Il est à peine 17h, ce samedi 6 juin, lorsque Mirra Andreeva se lance dans le traditionnel discours de lauréate du tournoi. Un exercice codifié, où les formules de remerciements ont beau être pensées en amont, elles n'en sont pas moins émouvantes à prononcer. Mirra salue évidemment sa coach, Conchita Martinez, ses parents mais aussi "toutes les personnes présentes" dans sa box. Dans son élan, elle adresse un remerciement particulier à "Alexis", sa psychologue, qui regarde le match "quelque part en Floride" : "Merci de m’avoir donné tant de conseils depuis le début de notre collaboration, il y a un an et demi. Merci de m’avoir rendue meilleure".
Édition 2026 : Mirra Andreeva, le sacre de la maturité
À 19 ans, Mirra Andreeva a fait preuve d’un calme de tous les instants pour remporter son premier titre du Grand Chelem.
Vieux démons
Les mots clairs, limpides, témoignent de ses immenses progrès opérés sur le plan mental. Mirra Andreeva ne s’en cache pas. Sa confiance en elle est un puissant moteur, socle de ses succès et de sa précocité. Mais elle peut aussi devenir un danger lorsqu’elle est mal contrôlée. Comme le 9 mars dernier. Opposée à Katerina Siniakova sous le soleil d’Indian Wells, ses vieux démons ressurgissent. Prise d’une colère noire, elle implose, s’en prend au public et finit par s’auto-saboter. Elle quitte le court en larmes. "Je ne suis pas fière de la façon dont j’ai géré mes émotions, avait-elle reconnu. Ce sont des choses sur lesquelles je dois absolument travailler."
Ils sont fréquents, dans un match, les moments qui peuvent faire vriller une joueuse ou un joueur, peu importe ses qualités. En accord avec sa psychologue, Mirra entreprend de se comporter différemment. Exit les coups de sang inopinés, place aux petites actions anodines pour apaiser le feu qui crépite en elle. Des chansons fredonnées, des techniques de respiration et d’autres exercices plus expérimentaux : "Quand ça va mal, je dois imaginer un grand panneau rouge 'Stop'", avait-elle confié en début d’année.
Mais à force de prêter attention à son état émotionnel, elle cadenasse tout, se renferme, ne veut plus rien ressentir. En finale du Masters 1000 de Madrid, face à Marta Kostyuk, elle se replie sur elle-même, par peur de se laisser envahir par ses fantômes du passé. "J’étais trop calme. Il n’y avait pas beaucoup d’émotions aujourd’hui et pourtant, c’est important d’en ressentir. Même lorsque elles sont négatives, il est bon de les laisser s’exprimer", avait-elle expliqué.
Reine du self-control
Un mois et quatre jours plus tard, la voilà reine de Roland-Garros et du self-control. Même si elle reconnaît un début de tournoi "très piégeux", elle ne s’est pas laissée envahir par les doutes. En garde-fou de ses émotions, Conchita Martinez veille au grain. Sa psychologue intervient à distance. Quelques mots glissés au téléphone, avant les demies et la finale, la rendent plus forte. "Tu peux toujours choisir quelle personne tu veux être, a admis Mirra Andreeva après son sacre. J'ai simplement décidé d'être une battante. J'ai regardé beaucoup de matchs de Roger ici. Je n'aurai jamais son aura mais je voulais imiter sa façon de se comporter. Je ne voulais pas me frustrer sur le terrain. Je me suis concentrée là-dessus."
En finale, sa première en Grand Chelem, elle aurait pu sortir de ses gonds plus d’une fois face aux imprévisibles trajectoires de Maja Chwalinska. Il n’en a rien été. Grâce à une attitude exemplaire, sa partition fut un mélange de calme olympien et d’encouragements bienvenus. En 2025, envahie par la frustration, elle s’était inclinée face à Loïs Boisson, dès les quarts de finale. Ce samedi, l'adolescente a laissé place à une grande dame de 19 ans, imperturbable championne de Roland-Garros.