heure en mesure d'ébrécher la solidité de son cuir. Tennistiquement, tout est en place. Mentalement, tout est solide. Se blinder, ne pas se projeter, rester humble… Quitte à devoir aseptiser certaines réponses en conf', son attitude est la seule possible pour éviter d'avoir à porter une pancarte qui grandit tour après tour.

"Le statut de favori, dans un tel tournoi, ça ne compte pas, rappelle l'ancien n°1 français Jo-Wilfried Tsonga. Même Nadal, lors de ses premiers tours ici, restait toujours très vigilant quand tout le monde le voyait gagner très facilement. Zverev est sans doute dans cet état d'esprit. Même si, en termes de niveau de jeu, il est capable de marcher sur tout le monde, je ne pense pas qu'il se considère comme le favori. Ça va être intéressant de voir comment il gère le fait que c'est peut-être son année."

La pire erreur qu'il puisse commettre serait de se remettre à reculer et de se retrancher dans un plan de jeu plus défensif.

Pour l'instant, il gère parfaitement. Mais c'est un combat permanent, une marche périlleuse à renouveler chaque jour. Régulièrement barré par Jannik Sinner, Carlos Alcaraz et Novak Djokovic dans sa quête d'un premier Graal, il est potentiellement l'un des plus impactés par l'absence conjuguée des trois "monstres". Aussi bien mentalement que tennistiquement.

"On voit bien qu'il a fait un travail depuis pas mal de temps pour battre ces joueurs-là, il développe un tennis plus agressif et plus varié, fait constater Arnaud Clément, finaliste de l'Open d'Australie (2001). S'il veut aller chercher son Grand Chelem, il lui faut continuer sur cette voie. La pire erreur qu'il puisse commettre serait justement de se remettre à reculer et de se retrancher dans un plan de jeu plus défensif, qui fonctionne contre la majorité des autres joueurs. C'est le danger."

Ça n'a pas été le cas, pour l'instant. Face à Jodar, le triple finaliste en Grand Chelem a eu l'intelligence de s'adapter, en constatant que les conditions très différentes des jours précédents (toit fermé, terre battue plus lourde) modifiaient quelque peu la donne. "Au début, je jouais comme lors de mes dernières sorties, en imprimant beaucoup de spin, a-t-il expliqué aux journalistes allemands. Mais la balle giclait moins et j'ai eu un peu de mal à trouver mon rythme. J'ai donc choisi de jouer un peu plus vite, un peu plus à plat. J'ai réussi ainsi à lui mettre plus de pression. À partir du moment où j'ai fait ces ajustements, je trouve que j'ai joué un super match."

Une absence de panique révélatrice de l'état de fraîcheur et de confiance avec lequel il a abordé ce tournoi. Pour l'instant, c'est quasiment un sans-faute, si l'on excepte ce set lâché face à Quentin Halys au troisième tour. Toute la difficulté sera de conserver la même lucidité à l'approche des sommets. Là où l'air se fait de plus en plus rare…

Alexander Zverev, QF, Roland-Garros 2026