Moment de détente ce samedi soir dans la salle de conférence de presse principale de Roland-Garros. Alors que Conchita Martinez, coach de Mirra Andreeva, était interrogée par les journalistes sur le sacre tout frais de sa joueuse, cette dernière s'est immiscée dans l'assistance pour poser sa propre question : "Qu'est-ce que tu préfères dans le fait de collaborer avec moi ?"
Andreeva : les pieds sur terre, la tête dans les étoiles
Après son titre à Roland-Garros, Mirra Andreeva est désormais n°1 à la Race 2026. Peut-elle, à court terme, faire aussi main basse sur le tennis mondial ?

La 9e teenager titrée à Paris
Au-delà du moment de complicité, une réponse semblait toute trouvée : Andreeva a donc réussi à faire, à 19 ans et 39 jours, ce que sa coach espagnole n'est pas parvenue à réaliser tout au long de sa brillante carrière : gagner Roland-Garros. Grâce à cette finale impeccablement maîtrisée contre Maja Chwalinska, Mirra Andreeva est devenue la neuvième teenager à s'imposer Porte d'Auteuil dans l'ère Open, faisant son entrée dans un club très select dont voici le casting :
- Evonne Goolagong (1971)
- Chris Evert (1974)
- Hana Mandlikova (1981)
- Steffi Graf (1987-88)
- Arantxa Sanchez (1989)
- Monica Seles (1990-91-92)
- Iva Majoli (1997)
- Iga Swiatek (2020)
- Mirra Andreeva (2026)
À l'exception d'Iva Majoli, toutes ces joueuses ont remporté plusieurs titres du Grand Chelem. Logique, quelque part. On ne gagne pas si jeune un tournoi aussi difficile que Roland-Garros sans un socle exceptionnellement solide. La victoire de Mirra est la preuve d'une grande maîtrise émotionnelle, domaine où le bât a parfois un peu blessé pour elle dans le passé. Elle l'a d'ailleurs répété : ce sont ses nets progrès en la matière, réalisés avec le concours d'une psychologue, qui l'ont conduite au firmament.
Parce qu'en ce qui concerne le tennis pur, il y a longtemps qu'Andreeva ne fait plus débat. "C'est la meilleure joueuse du monde, et de loin", disait déjà l'an dernier son ancien entraîneur français Jean-René Lisnard, qui l'a longtemps accompagnée au sein de son académie basée à Cannes. Mirra venait de triompher à Dubaï et Indian Wells, et beaucoup lui promettaient un premier sacre majeur imminent. Il y a eu quelques soubresauts entre-temps, mais c'est désormais chose faite. Et bien faite.
Et maintenant, à la table des grandes ?
La meilleure joueuse du monde ? Concrètement, non. Pas encore. Il ne faudrait pas ôter trop vite à Aryna Sabalenka son costume de patronne du circuit, au motif qu'elle n'a pas encore remporté de Grand Chelem cette année. Même après sa surprenante défaite ici en quarts de finale contre Diana Shnaider, elle détient toujours fermement les clés.
Mais si elle veut garder sa couronne, il lui faudra mettre les bouchées doubles pour la suite de la saison. Car à mi-chemin de ce cru 2026, c'est bien Mirra Andreeva la n°1 mondiale à la Race. C'est bien elle qui a gagné le plus de matchs depuis le mois de janvier (36), et aussi le plus de titres (3). Et même si elle n'est encore "que" 6e au classement technique, son total relativement faible de points à défendre dans les mois à venir lui ouvre le champ des possibles.
D'autant que gagner à Paris semble lui avoir aiguisé l'appétit : "La sensation de gagner un tournoi comme celui-ci est vraiment très, très spéciale. Je pense qu'il y a un côté addictif et j'ai déjà envie de connaître ce sentiment à nouveau, a-t-elle ainsi déclaré en conférence de presse. Là, je suis déjà en train de me projeter sur la saison sur gazon..."
Si elle devient n°1 mondiale, tant mieux, mais pour l'instant, ce n'est pas quelque chose que l'on a à l'esprit.
Si elle conserve cet état d'esprit et cette maîtrise de ses nerfs, il n'y a aucune raison que Mirra Andreeva s'arrête là. "Elle a tellement de qualités, elle sait faire tellement de choses sur le terrain… Ça ne sera pas son dernier titre du Grand Chelem, c'est une évidence", prophétisait pour sa part Marion Bartoli, consultante pour Amazon Prime.
Dès lors, la question se pose : bien qu'elle n'ait pas battu de joueuse du Top 10 pour conquérir ce Roland-Garros, Mirra Andreeva, qui était jusqu'alors en léger retrait du Big 4 du tennis féminin (Aryna Sabalena, Elena Rybakina, Coco Gauff et Iga Swiatek), s'est-elle définitivement invitée à leur table ? Voire : est-elle prête à leur passer devant et devenir la reine ?

Là-dessus, Conchita Martinez refusait de s'enflammer : "Elle a déjà battu la plupart de ces joueuses dans des tournois très importants donc oui, je pense qu'elle est prête à accomplir de grandes choses elle aussi, a déclaré la championne de Wimbledon 1994. Mais le plus important, c'est d'abord qu'elle continue de grandir. Mirra a encore beaucoup de choses à améliorer et à apprendre. Il faut garder les pieds sur terre, rester humble et continuer à travailler. Sinon, tous ces efforts n'auront servi à rien".
Les pieds sur terre, oui. Mais Mirra Andreeva peut tout de même s'autoriser, ce soir, à avoir la tête dans les étoiles. Jusqu'à viser la Une ? Là encore, on peut faire confiance à Conchita Martinez pour ne pas se projeter. "Si elle devient n°1 mondiale, tant mieux, mais pour l'instant, ce n'est pas quelque chose que l'on a à l'esprit, tempérait la finaliste de Roland-Garros 2000. La priorité, c'est de continuer à s'améliorer au quotidien. Pour moi, Mirra, c'est encore un travail en cours."
Une œuvre encore en construction ? On a hâte, dès lors, de voir la version aboutie…